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Eau potable . Dans le gouvernorat de Guiza, des villages entiers en sont encore privés et les habitants n'ont d'autre solution que de se ravitailler auprès des vendeurs ambulants. En attendant que les responsables mettent leurs promesses à exécution. Reportage.
Survie quotidienne

Au village de Kom Al-Ahmar, dans le gouvernorat de Guiza, la scène des habitants faisant la queue se répète tous les jours. Il ne s'agit pas comme d'habitude des queues devant les boulangeries, mais devant les charrettes qui vendent de l'eau potable. Les 60 000 habitants de ce village vivent dans des conditions déplorables et le lieu ressemble plus à un endroit hors du temps et de l'espace qu'à un village situé à 10 km seulement de la capitale. Kom Al-Ahmar est un des villages les plus touchés par le problème de l'absence d'eau potable.

« Allez ! Vite ! Le jerricane est à 1 L.E. ». Ce cri des vendeurs, habituel pour les habitants, annonce la bonne nouvelle de l'arrivée de l'eau potable. Mais il rappelle aussi à ces citoyens très pauvres les sommes qu'ils vont avoir à verser pour obtenir un de leurs besoins essentiels. « Mon mari est à la retraite et mes filles ne sont pas encore mariées et sont sans travail. Nous vivons tous avec 250 L.E. par mois. C'est très difficile pour nous de payer tous les jours 5 livres et des fois 7,5 L.E. pour acheter la quantité d'eau dont la famille a besoin », se plaint Sabah Abdel-Hamid, 45 ans, mère de six filles. Selon elle, il arrive aux vendeurs de faire monter le prix du jerricane à 1,5 L.E. La famille de Sabah a besoin de 3 jerricanes d’eau à boire et deux autres pour les autres usages quotidiens. « C'est injuste », lâche la vieille Oum Ramadan, 65 ans. Et d'ajouter : « Notre argent est partagé entre la nourriture, dont les prix ont connu une importante hausse, et l'eau. Pourtant, nous sommes pauvres et nous sommes ceux qui avons le plus besoin du soutien du gouvernement ». Elle affirme qu'elle est obligée de contraindre ses filles à contrôler l'usage de l'eau, comme s'il s'agissait d'une boisson gazeuse.

Salah Ibrahim Awad, directeur de l'hôpital public proche de Kom Al-Ahmar, confirme les propos des habitants. « L'hôpital lui-même souffre du manque d'eau potable. Nous nous fournissons auprès des vendeurs pour répondre à nos besoins. Mais le problème est que nos moyens financiers ne nous permettent pas d'acheter plus de 20 jerricanes par jour et nous les utilisons uniquement pour donner à boire aux patients ! », affirme Awad. Cet hôpital reçoit beaucoup de malades parce que les habitants vivent dans des conditions d’hygiène déplorables en raison du manque d'eau. L'insuffisance rénale et la chute des cheveux sont courants parmi les habitants de Kom Al-Ahmar.

Selon Hag Chawqi Mahmoud, 53 ans, à la retraite, l'eau achetée est impropre à la consommation car les vendeurs utilisent des jerricanes fabriqués avec des matières non conformes aux normes sanitaires. « J'ai appris cela lorsque j'ai dû faire des analyses médicales. Je suis atteint d'insuffisance rénale comme la plupart des habitants de notre village », assure Hag Chawqi Mahmoud. Ibrahim Abdel-Aal, ancien fonctionnaire au ministère de la Santé et habitant du village de Kom Al-Ahmar, renchérit : « Ce genre de jerricane utilisé pour transporter l'eau est interdit par le ministère de la Santé ».

Walid Mahmoud, 31 ans, vendeur d'eau, n'est lui pas conscient du danger des jerricanes qu'il utilise. Bien au contraire, il affirme qu'il rend un grand service aux villageois. « Le prix du jerricane dépend de la proximité ou non du village et de l'endroit où je vais m'approvisionner en eau. Le plus souvent, ces endroits sont très éloignés du village », ajoute Mahmoud. Selon lui, l'eau qu'il vend est plus saine que celle des puits.


