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Le pari de Amr Moussa à Francfort
Par Mohamed Salmawy

De tous les points de vue, la presse n'a pas été à la hauteur des efforts acharnés déployés par la Ligue arabe pour faire réussir la participation du monde arabe, en tant qu'invité d'honneur, à la plus importante foire du livre dans le monde. Celle qui se tient à Francfort le 6 octobre. La presse s'est avérée au contraire un entrave à ces efforts, avec ses tentatives incessantes de découragement, ses critiques des préparatifs entrepris, jetant le doute sur leur utilité. A tel point que la presse était devenue de mal augure de ce qui attendait les Arabes, prévoyant lors de leur participation à Francfort un scandale retentissant, semblable à celui du « zéro voix » obtenu par l'Egypte au vote de la FIFA sur l'organisation du Mondial 2010.

Sans doute le zéro de la Coupe du monde qui a choqué le pays et provoqué sa colère était derrière les suspicions qui ont plané sur la possibilité de réussir à Francfort. Mais l'attachement à créer les climats appropriés au succès est une chose et le découragement, la politique de tout critiquer et prévoir un échec lamentable en sont une autre. Sinon que signifie le titre d'un journal : « Le scandale qui nous attend à Francfort ». Ou celui qui laisse entendre que le ministère égyptien de la Culture n'a choisi pour participer à Francfort que ses « favoris » ?

Ce genre de commentaires est sans doute loin d'exprimer l'attachement de la presse à ce que cette expérience exceptionnelle aboutisse, ou de servir les objectifs nationaux. Il est plutôt un moyen de réaliser le but du journal de mieux vendre son titre, en prévoyant le scandale que subira le monde arabe à Francfort.

Mais si ces journaux avaient su l'importance capitale de la Foire de Francfort du livre, ils n'auraient jamais traité l'événement de la sorte. Cette foire est, depuis plus d'un demi-siècle, la importante dans le monde. L'an dernier, 6 600 maisons d'édition y ont pris part, alors que le nombre d'invités s'élevait à 289 et les auteurs à 1 000 venus de 102 pays. 12 000 hommes de médias ont couvert l'événement. Depuis 1976, la foire invite chaque année un pays pour présenter sa production intellectuelle, littéraire et scientifique aux maisons d'édition internationales et au grand public venu des quatre coins du monde. Mais aucun pays arabe n'a été l'invité d'honneur de la foire. L'année dernière par exemple c'était la Russie, et avant le Japon, etc.

La Ligue arabe a réussi à saisir l'occasion pour faire du monde arabe pour la première fois l'invité d'honneur de la foire de cette année. A un moment où nous avons grand besoin de transmettre notre image réelle des points de vue culturel, social et religieux. Dans ce contexte, les médias arabes doivent assumer une mission extrêmement importante, qui ne peut guère passer inaperçue. Non seulement à cause de l'importance de l'événement, mais parce qu'il relève du cœur même de la mission des médias. Malheureusement, nous avons été surpris par des tentatives viles de pêcher en eau trouble et de tirer profit des lacunes dans les préparatifs pour diffamer la participation même des Arabes et pour nous accuser de ne pas être à la hauteur de cet événement.

Ce discours ne peut que profiter aux ennemis du monde arabe. D'aucuns ignorent qu'Israël est intervenu auprès des organisateurs de la foire pour empêcher que les Arabes ne soient les invités d'honneur. F. Neuman, le président de la foire, m'a dit que certains « milieux » ont tenté d'influencer l'administration pour ne pas finaliser l'accord avec la Ligue arabe sous prétexte que la culture du monde arabe est agressive, que sa civilisation est sanguinaire, dénuée des principes humains définis par le monde civilisé, comme la reconnaissance de l'autre, la tolérance et le respect des droits de l'homme. Le président de la foire m'a dit que ces accusations l'ont davantage convaincu de la nécessité de donner l'occasion à la civilisation arabe pour se montrer telle qu'elle, par les Arabes eux-mêmes, et non par les autres.

Ce qui contribua le plus à freiner cette campagne anti-arabe fut la conférence de presse tenue en juin dernier où la Ligue arabe a indiqué les détails de la participation arabe à Francfort et la liste des activités culturelles et artistiques qui y seront liées.

Ce que j'ai dit à propos des commentaires de la presse en Egypte ne veut pas dire que la participation arabe à la Foire de Francfort est dénuée de toute entrave ou difficulté. Car il y a un manque sérieux dans le budget collecté, certains pays arabes n'ayant apparemment pas réalisé l'importance de l'événement. La Ligue arabe avait prévu 3 millions de dollars, une somme modeste par rapport à celle consacrée par le Japon : 18 millions de dollars. Au lieu de se décourager, le secrétaire général de la Ligue est intervenu auprès des gouvernements arabes et a réussi à obtenir certains arriérés de paiement. Seulement trois pays n'ont pas payé leurs contributions : le Koweït, hostile à tous les projets de Amr Moussa, le Maroc qui a suivi les pas du Koweït et la Libye, pour des raisons non moins futiles.

Amr Moussa a également décidé de compenser le manque de ressources financières en puisant dans certains fonds de la Ligue et en ouvrant la porte à des contributions spéciales, provenant d'institutions culturelles ou économiques et de personnalités. Enfin, Amr Moussa a fait un don personnel de 50 000 dollars, la valeur d'un important prix arabe qui lui a été récemment remis. En réaction, l'organisme qui a décerné le prix a décidé de doubler son montant pour ne pas priver le secrétaire général de la récompense matérielle qui lui est liée. Mais Amr Moussa a fait aussi don de cette somme supplémentaire à la participation arabe à la Foire de Francfort.

Cette initiative d'Amr Moussa, qui démontre une ferme volonté de faire réussir la participation arabe à la Foire de Francfort, ne méritait-elle pas d'être largement diffusée dans notre presse. Peut-être fera-t-elle des émules. Mais non, tout ce qui intéresse les journaux n'est pas la réussite ou l'échec de notre participation à Francfort, mais de chercher le sensationnel, celui qui fait vendre.

L'heure de vérité approche pour la nation arabe à Francfort. Ce sera l'occasion, qui ne se répétera pas avant plusieurs décennies, de présenter le meilleur de nous-mêmes. Cette tâche nous engage à relever un lourd défi. Celui de présenter notre civilisation sous le meilleur jour. Et c'est ce que tente de faire Amr Moussa contre vents et marées.

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