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Subventions . La redistribution de la richesse nationale est toujours centrée sur l'aide alimentaire aux plus pauvres. Mais la polémique actuelle répond plus à une logique de guerre des factions au sein du régime qu'à une logique politique. Explication.
Le vrai nom d'un débat

Le nouveau gouvernement égyptien est entré en fonction en juillet dernier. Depuis, le sujet des subventions des produits de nécessité de base pour la population pauvre est revenu sur la « scène » politique égyptienne. Une campagne a été déclenchée ces dernières semaines dans certains journaux d'opposition (Al-Ahali notamment) contre leur éventuelle remise en question. « Ne touchez pas aux subventions, docteur Nazif », a même affirmé le président du parti du Rassemblement, dit de gauche, dans son organe de presse, Al-Ahali. Le président du Parlement, Fathi Sourour, n'a pas non plus manqué d'intervenir : « Celui qui veut annuler les subventions veut également mettre en danger la sécurité nationale ». Avant que le directeur du cabinet du président ne se déclare à son tour catégoriquement opposé à toute suppression des subventions. Et finalement, le président Moubarak lui-même est intervenu pour décider « l'augmentation des subventions de 16 milliards de L.E. », selon le quotidien quasi officiel Al-Ahram.

Mais le nouveau gouvernement n'a jamais déclaré son intention de remettre en cause les subventions. Il a suffi pour déclencher cette campagne que le nouveau gouvernement soit mis sur le compte de ce qu'on appelle « le groupe de Gamal Moubarak », un groupe qui a réussi à contrôler le ministère des Finances, avec la nomination de Youssef Boutros-Ghali, un économiste dit libéral. Le débat actuel consiste donc en un bras de fer entre le courant de Gamal Moubarak, un groupe largement visible, notamment dans le comité des politiques présidé par le fils du président, d'une part, et le « courant anti-Gamal », peu visible, puisqu'il est dispersé un peu partout dans les institutions étatiques et dans les courants d'opposition, d'autre part. Autrement dit, la question des subventions est tout simplement un faux titre pour un conflit qui a pour objet le pouvoir politique dans ce pays et la question de la succession du président Moubarak ayant dépassé les 75 ans.

Le sujet des subventions a une longue histoire dans la politique égyptienne. Il a déclenché les émeutes sociales les plus violentes dans l'histoire moderne de ce pays, celles de janvier 1977, quand le gouvernement a déclaré réduire massivement les subventions des denrées alimentaires. Mais, après la disparition de la fumée des troubles, on a trouvé que l'objet des réductions ne dépassait pas 20 millions de dollars. Ce qui a poussé un des spécialistes de l'économie politique de l'Egypte, Harik, à se demander pourquoi le régime de Sadate avait choisi de commencer la libéralisation de l'économie égyptienne par cibler des réductions budgétaires aussi modestes, mais qui touchait des dépenses aussi associées dans l'esprit des pauvres à la justice sociale. Ainsi, toujours selon Harik, le gouvernement a mal calculé et a mal choisi les étapes de la libéralisation. Cela est une explication du pourquoi un gouvernement met en danger la « sécurité nationale » pour une somme aussi modeste que 20 millions de dollars. Mais une autre explication est non moins possible : la libéralisation en Egypte doit s'attaquer aux subventions parce que celles-ci ont une valeur symbolique. Pour libéraliser l'économie, il faut également libéraliser les esprits, il faut faire la rupture avec le système nassérien en attaquant un des plus importants « acquis » qu'il a offerts à la population.


Les subventions ont fait leurs jours

Une simple information peut localiser le « conflit » actuel sur les subventions : ces dernières ont représenté 4 % des dépenses publiques en 2001, contre 12 % en 1984. Pourquoi se limite-t-on à l'année 2001 ? Tout simplement parce que les informations les plus fiables des dépenses publiques, celles du compte définitif du budget national, ne nous ont pas été révélées après cette année. Le graphique montre que le régime de Moubarak a effectivement réussi à réduire la part des subventions dans le budget. Les subventions alimentaires sont en voie de disparition. Pourquoi donc débattre de quelque chose qui est en train de mourir au lieu de l'enterrer une fois pour toutes et penser à un autre système vivant pour la protection des pauvres ? Les pauvres en Egypte ne se sont plus soulevés contre la réduction des subventions depuis les émeutes de 1977. Les subventions, aussi médiocres soient-elles, passent directement des classes aisées aux pauvres, sous différentes formes, dont les bakchichs. L'Etat est de plus en plus absent du domaine de la redistribution de la richesse nationale.

Soulever cette question de la distribution de la richesse en terme de subventions est certainement un héritage de l'Etat nassérien autoritaire et paternaliste, un Etat qui prive les pauvres de leurs droits politiques, mais leur accorde quelques denrées alimentaires de mauvaise qualité à des prix modestes pour garantir leur passivité politique. Les subventions d'aujourd'hui répondent à la même logique. Le président du Parlement n'a-t-il pas dit que « Qui veut annuler les subventions veut également mettre en danger la sécurité nationale ? ». Poser la question en termes sécuritaires cache sa nature économique et sociale. Economiquement parlant, les subventions ne représentent plus une part importante des dépenses publiques. Socialement parlant, les pauvres ne dépendent plus comme avant de ces subventions.

L'économie égyptienne est en pleine libéralisation. Le rythme est lent, hésitant mais systématique. La politique égyptienne est par contre en état de stagnation. Cela explique probablement pourquoi la question de la redistribution de la richesse nationale reste toujours dans les contours des cadres archaïques du système politique nassérien : quelques acquis sociaux contre une passivité politique. La formule politique du régime se résume ainsi : « A nous de vous garantir les nécessités de base et à vous de nous laisser gouverner le pays en vous abstenant de soulever la question du pouvoir politique et de la distribution de la richesse nationale ». Ce sont la haute bureaucratie et la bourgeoisie qui se taillent effectivement la part du lion.

Samer Soliman

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