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Journaliste à Al-Ahram, Mona Ragab est la nouvelle conseillère du minsitre de la culture pour les relations culturelles. La défense des droits de la femme constitue une priorité de sa mission.

La porte-drapeau du féminisme

Une personnalité forte, une détermination à toute épreuve, une fermeté inébranlable et une solide confiance en soi. Telle est l'impression que dégage Mona Ragab, rédactrice en chef adjointe d'Al-Ahram, responsable de la dernière page du quotidien et conseillère du ministre de la Culture pour les relations culturelles. Une superwoman toujours occupée, mais capable de se concentrer sur chaque détail.

Pour bien comprendre la personnalité de Mona Ragab, il faut la voir à son bureau du quatrième étage de l'ancien bâtiment de la fondation Al-Ahram. C'est là qu'elle se sent le plus à l'aise, c'est un peu un chez-soi. Car c'est ici qu'elle a pu réaliser ses rêves d'enfance et ses ambitions de jeune femme active. Dès son jeune âge, Mona Ragab s'est trouvé des tendances féministes ; elle voulait prouver qu'elle n'était pas inférieure aux garçons qui, à ses yeux, obtenaient leurs droits dans notre société comme si c'était un don garanti du ciel, alors que les filles devaient lutter pour les obtenir. « Très jeune déjà, cela me révoltait. C'est pourquoi j'ai toujours voulu participer aux activités de l'école habituellement consacrées aux garçons ; je voulais prouver que j'en étais capable », dit-elle. Au Lycée Al-Horriya d'Héliopolis, Mona Ragab était donc une star dans presque tous les domaines. Elle dessinait des tableaux qui étaient choisis pour décorer les murs de l'école, brillante dans les activités sportives, elle était membre très active de l'Union des élèves. « Je tenais à être présente à toutes les occasions où des visites officielles étaient effectuées à l'école par des ministres, des ambassadeurs ou autres ». Et d'insister : « Je représentais toutes les filles de mon école ».

Pour elle, la cause féminine est donc avant tout une affaire personnelle, Mona Ragab n'avait donc qu’un seul objectif : être une des premières. Pour ce faire, elle travaillait dur et passait de longues nuits blanches à essayer d’obtenir les meilleurs résultats possibles. « Mon expérience personnelle prouve que la fille dans notre société a besoin de fournir deux fois ou trois fois plus d'effort que le garçon, non seulement pour se faire une place, mais aussi tout simplement pour être traitée comme un être humain ». Aujourd'hui, Mona Ragab, en se rendant compte qu'elle a passé une adolescence trop sérieuse et qu'elle n'a pas vécu comme le reste de ses amies, n'a aucun regret. « C'était pour moi une question de vie ou de mort. J'avais mes propres idéaux, mes propres valeurs, et j'y tenais coûte que coûte ». Mona Ragab avoue tout de même que de temps à autre, elle a un petit pincement au cœur, un petit regret de ne pas avoir vécu son âge, de ne pas avoir vécu de petits moments de folie étant jeune, d'avoir été un peu trop sérieuse quoi.

Féministe avant l'âge, elle est aussi mordue de tout ce qui a trait à la culture. « Je ne me contentais pas d'observer la société autour de moi. J'aimais aller plus loin et noter ces observations ». Sur ses cahiers qui faisaient aussi office de journal intime ou de mémoires, les observations notées laissent apparaître une maturité précoce, mais aussi une profonde révolte. « Pourquoi la distinction entre la fille et le garçon ? » ; « Pourquoi autant d'interdits imposés à la fille, interdits qu'elle ne peut jamais transgresser ? » ; « Pourquoi les mâles sont-ils prioritaires dans l'éducation et le travail ? » ; « Pourquoi les filles dans notre société ne sont-elles pas suffisamment cultivées ? » … Mona Ragab s'extériorisait alors en écrivant. « Je découvrais alors l'expression écrite ». Peu à peu donc, ces notes se transformaient en des histoires fictives qu'elle inventait. « Au début, je me contentais d'écrire des remarques sur ce qui se passait autour de moi, petit à petit je voulais comprendre la relation qui lie chaque événement et les personnalités qui y sont impliquées ». C'est dit-elle comme une prise de conscience. « Je commençais alors à avoir ma propre vision des choses ». Une vision qu'elle ne cesse d'exposer et d’approfondir dans ses nouvelles comme Wogouh bila rotouch (Visages sans retouches) ou Emraa li asren guédid (Une Femme pour une nouvelle époque).

