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RD Congo . Bien que désavoués par une frange importante du Rassemblement congolais pour la démocratie, les appels du président du RCD à renégocier la transition risque de nuire au processus de réconciliation.

Transition en péril

A Kinshasa, on refuse de reconnaître que le processus de paix puisse être fragilisé par la démission d’Azarias Ruberwa, l’un des quatre vice-présidents et président du Rassemblement Congolais pour la Démocratie (RCD, héritier de l'ex-rébellion tutsie de la région du Kivu soutenue par le Rwanda). D'ailleurs, celui-ci est désavoué par une frange importante des cadres de son propre parti.

Les membres du RCD qui se trouvent dans la capitale Kinshasa ont estimé vendredi que l'évaluation de la transition exigée par M. Ruberwa, « doit obligatoirement se faire au sein des institutions à Kinshasa ». « Répondant aux attentes du peuple congolais de sortir de la crise multiforme dans laquelle il est plongé depuis de nombreuses années et respectueux de l’accord global, les membres du RCD, restés au siège du parti (à Kinshasa), ont décidé de poursuivre leur participation dans toutes les institutions de la transition », indique une déclaration signée notamment par le secrétaire général du RCD, Francis Bedie, le premier vice-président du bureau du Sénat, Emile Ilunga, le ministre de la Défense, Jean-Pierre Ondekane, le ministre de l’Enseignement supérieur, Joseph Mudumbi. « Le deuil (consécutif au massacre de Gatumba) étant levé dans toutes les fédérations du parti, les camarades présents à Goma sont invités à rejoindre Kinshasa, siège des institutions et du Rassemblement congolais pour la démocratie », ajoutent les signataires.

Depuis son fief de Goma (est), qui fut le quartier général du RCD pendant la guerre (1998-2003), M. Ruberwa a dernièrement déclaré que son parti suspendait sa participation dans les institutions de la transition (mises en place en juin 2003 et censées mener la RDC en 2005 vers ses premières élections démocratiques depuis 40 ans), le temps d'évaluer la transition.

Le massacre, le 13 août, de 160 Tutsis congolais d'origine rwandaise, a rallumé les braises. Le chef du RCD, lui-même Tutsi, a accusé les troupes congolaises fidèles au président Joseph Kabila d'avoir participé aux tueries. Il estime que la réconciliation en République démocratique du Congo est un « échec ». « Une transition de qualité nous permettrait une bonne cohabitation des ethnies et des peuples. Or aujourd'hui, les campagnes de médias haineuses ne s'arrêtent pas » contre telle ou telle communauté, a-t-il déclaré dans une interview à La Libre Belgique. Ces campagnes visent notamment, selon M. Ruberwa, les « rwandophones, les Banyamulenge (Congolais tutsis d'origine rwandaise) et les Tutsis ». « A quoi sert un processus de paix qui ne garantit pas la sécurité de tous, qui n'a pas réussi la réconciliation ? », s'était-il interrogé.

Le gouvernement a répondu aux avertissements de M. Ruberwa en assurant que la transition continuerait avec ou sans le RCD. « La suspension de la participation du RCD aux institutions de la transition est une rupture abusive de l'accord global (qui régit la transition) car personne n'a exclu ce parti du processus », a souligné le ministre de l'Information et de la Presse, Henri Mova Sakanyi, également porte-parole du gouvernement.

Le Conseil des ministres a rappelé en outre que « l'accord sur la transition en RDC est un consensus dont l'objectif demeure la paix, la réconciliation et le nouvel ordre politique et qu'il ne peut être remis en cause par la volonté d'une personne ».

Pour sa part, le chef de l'Etat congolais, Joseph Kabila, a réaffirmé la position du gouvernement de transition, selon laquelle « la transition ne sera pas renégociée » contrairement aux exigences du RCD. Le président a qualifié de « blague » la prise de position de M. Ruberwa.

Hormis le RCD, toutes les parties signataires de l'accord global, même celles qui ne participent pas aux institutions, s'opposent à de nouveaux pourparlers sur ledit accord.

Enfin, le fait que la décision de M. Ruberwa ait été fraîchement accueillie par des responsables même de son parti diminue quelque peu la portée de son acte. Mais si dans les différents milieux politiques à Kinshasa on exclut « toutes nouvelles négociations » sur l'accord global de transition signé fin 2002 en Afrique du Sud, il apparaît de plus en plus évident que la question ne peut être éludée en raison notamment de la menace que fait peser cette crise sur le processus de réconciliation lui-même.

Chérif Albert
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