Le
délai fixé par l'Onu au gouvernement soudanais pour résoudre
la crise humanitaire et sécuritaire du Darfour a expiré mardi
31 août. Khartoum devra désormais faire face au verdict qui
sera annoncé par le Conseil de sécurité, les prochains jours.
La commission mixte composée de représentants du gouvernement,
de l'Onu et de la Ligue arabe vient d'achever son enquête
et doit ainsi remettre son rapport au secrétaire général pour
que ce dernier fasse son rapport au Conseil de sécurité. Or,
l'appréciation des diplomates des Nations-Unies semble être
mitigée. Le représentant de l'Onu à Khartoum, Jan Pronk, à
cinq jours de l'expiration du délai, avait affirmé que la
situation ne s'améliorait pas et que l'Onu « n'attend
pas de promesses, mais leur application concrète ».
Trois jours plus tard, Pronk, après une tournée dans les camps
des déplacés, a cependant noté que « le gouvernement
soudanais applique ce qui était convenu », expliquant
que « la situation humanitaire à l'intérieur des camps
s'est stabilisée. La nourriture arrive, la situation sanitaire
s'est améliorée, il y a de l'eau potable et des moyens pour
l'assainissement ». Avis partagé par Erick Deumuhl,
coordinateur adjoint pour les affaires humanitaires des Nations-Unies
au Soudan, qui a également relevé les efforts effectués par
Khartoum. « Le gouvernement est coopératif et la situation
dans les camps de déplacés est en amélioration »,
a-t-il estimé.
Or,
si sur le plan humanitaire le Soudan a marqué des points,
au niveau sécuritaire, la situation semble plus précaire.
Selon Deumuhl, à l'extérieur des camps de déplacés, la sécuritaire
« pose encore des problèmes ». Plus tranchant,
le conseiller spécial de l'Onu pour les réfugiés, Dennis McNamara,
adopte une position plus ferme envers Khartoum qui ne fait
« bien sûr pas assez » pour améliorer le
sort des déplacés qui continuent à vivre dans une insécurité
totale au quotidien. Selon lui, les viols et les violences
sexuelles continuent d'être perpétrés à leur encontre en toute
impunité.
Un
bilan sévère à l'encontre du gouvernement soudanais qui pourtant
continue à crier haut et fort qu'il remplie ses engagements
pris auprès de l'Onu, préconisant une solution pacifique pour
la résolution du conflit. Khartoum mise donc beaucoup sur
les pourparlers qu'elle mène avec les rebelles, non sans difficulté,
depuis le 23 août à Abuja (Nigeria) sous l'égide de l'Union
Africaine (UA). Après avoir boycotté les négociations 24 heures
pour protester contre des attaques qui seraient perpétrées
contre des civils par des forces pro-gouvernementales, les
rebelles sont revenus dimanche dernier sur la table des négociations
pour tenter de trouver une position commune avec Khartoum
pour garantir aux organisations caritatives l'accès aux camps
de réfugiés et instituer ainsi une coopération entre le gouvernement
soudanais et les observateurs du cessez-le-feu de l'UA.
Et
c'est également dans le but de faciliter la mission des observateurs
et d'assurer leur protection qu'un nouveau contingent de 155
soldats nigériens vient d'être déployé au Darfour pour joindre
les 150 Rwandais déjà présents sur le terrain. Une présence
de plus en plus nécessaire vu les violations du cessez-le-feu
perpétrés par les deux parties au Darfour. Parallèlement aux
violences sexuelles que subit la population civile du Darfour
par les milices pro-gouvernementales les Djandjawids, 12 enfants
ont été enlevés il y a quelques jours à Drika, près de Nyala,
capitale du Darfour sud, cette fois-ci par des rebelles. Des
violences au quotidien qui ne peuvent que rendre plus difficile
la quête d'un accord de paix.