En
se rendant cette semaine au Caire, le ministre français des
Affaires étrangères, Michel Barnier, n'avait qu'un objectif :
négocier, à travers l'Egypte, la libération des deux journalistes
français détenus depuis 10 jours en Iraq. Arrivé dans la capitale
dans la nuit de dimanche à lundi, le responsable français
s'est notamment entretenu avec le chef de la diplomatie, Ahmad
Aboul-Gheit, et le secrétaire général de la Ligue arabe, Amr
Moussa. Les deux journalistes, Christian Chesnot, pigiste
des radios publiques Radio France et Radio France Internationale
(RFI), et Georges Malbrunot, envoyé spécial du Figaro,
d'Ouest-France et correspondant de RTL, avaient disparu
en Iraq le 20 août. Ils ont été montrés samedi sur une vidéo
par la chaîne satellitaire Al-Jazeera dans laquelle
ils annonçaient être les otages de « l'Armée islamique
en Iraq ».
Ce
groupe quasi inconnu exige que la France annule la loi interdisant
le voile islamique à l'école publique. Il a donné 48 heures
au gouvernement français pour répondre à cette demande. D'où
la visite impromptue de Michel Barnier dans le cadre d'une
action diplomatique visant à obtenir la libération des deux
otages.
Mais
pourquoi l'Egypte ? « L'Egypte entretient de
très bonnes relations avec le gouvernement iraqien comparé
à d'autres pays comme l'Iran, l'Arabie saoudite ou même la
Syrie », explique Hicham Ismaïl, politologue. Il
ajoute que Le Caire possède également une expérience non négligeable
du terrain iraqien. « Plusieurs citoyens égyptiens
ont été enlevés au cours des mois écoulés en Iraq et l'Egypte
a réussi à les libérer grâce à des contacts avec le gouvernement
iraqien ou avec les ravisseurs », poursuit le politologue.
Le dernier en date est le diplomate Mohamad Mamdouh Qotb,
numéro trois de la section des intérêts égyptiens à Bagdad,
qui avait été retenu en otage pendant plusieurs jours fin
juillet avant d'être libéré. Qotb, 49 ans, a acquis une bonne
connaissance des groupes de ravisseurs iraqiens. Selon Hicham
Ismaïl, il est peu probable que la loi sur le voile soit le
vrai motif de l'enlèvement des deux journalistes. « L'anarchie
règne en Iraq. Dans de telles conditions, il n'est pas exclu
que les ravisseurs des deux journalistes soient de simples
semeurs de troubles mettant en avant des revendications hasardeuses »,
explique le politologue. Et d'ajouter : « L'Egypte
a des interlocuteurs tant dans les milieux chiites que sunnites
en Iraq. A travers des contacts avec ces milieux, elle peut
jouer un rôle pour libérer les deux otages », explique
Hicham Ismaïl. La France entretient d'excellentes relations
avec l'Egypte. Et cette dernière a constamment dénoncé les
prises d'otage en Iraq et condamné les exécutions qui les
avaient suivies. C'est donc dans ce contexte que se situe
la visite de Barnier cette semaine en Egypte.
Au
Caire, le responsable français a lancé un appel solennel aux
ravisseurs pour qu'ils libèrent les deux journalistes. Il
a souligné dans un message lu à l'ambassade de France au Caire
« les principes d'humanité et de respect de l'être
humain qui sont au cœur même du message de l'islam et de la
pratique religieuse des musulmans ». « L'islam
est une religion de paix et de tolérance. Il respecte la vie
humaine », a en outre déclaré M. Barnier, rappelant
que l'islam est la deuxième religion de France et que la France
assure l'égalité et la protection de toutes les religions.
« L'impartialité de la République française à l'égard
des religions fait partie de notre identité. La France a toujours
récusé la vision d'un choc entre l'Occident et l'islam ».
Le
chef de la diplomatie française a exprimé l'attachement au
monde arabe et au monde musulman des deux journalistes enlevés
qu'il a qualifiés de « deux hommes de bien ».
Pour sa part, Amr Moussa a appelé à la libération des deux
journalistes. « J'exhorte tout le monde à en finir
avec cette affaire le plus rapidement possible afin de nous
épargner des conséquences dont nous pouvons nous passer »,
a déclaré Moussa.
Outre
les officiels égyptiens, Michel Barnier a rencontré au Caire
l'influent dignitaire musulman sunnite cheikh Youssef Al-Qardawi.
Objectif : tenter de faire pression sur les ravisseurs
pour obtenir la libération des deux journalistes. Le dignitaire
musulman tient une chronique religieuse régulière sur la chaîne
Al-Jazeera, très suivie dans le monde arabe et notamment
au Proche-Orient. Il s'était opposé à une fatwa de
cheikh Mohamad Sayed Tantawi, grand Imam d'Al-Azhar, qui avait,
en décembre dernier, reconnu le droit à la France d'interdire
le port du foulard islamique dans les établissements publics
sur son territoire.