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Liban
. La prolongation du mandat
du président Lahoud est contestée par certaines forces politiques
ainsi que par Washington et l'Europe.
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| Damas
impose Lahoud |
En
dépit de l'opposition d'une partie libanaise et d'une série
de mises en garde américaine, britannique, française et allemande,
le gouvernement libanais a adopté, samedi, en séance extraordinaire
un projet d'amendement de l'article 49 de la Constitution
permettant la prolongation de trois ans du mandat du président
Emile Lahoud. Réagissant à l'opposition à la prolongation
et aux critiques, Rafiq Chlala, conseiller de l'information
à la présidence, a jugé à la télévision qatari Al-Jazeera
que le gouvernement représente les principaux blocs parlementaires
et que l'amendement, qui doit être entériné par les deux tiers
des 128 députés, était donc acquis.
De
son côté, le ministre syrien des Affaires étrangères, Farouq
Al-Chareh, a indiqué que « l'amendement de la Constitution
est légal du moment que les conditions requises sont réunies
et qu'il est autorisé par la Constitution ». « Les
députés peuvent introduire des amendements s'ils obtiennent
le nombre de votes nécessaires pour cela », a-t-il
souligné, affirmant respecter la Constitution libanaise. Rappelant
que ce n'est pas la première fois que la Constitution est
amendée au Liban, M. Chareh a en outre estimé qu'il s'agit
d'une affaire interne qui ne concerne que le Liban. Il a en
outre appelé « au respect des choix des élus libanais ».
La
Constitution, adoptée à la fin de la guerre (1975-1990), a
été amendée à deux reprises. Le premier amendement, en 1995,
a permis la reconduction pour trois ans du mandat du président
Elias Heraoui et le second, en 1998, a porté à la présidence
M. Lahoud, alors à la tête de l'armée, ce qui lui interdisait
de briguer la magistrature suprême. Néanmoins, l'amendement
revêt cette fois-ci une importance particulière du fait qu'il
était imposé de l'extérieur.
Le
processus de prolongation du mandat de Lahoud a été en effet
engagé jeudi à Damas lorsque le président syrien Bachar Al-Assad
a littéralement convoqué le premier ministre libanais, Rafiq
Al-Hariri, pour l'informer que Damas avait fait son choix.
Le président syrien a tranché pour un maintien de Lahoud au
pouvoir.
Le
ministre Assem Kanso, chef de la branche libanaise du parti
Baas au pouvoir en Syrie, a souligné que son parti
aurait souhaité « un nouveau mandat de six ans et
non une prolongation de trois ans », mais que « les
pressions régionales et internationales » avaient
imposé cette solution.
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Opposition
libanaise et internationale
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Ce
coup de force politique, parrainé par la Syrie, a été vivement
critiqué par le chef druze Walid Joumblatt qui a estimé que
« la liberté et les militaires sont deux contraires qui
ne sauraient se rejoindre ». Il faisait allusion au fait
que M. Lahoud était un ancien commandant en chef de l'armée.
Pour Boutros Harb, un candidat à la présidence, les jeux ne
sont pas encore faits et il a prôné d'intenses contacts avant
le vote du Parlement.
Le
chef de l'Eglise maronite au Liban, Mgr Nasrallah Sfeir, a jugé
pour sa part « extrêmement regrettable » l'adoption
du projet. « Ce qui s'est passé sort de l'ordinaire.
Ça a été arrangé la nuit et exécuté le jour à la vitesse
de l'éclair », a-t-il souligné. Mgr Sfeir semblait
faire allusion à une réunion nocturne vendredi, à la veille
de la séance extraordinaire du Conseil des ministres, entre
le chef des services de renseignements militaires syriens au
Liban, le général Rostom Ghazalé et le premier ministre libanais
Rafiq Al-Hariri qui était pourtant, avant cette date, résolument
opposé à une prolongation du mandat de M. Lahoud. « C'est
comme si le Liban était devenu un ballon de foot que se lancent
les intérêts régionaux et internationaux, comme si ses fils
en étaient devenus étrangers, sans avis à donner sur leurs affaires
nationales », a-t-il ajouté.
Le
député Nassib Lahoud, figure de proue de l'opposition, a jugé
que « la décision syrienne est une atteinte à la souveraineté
du Liban et à la dignité des Libanais ». « Elle
aura des incidences économiques et politiques désastreuses,
et maintiendra les relations entre le Liban et la Syrie au niveau
de la dépendance au lieu d'un partenariat stratégique »,
a-t-il affirmé.
Une
pétition contre la prolongation du mandat de M. Lahoud avait
obtenu la semaine dernière une centaine de signatures d'hommes
politiques, d'intellectuels et de syndicalistes.
L'amendement
de la Constitution n'est pas non plus apprécié par ni par l'Europe
ni par les Etats-Unis. Le ministre allemand des Affaires étrangères,
Joschka Fischer, avait déclaré samedi à Damas avoir transmis
aux dirigeants syriens un message de l'Union européenne estimant
nécessaire que la prochaine élection présidentielle au Liban
se déroule « sur la base de la Constitution ».
Le
président français Jacques Chirac avait souligné que la prochaine
élection « d'un nouveau président » libanais
devait se faire « conformément à la Constitution actuelle »
dans le « plein respect de la souveraineté et de l'indépendance »
de ce pays.
Auparavant,
la Maison Blanche avait exhorté la Syrie à ne pas s'ingérer
dans l'élection présidentielle libanaise. « Les Etats-Unis
croient fermement que les meilleurs intérêts du Liban et de
la Syrie sont servis par une relation positive et constructive,
fondée sur les principes de respect mutuel et de non-intervention,
entre deux Etats voisins souverains et indépendants »,
a dit le porte-parole Scott McClellan. Washington, qui impose
depuis juin des sanctions économiques à la Syrie, appelle au
retrait du corps expéditionnaire syrien, estimé actuellement
à 20 000 hommes, déployé au Liban depuis 28 ans. Emboîtant
le pas à Washington, le gouvernement britannique a demandé au
parlement libanais de manifester « l'indépendance »
du pays, visant la Syrie sans la nommer.
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Rania
Adel |
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