Simultanément,
la semaine dernière, le groupe des vieux des troupes
indépendantes (ex-libres ?!) et quelques pièces
rapportées se sont « festivalisées »
entre Le Caire, Alexandrie et Minya au nom de « comédie
légère ». Tandis que la nouvelle génération,
sans titre nominatif, et sans thème, est reçue au sein
du Centre culturel Al-Sawi.
Depuis
douze ans, les anciens se distinguent par une inexpérience
flagrante. Ce qui nous permet de plaider la cause de
tous sans critères préférentiels. Mais aussi de montrer
du doigt leur paresse à travailler leur sujet, c'est-à-dire
leur manque de responsabilité éthique et artistique,
comptant tout bêtement sur leur énergie, fort débridée
à vrai dire.
Constatons
dès le départ le paradoxe de la situation. Faire du
théâtre sans savoir de quoi il s'agit, telle est en
général la pratique exercée. Car cela se réduit à un
texte, personnages et dialogue, mise en place plus que
mise en scène, sans aucun point de vue dramatique, sans
aucun choix artistique. C'est ainsi qu'on verra dans
la même pièce un décor symbolique, un jeu réaliste,
et des chants épiques. Pourquoi pas, si seulement cette
salade était justifiée.
La
littérature dramaturgique arabe n'est pas très riche.
La plus grosse partie a été fournie dans les années
1960 qui correspondaient à une période de l'Histoire
où la censure était fortement répressive. D'autre part,
les écrivains eux-mêmes tenaient les propos du régime
totalitaire de gauche sans savoir transcender « l'événement ».
Ce en quoi Brecht les dépasse et garde sa validité.
Bornés à cet état de faits, les jeunes sont mal servis
et quand ils veulent parler d'aujourd'hui, ils sont
obligés d'écrire leurs propres textes. Spécialisation
dont ils ne détiennent pas les lois.
A
défaut d'études académiques, les théâtreux indépendants
suivent des stages sauvages d'initiation. Dispersés
et sans pouvoir, ils n'ont pas les moyens d'organiser
des stages de formation continue. Ainsi, ils viennent
au bout de tant d'années de suivre un stage où leur
fut enseigné le b.a.-ba des différentes écoles d'expression
dramatique : style brechtien, façon Stanislavski
et un amalgame des deux créé par l'animatrice hollandaise
qui se base essentiellement sur l'exploitation des sept
points énergétiques de notre corps. Seul Ahmad Al-Attar,
directeur de la troupe Le Temple, parvient à
assurer des stages techniques sur une longue durée.
Ces
compagnies constituées d'une seule personne, le metteur
en scène, ne peuvent donc pas travailler dans un esprit
collectif, statut qui leur aurait permis peut-être de
découvrir ensemble, de créer ensemble, de comprendre
ensemble de quoi est fait le théâtre, comment il naît
et pourquoi il est si nécessaire. Se regrouper est sans
aucun doute un impératif sans lequel le futur de ces
troupes est incertain. En acquérant la force due au
nombre, ils pourront exiger leurs revendications, se
faire reconnaître et surtout gagner les moyens du savoir
dont ils ont besoin d'urgence.