| Dans
un changement radical qui, s'il se confirme, devrait marquer
un grand pas vers la normalisation de la situation en
Iraq, le chef radical chiite Moqtada Sadr a appelé lundi
ses miliciens à cesser le combat dans tout l'Iraq et annoncé
que son mouvement participerait désormais au processus
politique. Le mouvement de Moqtada Sadr a par ailleurs
remis le contrôle de la mosquée de Koufa, à une dizaine
de km de Najaf (centre), à la Marjaïya, la plus haute
autorité chiite représentée par le grand ayatollah Ali
Sistani, a déclaré Sayed Hachem Abou-Raghif du bureau
de Sadr à Najaf.
Le
mouvement avait remis vendredi dernier le contrôle du
mausolée d'Ali à Najaf, qui lui servait de QG, à la Marjaïya
dans le cadre d'un accord de paix. « Le commandant
du courant Sadr, le leader Moqtada Sadr, a annoncé aujourd'hui
(lundi) à Najaf l'arrêt des combats dans tout l'Iraq
et l'entrée dans le processus politique de son mouvement »,
a déclaré le chef du bureau de Moqtada Sadr à Bagdad,
cheikh Naïm Al-Kaabi. « Cette décision montre
que le mouvement Sadr veut la paix et la participation
dans le processus politique du pays, et dans les deux
prochains jours, le mouvement Sadr va expliquer sa vision
politique sur cette participation », a-t-il ajouté.
« Le courant Sadr est le plus important courant
en Iraq, car il s'appuie sur une base populaire très large
et nous sommes tous sûrs que ce courant va jouer un rôle
très important dans la politique du pays », a-t-il
encore dit.
Le
principal conseiller politique de Moqtada Sadr, Ali Soumeisim,
a pour sa part déclaré à Najaf que le mouvement Sadr appelait
« le gouvernement iraqien à faire preuve de patience
et de sagesse et tous les membres de l'Armée du Mehdi
à arrêter les combats, sauf pour leur propre défense ».
« Nous sommes sur le point de soumettre un projet
qui servira les intérêts de tout le peuple iraqien »,
a-t-il ajouté.
Le
gouvernement intérimaire a accueilli avec beaucoup de
prudence cette annonce. Il s'agit d'une tentative pour
« sauver la face après l'évacuation de Najaf »,
a déclaré le porte-parole du ministère de l'Intérieur,
Sabah Kazem.
La
nouvelle position du mouvement de Moqtada Sadr intervient
à la suite de l'accord signé lundi pour mettre fin aux
combats qui ensanglantent le quartier chiite de Sadr City
à Bagdad. « Un accord en six points a été trouvé
lundi après plus de six heures de discussions entre le
mouvement Sadr et (le conseiller à la Sécurité nationale
du gouvernement) Mouaffaq Al-Roubaï, et ce dernier
l'a communiqué au gouvernement qui a donné son accord »,
a affirmé un porte-parole du mouvement Sadr dans la capitale,
cheikh Naïm Al-Kaabi. Un porte-parole du ministère de
l'Intérieur a déclaré ne pas être au courant d'un tel
accord. « Il s'agit d'une initiative locale, mais
nous soutenons toute solution pacifique », a
affirmé Sabah Kazem. Le plan stipule dans son premier
point « l'arrêt des combats à Sadr City et ses
environs ». Il affirme que « les forces
américaines doivent retourner à leurs bases et ne peuvent
entrer dans le quartier qu'avec l'accord des autorités
iraqiennes ». Le gouvernement « s'engage
à ne pas mener de poursuites contre les partisans de Sadr,
à ne pas confisquer leurs biens et à libérer les détenus
n'ayant pas commis de crimes », précise le texte,
selon cheikh Al-Kaabi. Les miliciens devront « remettre
contre paiement dans des centres tout leur armement, en
dehors de leurs armes individuelles », comme
les pistolets et les Kalachnikov. Le gouvernement « mettra
sur pied un comité pour indemniser les personnes dont
les biens ont été détruits ou endommagés durant les récents
combats ». Enfin, le gouvernement « s'engage
à installer les services essentiels » dans ce
quartier défavorisé qui manque d'eau potable, d'égouts
et d'électricité. |