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Epargne . Les deux banques Ahli et Misr ont lancé la semaine dernière deux certificats d'investissement à un taux d’intérêt élevé de 12 % sur trois ans. La décision est surprenante et perturbe le marché monétaire.
Des certificats controversés

Depuis deux semaines, les files d'attente sont interminables aux guichets des banques Ahli et Misr. Motif : le lancement par ces deux établissements de nouveaux certificats d’investissement au taux d’intérêt alléchant de 12 %. Dans les autres banques, la situation est similaire. Leurs clients retirent leur argent en masse pour aller acquérir ces certificats. Même les dollars sont convertis en livres égyptiennes pour l’occasion.

En réalité, jamais un terme aussi technique que celui de « taux d'intérêt » n’a eu une telle vogue. Ces certificats lancés la semaine dernière par deux des quatre grandes banques nationales alimentent toutes les conversations. Ce taux de 12 % sur 3 ans est en effet le plus élevé du marché.

Toutes les catégories sociales refont donc leurs comptes. En seulement deux jours, la valeur totale des fonds investis dans ces nouveaux certificats a atteint 400 millions de L.E. A noter que le volume recommandé des fonds à investir est de 1,4 milliard de L.E., soit 700 millions pour chacun des certificats.

Mais ces nouveaux produits financiers ont également des répercussions sur le marché monétaire égyptien. Car les autres banques se retrouvent dans une véritable impasse. Ainsi, la Banque égyptienne américaine (EAB) a renoncé au lancement, promis le mois dernier, de dépôts à 10 % d’intérêt. Idem pour la Banque internationale arabo-africaine (AAIB), qui voulait offrir des dépôts à 10,75 % d’intérêt. « Ces nouveaux certificats lancés par les banques Ahli et Misr nous ont écartés de la compétition », explique un responsable de l'EAB, qui a requis l’anonymat.

Chez les experts du marché, le lancement de ces certificats suscite une réelle interrogation sur les bénéficiaires réels de ces certificats à 12 %. « Ce ne sont sûrement pas les deux banques en question. Les coûts des dépôts que ces dernières assument déjà dépassent les rendements qu’elles obtiennent sur les crédits. Le déficit atteint 887 millions de L.E. pour Ahli et 412 millions pour la banque Misr », assure un expert financier auprès d’une institution monétaire. Et d’ajouter que « c’est la Banque Centrale d’Egypte (BCE) qui est probablement derrière cette décision pour inciter le reste du marché à suivre. Son objectif est d’encourager l’épargne en L.E., de mettre un terme au phénomène de la dollarisation et donc au marché parallèle », ajoute-t-il.

Raison pour laquelle le gouverneur de la BCE, Farouq Al-Oqda, favorise depuis son entrée en fonction les taux d’intérêt élevés. Et au moment où le débat battait son plein entre les banques — qui insistaient à maintenir leur taux d’intérêt sur l'épargne entre 8 et 9 % — le voilà en train de lancer ces nouveaux produits à un taux d’intérêt de 12 %. La BCE vise ainsi à absorber les liquidités des particuliers vu la hausse de 17 % ces 6 derniers mois des dépôts bancaires par les particuliers et les banques contre une augmentation de seulement 6 % des crédits octroyés. La BCE œuvre également à réduire le nombre des dépôts en dollars qui ont augmenté de 1,8 milliard de L.E. au cours de la même période pour atteindre 29,8 milliards pour le secteur privé. Chez les particuliers, la hausse a été de 1,7 milliard de L.E. et leurs dépôts atteignent désormais les 90,1 milliards de dollars. Alors que les dépôts en dollar du secteur public n’ont augmenté que de 186 millions de dollars. « Les faibles taux d’intérêt sur les dépôts en L.E. sont l’une des causes principales de la multiplication des dépôts en dollars. Ces nouveaux dépôts à un taux d’intérêt de 12 % encourageront donc les gens à épargner en L.E., d'autant plus que le taux d’intérêt sur les dépôts en dollar est de 1,6 % », explique Ahmad Gamaleddine, directeur du Dealing Room à la banque Misr. Un responsable au sein de la BCE dévoile également que ces nouveaux dépôts révèlent la politique monétaire de la BCE, et déclare que « si l’on veut contrôler le taux d’inflation, un taux d’intérêt élevé incite les gens à déposer leur argent en banque, ce qui absorbe les liquidités ».

Une certaine crainte se fait également ressentir sur les marchés monétaires depuis le lancement de ces certificats. Des experts assurent qu'ils porteront atteinte à la Bourse et à l'investissement. « Ces certificats auront de très mauvaises répercussions sur la Bourse. La plupart des gens préféreront investir leur argent dans ces dépôts à profit élevé, durable et stable », assure un responsable de la Bourse. « De plus, ces certificats contribueront à affaiblir les investissements et ainsi aggraver la récession », ajoute-t-il.

D'autres experts ont une vison différente des choses. Abdel-Rahmane Baraka, PDG de la banque Misr-Roumanie, assure que « le lancement de ces nouveaux dépôts reflète le désir de ces banques d’attirer à eux plus de liquidités pour ne plus avoir recours à des crédits auprès des banques et pouvoir ainsi financer des projets à long terme. La BCE a en fait proposé l’idée à toutes les banques et ce sont celles qui ont le plus besoin de dépôts à long terme qui l'ont acceptée ». Mahmoud Abdel-Latif, président de la Banque d’Alexandrie, nie pour sa part l’intention de sa banque de lancer de tels certificats. Il assure qu'une banque doit conserver un taux d’intérêt bas pour résoudre ses difficultés résultant des insolvabilités de ses débiteurs et encourager les investissements. Hamdi Qouta, directeur général de la banque Misr-Iran, tranche l’affaire : « Les deux banques Ahli et Misr sont celles qui souffriront le plus du lancement de ces nouveaux dépôts, qui n’intéressent que les particuliers. Les entreprises et les institutions n’y sont pas incluses. Nos activités ne seront donc pas perturbées », conclut-il. Attendons donc de voir les résultats.

Névine Kamel

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