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De
la démocratie |
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Par
Mohamed Sid-Ahmed |
La
démocratie renferme une contradiction qui mérite
d'être attentivement examinée. Le citoyen en se
rendant aux urnes fait deux choses opposées. Il
confirme d'une part son identité démocratique
en exerçant son droit de vote mais en même temps,
il cède son droit d'exercer la souveraineté qui
lui revient conformément au principe de la démocratie
à la personne à qui il donne sa voix.
Ainsi,
on peut voir dans la démocratie deux aspects,
l’un positif et l’autre négatif. Le positif
est d'exercer le droit de vote, de prendre part
à la prise de décision et se présenter en citoyen
engagé, abstraction faite de l'ampleur de cet
engagement. Le négatif est de mandater une autre
personne pour exercer des droits qui lui sont
authentiques. Il s'agit là d'une issue pour
ceux qui s'abstiennent à exercer une véritable
démocratie.
Dans
toute société, il y a en général deux catégories
de citoyens. Ceux qui prennent part positivement
à la vie politique, d'habitude peu nombreux
mais qui comptent du point de vue qualitatif.
Et ceux qui ne tiennent pas à s'engager dans
l'action publique ou qui ne trouvent pas dans
la vie politique de quoi répondre à leurs aspirations
et leurs soucis. Pour ces derniers, les mécanismes
démocratiques constituent une soupape de sûreté
qui protège la société contre toute forme de
désordre.
D'après
cette distinction, la société pourrait être
perçue du haut ou du bas. Il y a le regard,
d’en haut, de l'élite qui regarde le reste des
citoyens comme étant une simple « quantité ».
Et il y a, à l’autre bout, le regard, d'en bas,
de ceux qui représentent la « quantité »
à ceux qui représentent la « qualité ».
Mais ce qui compte d'habitude, c'est le regard
de la « qualité » à la « quantité »
et non le contraire. Ce sont d'ailleurs ceux
qui représentent la qualité qui orientent l'opinion
publique et les médias et lancent les slogans.
Ce sont eux les promoteurs des initiatives et
des actions. Quant à ceux qui représentent la
quantité, ils se contentent de réagir.
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L’importance
de s’occuper de la « quantité »
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Mais
à l'heure des grands bouleversements sociaux,
il devient important de se tourner vers ceux
qui parlent au nom de la « quantité »
et non pas uniquement vers ceux qui parlent
au nom de la « qualité ». Il
est plus important d’observer le mouvement de
bas en haut que de haut en bas et ce pour tenter
d'absorber les causes des tensions, de la colère
et de la révolte.
Dans
de telles circonstances, la société devient
sujette à de profondes crises. Une large tranche
de ceux qui appartiennent à la « quantité »
passe subitement au rang de la « qualité ».
Dans ces cas, les moyens traditionnels qu'on
utilise pour traiter avec la « quantité »
deviennent désuets. Des crises semblables ne
peuvent en effet être traitées que via l'élargissement
des canaux démocratiques pour les rendre plus
à même d’accueillir davantage que ceux qui appartiennent
traditionnellement à la « quantité ».
Il
est important dans ce cas de cultiver les facteurs
qui sont à même de faire avancer la société
vers davantage de démocratie et non pas vers
la direction inverse, celle du désordre et de
la crise. Dans ce cadre, il faut veiller à ce
que la démocratie ne soit pas l'apanage d'une
élite. Il faut faire en sorte que cette démocratie
se préoccupe et des problèmes de l'élite et
de ceux des autres qui n'appartiennent pas à
cette dernière. La démocratie est en principe
contre la division de la société entre « qualité »
et « quantité ». Cette distinction
doit être bannie. Toute société démocratique
doit faire en sorte que les lignes de fracture
soient éliminées. En tout cas, la révolution
scientifique et technologique aide à accomplir
facilement et d'une manière inédite cette tâche.
La
démocratie doit, par ailleurs, prendre en compte
les caractéristiques et la spécificité de chaque
société. Ceci ne signifie pas que l'on doit
s'attacher à des traditions désuètes et rétrogrades
qui entravent le progrès, l’innovation et l'ouverture
vers l’avenir. Ceci ne signifie pas non plus
que l'on doit refuser tout ce qui vient des
autres sociétés. Autrement dit, il ne faut pas
croire que la modernisation signifie que l'on
doit renier tout ce qui est authentique et inversement.
Il est important de souligner que la spécificité
de chaque société ne doit pas être prise comme
prétexte pour que l'on s'attache à des valeurs
périmées qui entravent la marche vers le progrès.
Il
est aussi important de savoir d'où devons-nous
commencer ? Il est important d'admettre
que toute réforme doit émaner de l'intérieur.
C'est-à-dire que toute réforme doit puiser dans
nos expériences et notre vécu. Mais il ne faut
pas ignorer en même temps des questions qui
ont animé les débats à l’extérieur, même si
on est contre. Comme l'avortement, l'euthanasie
ou le clonage.
Il
est certain que toute notion moderne de démocratie
exige que l'on examine toutes ces opinions et
que l'on ait le courage de donner notre propre
avis et faire des interprétations personnelles
au lieu de se tenir à l'écart et laisser aux
autres le soin de trancher ces problèmes et
tracer ainsi la marche de l'histoire.
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Le
gouvernement du « village intelligent »
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D'autres
questions importantes soulèvent en Egypte des
interrogations auxquelles il est malaisé d’apporter
des réponses. Le nouveau gouvernement d'Ahmad
Nazif par exemple, baptisé gouvernement de la
« technologie et de la communication »,
gouvernement du « village intelligent »
ou du « village électronique »
soulève un problème. Le premier ministre pense
que pour sortir de l'impasse, il faut adopter
la technologie moderne. Mais ceci nous conduit
à une question importante : l'usage de
cette technologie nous permettra-t-il de mettre
fin au problème du chômage ?
Pour
combattre le chômage, il faut s'engager dans
des activités économiques à usage massif de
la main-d’œuvre, alors que l’emploi de la technologie
moderne conduit au contraire à la réduction
du nombre des travailleurs. Comment s’en sortir ?
Telle est la question que l'on se pose actuellement
pour tenter de sortir de l'impasse. Mais il
est difficile de lui apporter une réponse.
Certes,
on peut dire qu'il existe des demi-mesures.
C'est-à-dire que l'on peut recourir à un mélange
de moyens de production, à même de permettre,
dans certains cas, un usage massif de la main-d’œuvre
et, dans d’autres cas, une utilisation de la
haute technologie. En tout état de cause, une
solution satisfaisante à ce genre de problèmes
exige la conjugaison de tous les efforts de
la société.
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