Dans ces œuvres, on voit clairement l'expression de la conviction profonde de Mona Ragab selon laquelle il y a des femmes qui ont « une mission et un but dans la vie et d'autres qui acceptent les choses telles quelles ». Pour elle, celles qui appartiennent à la deuxième catégorie ont accepté de se soumettre aux traditions d'une société qui a longtemps opprimé la femme et qui trouvait anormal que celle-ci y soit représentée.

Les œuvres de Mona Ragab représentent surtout des types de femmes opprimées par cette société masculine. Ceci n'empêche qu'elle décrit des femmes qui ont réussi tout en mettant l'accent sur leur caractère ferme et déterminé qui ressemble à sa propre personnalité. Une femme qui a réussi à se frayer un chemin dans les œuvres de Mona Ragab est une femme courageuse, qui accepte de prendre le risque d'aller contre le traditionalisme et donc de sortir du moule, et qui a surtout le sens de l'initiative. Selon les critiques, Mona Ragab a réussi dans ses nouvelles à décrire clairement cette « société corrompue où l’oppression nous entoure de l'intérieur et de l'extérieur et où le monde devient une réalité dure face à laquelle on ne peut que se révolter avec force ». Pourtant, pour Mona Ragab, il ne suffit pas de se révolter. « La révolte est un simple refus des choses sans un contexte idéologique. Moi je ne suis pas révoltée, je suis révolutionnaire car je participe au changement ».

Et, un des moyens de participer au changement de la société pour elle était justement de faire carrière dans le journalisme. « Je suis convaincue que c'est mon sort. Je ne pouvais pas exercer un autre métier ». Pourtant, elle n'a pas fait des études de journalisme. Ayant eu un pourcentage élevé au bac, elle a choisi d'étudier dans l'une des facultés les plus prestigieuses de l'Université du Caire, à savoir l'économie et les études politiques. « Je me sentais impliquée dans les problèmes de ma société. Etudier l'économie et la politique était donc normal ». Elle ne nie cependant pas qu'elle peut avoir choisi cette faculté dans le même esprit de vouloir prouver que la fille est capable de réussir dans tous les domaines. Une fois son diplôme obtenu, elle travaille au magazine hebdomadaire Octobar, où elle passe deux ans. Toutefois, sa véritable carrière n'a commencé que depuis son arrivée à Al-Ahram. « Ici c'est ma maison », insiste-t-elle.

Mona Ragab estime qu'elle a réussi non seulement au niveau de sa carrière, mais aussi au niveau familial. Mère d'une fille et d'un garçon, elle estime avoir été capable de leur inculquer les principes de l'égalité. « J'ai tenu à agir avec eux exactement de la même manière et à donner à chacun d'eux la même marge de liberté ». C'était le meilleur moyen d'être en conformité avec ses propres idées. Et pour mieux réaliser ce but, elle est aujourd'hui membre des deux Conseils de la femme et de la maternité et de l'enfance. « A travers ces deux conseils, j'essaye de participer à l'amélioration du statut de la femme. Je l'ai fait dans ma propre famille et maintenant je l'applique sur un plan plus large ».

Yolande Youssef

Jalons

Naissance au Caire.

2000 : Responsable de la dernière page et de la page radio-télé du quotidien Al-Ahram.

2001 : Prix de la Foire internationale du livre pour son œuvre Al-Nessaa qadimate (L'Arrivée des femmes).

2001 : Présidente adjointe de l'Union des écrivaines.

2002 : Rédactrice en chef adjointe d'Al-Ahram.

2004 : Membre de la Haute commission technique au Conseil national de l'enfance et de la maternité.

Août 2004 : Conseillère du ministre de la Culture pour les relations culturelles.

 

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