Hebdomadaire égyptien en langue française en ligne chaque mercredi

Points de vue

La Une
L'événement
Le dossier
L'enquête
Nulle part ailleurs
L'invité
L'Egypte
Affaires
Finances
Le monde en bref
Points de vue
Commentaire
d'Ibrahim Nafie

Carrefour
de Mohamed Salmawy

Portrait
Littérature
Arts
Société
Sport
Environnement
Patrimoine
Loisirs
Echangez, écrivez
La vie mondaine
De la démocratie
Par Mohamed Sid-Ahmed
La démocratie renferme une contradiction qui mérite d'être attentivement examinée. Le citoyen en se rendant aux urnes fait deux choses opposées. Il confirme d'une part son identité démocratique en exerçant son droit de vote mais en même temps, il cède son droit d'exercer la souveraineté qui lui revient conformément au principe de la démocratie à la personne à qui il donne sa voix.

Ainsi, on peut voir dans la démocratie deux aspects, l’un positif et l’autre négatif. Le positif est d'exercer le droit de vote, de prendre part à la prise de décision et se présenter en citoyen engagé, abstraction faite de l'ampleur de cet engagement. Le négatif est de mandater une autre personne pour exercer des droits qui lui sont authentiques. Il s'agit là d'une issue pour ceux qui s'abstiennent à exercer une véritable démocratie.

Dans toute société, il y a en général deux catégories de citoyens. Ceux qui prennent part positivement à la vie politique, d'habitude peu nombreux mais qui comptent du point de vue qualitatif. Et ceux qui ne tiennent pas à s'engager dans l'action publique ou qui ne trouvent pas dans la vie politique de quoi répondre à leurs aspirations et leurs soucis. Pour ces derniers, les mécanismes démocratiques constituent une soupape de sûreté qui protège la société contre toute forme de désordre.

D'après cette distinction, la société pourrait être perçue du haut ou du bas. Il y a le regard, d’en haut, de l'élite qui regarde le reste des citoyens comme étant une simple « quantité ». Et il y a, à l’autre bout, le regard, d'en bas, de ceux qui représentent la « quantité » à ceux qui représentent la « qualité ». Mais ce qui compte d'habitude, c'est le regard de la « qualité » à la « quantité » et non le contraire. Ce sont d'ailleurs ceux qui représentent la qualité qui orientent l'opinion publique et les médias et lancent les slogans. Ce sont eux les promoteurs des initiatives et des actions. Quant à ceux qui représentent la quantité, ils se contentent de réagir.


L’importance de s’occuper de la « quantité »

Mais à l'heure des grands bouleversements sociaux, il devient important de se tourner vers ceux qui parlent au nom de la « quantité » et non pas uniquement vers ceux qui parlent au nom de la « qualité ». Il est plus important d’observer le mouvement de bas en haut que de haut en bas et ce pour tenter d'absorber les causes des tensions, de la colère et de la révolte.

Dans de telles circonstances, la société devient sujette à de profondes crises. Une large tranche de ceux qui appartiennent à la « quantité » passe subitement au rang de la « qualité ». Dans ces cas, les moyens traditionnels qu'on utilise pour traiter avec la « quantité » deviennent désuets. Des crises semblables ne peuvent en effet être traitées que via l'élargissement des canaux démocratiques pour les rendre plus à même d’accueillir davantage que ceux qui appartiennent traditionnellement à la « quantité ».

Il est important dans ce cas de cultiver les facteurs qui sont à même de faire avancer la société vers davantage de démocratie et non pas vers la direction inverse, celle du désordre et de la crise. Dans ce cadre, il faut veiller à ce que la démocratie ne soit pas l'apanage d'une élite. Il faut faire en sorte que cette démocratie se préoccupe et des problèmes de l'élite et de ceux des autres qui n'appartiennent pas à cette dernière. La démocratie est en principe contre la division de la société entre « qualité » et « quantité ». Cette distinction doit être bannie. Toute société démocratique doit faire en sorte que les lignes de fracture soient éliminées. En tout cas, la révolution scientifique et technologique aide à accomplir facilement et d'une manière inédite cette tâche.

La démocratie doit, par ailleurs, prendre en compte les caractéristiques et la spécificité de chaque société. Ceci ne signifie pas que l'on doit s'attacher à des traditions désuètes et rétrogrades qui entravent le progrès, l’innovation et l'ouverture vers l’avenir. Ceci ne signifie pas non plus que l'on doit refuser tout ce qui vient des autres sociétés. Autrement dit, il ne faut pas croire que la modernisation signifie que l'on doit renier tout ce qui est authentique et inversement. Il est important de souligner que la spécificité de chaque société ne doit pas être prise comme prétexte pour que l'on s'attache à des valeurs périmées qui entravent la marche vers le progrès.

Il est aussi important de savoir d'où devons-nous commencer ? Il est important d'admettre que toute réforme doit émaner de l'intérieur. C'est-à-dire que toute réforme doit puiser dans nos expériences et notre vécu. Mais il ne faut pas ignorer en même temps des questions qui ont animé les débats à l’extérieur, même si on est contre. Comme l'avortement, l'euthanasie ou le clonage.

Il est certain que toute notion moderne de démocratie exige que l'on examine toutes ces opinions et que l'on ait le courage de donner notre propre avis et faire des interprétations personnelles au lieu de se tenir à l'écart et laisser aux autres le soin de trancher ces problèmes et tracer ainsi la marche de l'histoire.


Le gouvernement du « village intelligent »

D'autres questions importantes soulèvent en Egypte des interrogations auxquelles il est malaisé d’apporter des réponses. Le nouveau gouvernement d'Ahmad Nazif par exemple, baptisé gouvernement de la « technologie et de la communication », gouvernement du « village intelligent » ou du « village électronique » soulève un problème. Le premier ministre pense que pour sortir de l'impasse, il faut adopter la technologie moderne. Mais ceci nous conduit à une question importante : l'usage de cette technologie nous permettra-t-il de mettre fin au problème du chômage ?

Pour combattre le chômage, il faut s'engager dans des activités économiques à usage massif de la main-d’œuvre, alors que l’emploi de la technologie moderne conduit au contraire à la réduction du nombre des travailleurs. Comment s’en sortir ? Telle est la question que l'on se pose actuellement pour tenter de sortir de l'impasse. Mais il est difficile de lui apporter une réponse.

Certes, on peut dire qu'il existe des demi-mesures. C'est-à-dire que l'on peut recourir à un mélange de moyens de production, à même de permettre, dans certains cas, un usage massif de la main-d’œuvre et, dans d’autres cas, une utilisation de la haute technologie. En tout état de cause, une solution satisfaisante à ce genre de problèmes exige la conjugaison de tous les efforts de la société.

Haut de page
 

Pour les problèmes techniques contactez le webmaster

Adresse postale: Journal Al-Ahram Hebdo
Rue Al-Gaala, Le Caire - Egypte
Tél: (+202) 57 86 100
Fax: (+202) 57 82 631