Eau des égouts

Faute de moyens, les habitants utilisent l'eau du puits qui est la seule source d'eau gratuite dans le village. Or, ce puits se trouve dans un état désastreux. « Je suis atteint du virus de l'hépatite C à cause de l'eau du puits, qui est salée, polluée et d'une odeur terrible », assure Ragab Saber, employé. Selon le directeur de l'hôpital public, l'eau du puits est loin d'être conforme aux critères d'hygiène, celle-ci contenant du sable et de l'eau provenant des égouts qui affecte notamment les reins, l'appareil digestif, la peau et les yeux. De même, les rapports du ministère émis en 1970 affirment que l'eau des puits dans ce quartier de Guiza est mêlée à l'eau des égouts. La situation actuelle remonte donc à plusieurs décennies ...

Ragab Saber affirme avoir présenté des plaintes aux responsables du gouvernorat de Guiza pour qu'ils placent le village de Kom Al-Ahmar sur leur plan de développement. Mais il n'a obtenu que des promesses. Le plus frustrant pour les habitants est que les responsables n'ont rien fait pour leur résoudre leur problème. Bien pire, chaque famille de ce village est obligée de verser 40 L.E. par an à la municipalité pour un approvisionnement en eau inexistant !

Dans le village d'Ezbet Al-Abaadiya, les habitants vivent aussi dans des conditions dramatiques à cause du manque d'eau. C'est pourquoi ils préfèrent parcourir 5 km à pied pour se rendre au seul robinet public d'eau potable, qui se trouve sur l'autoroute. Ce qui provoque des drames : il n'est pas un seul mois sans que quelqu'un ne soit victime d'un accident. « Il y a trois semaines, nous avons vécu une journée des plus catastrophiques après que six habitants de notre village eurent été tués et 14 autres blessés alors qu'ils étaient en train de se ravitailler en eau sur l'autoroute et qu'un camion les a renversés », raconte le Hag Ismaïl Moustapha, cheikh al-balad (adjoint du maire du village). Chaque famille ou presque a vécu cette amère expérience. « Ma fille de 20 ans a trouvé la mort dans cet accident. Elle devait se marier la semaine d'après. Tout le village est venu chez moi comme prévu, non pour assister au mariage de ma fille, mais pour me présenter des condoléances », raconte tristement Hag Sayed. Ce qui est curieux, c'est que le gouvernorat entend engager des travaux pour installer des canalisations qui desserviront en eau la région de Haram et de Rimaya. Ces canalisations passeront par le village d'Ezbet Al-Abaadiya, mais sans le desservir. « Personne ne pense à nous », regrettent les villageois. Pour eux, il est très dur de voir l'eau passer par leur village sans qu'ils aient le droit de l'utiliser. De son côté, le gouvernorat de Guiza se défend en expliquant que les travaux en question seront financés par le Japon grâce à une somme de 229 millions de L.E., outre 93 millions de L.E. octroyées par l'Etat. Selon les responsables, c'est le Japon qui a décidé que seules les régions de Haram et de Rimaya seraient servies par ce projet ... Les canalisations prévues sont censées couvrir 27 km, de la station d'Imbaba à la région de Rimaya, et serviront 750 000 personnes. Et selon le gouvernorat, lorsque ce projet prendra fin en septembre 2005, il sera possible de ravitailler en eau des villages comme Ezbet Al-Abaadiya.

 


Pas une seule goutte à boire

Dans le village de Qoratiyine, la situation est encore plus provocante. Il donne directement sur le Nil, mais ses habitants ne disposent pas d'une seule goutte d'eau à boire. « L'eau des puits chez nous est jaunâtre tellement elle est polluée. Le fait que nos fenêtres donnent directement sur le Nil et que nous ne trouvions pas à boire nous pousse à nous demander : sommes-nous des citoyens de second rang pour ne pas avoir droit à l'eau du Nil ? », s'indigne Ahmad Saïd, un des habitants de Qoratiyine.

En vue de calmer les villageois, le gouverneur de Guiza, Fathi Saad, a déclaré que le ravitaillement en eau potable arrivait en tête de ses priorités car il s'agit du problème le plus grave dont souffre le gouvernorat. Selon lui, le budget prévu pour les projets d'installation d'eau potable s'élève à 1,2 milliard de L.E. Malgré ces déclarations, le député de la circonscription dont dépendent les villages en question, Tewfiq Chawqi, ne cesse de relancer ses demandes auprès du gouvernorat et de l'Organisme de l'eau potable pour accélérer les démarches et mettre fin à la souffrance des habitants.

Entre leurs conditiode vie désastreuses et les promesses des responsables, les habitants de ces villages sont encore et toujours dans l'attente d'une solution effective et définitive.

Ola Hamdi

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