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Exposition . Une exposition sur les manuscrits coptes à la Bibliothèque Nationale de France (BNF), qui connaît un grand succès, permet de mettre en valeur la spécifité du christianisme égyptien.

A la gloire du christianisme d’Egypte

« Pages chrétiennes d’Egypte ». C'est le titre de l’exposition présentée à la Bibliothèque nationale de France, sur le site Richelieu (ancienne Bibliothèque du roi Louis XIV), où se trouve le département des Manuscrits orientaux. Cette exposition s'est ouverte le 30 juin et se termine le 29 août 2004. Elle connaît un grand succès grâce aux efforts des spécialistes de l’art calligraphique copte de la Bibliothèque et la contribution du département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre.

Les manuscrits coptes exposés sont d’une grande variété littéraire et linguistique. Ils proviennent au fonds copte de la BNF dont la formation est intimement liée à celle des études coptes. On y trouve notamment la Grammaire égyptienne de Champollion, lequel transcrivait les hiéroglyphes en s’aidant de l’écriture copte. Cet ouvrage a été fondamental pour la langue égyptienne, en même temps qu’il a préfiguré les études coptes modernes. Ce manuscrit autographe, conservé dans le fonds français, est crucial pour comprendre la démarche géniale de Champollion et le rôle du copte dans sa découverte : il affirmait, contre beaucoup d’autres, que le copte était, dans un support graphique différent, la même langue que celle des pharaons. Par ailleurs, il a reconnu, grâce à la pierre de Rosette, que certains hiéroglyphes avaient une valeur phonétique. Ayant appris le copte grâce aux manuscrits grammaticaux de la BNF, entre autres, Champollion pouvait à la fois transcrire et comprendre les hiéroglyphes.

Jean-François Champollion le Jeune (1790-1822) avait écrit à propos de sa Grammaire : « J’espère qu’elle sera ma carte de visite à la postérité ». Son ouvrage, qui est à jamais son testament intellectuel, fut publié peu après sa mort (1836) par son frère aîné Champollion-Figeac. Le folio 224 présenté relève du chapitre X traitant des pronoms et décrit le fonctionnement des articles possessifs en égyptien. Les lettres coptes employées sont pour translittérer les hiéroglyphes : ainsi psn NCN signifie « leur » c’est-à-dire NOY en copte. Champollion donne d’abord la règle générale qu’il illustre ensuite d’exemples.

La connaissance du copte, qui a été déterminante pour Champollion, lui a notamment permis de vocaliser la plupart des segments hiéroglyphiques. Champollion trace ses hiéroglyphes de droite à gauche, sens de lecture habituel, translittère naturellement de droite à gauche, mais inverse, car il se réfère au copte, le sens de lecture de certains segments.

La collection des manuscrits de la BNF est l’une des plus intéressantes au monde ; elle est d’une variété exceptionnelle dans son contenu, du fait des divers apports qui l’ont constituée dès le XVIIe siècle : presque tous les dialectes, périodes et genres littéraires du copte, avec sa grande richesse sur le plan liturgique, y sont représentés.

Elle conserve un véritable trésor : le « copte 13 ». Un manuscrit des Evangiles sur un parchemin du XIIe siècle, qui représente des scènes de la vie de Christ. Ce fameux « copte 13 », copié et enluminé par l’évêque de Damiette, a abouti au XVIIe siècle dans la collection de Mazarin, premier ministre de Louis XIV. Ce siècle était une période de grande curiosité pour les collectionneurs des manuscrits orientaux.

C’est d’abord leur intérêt pour le texte biblique qui a poussé les orientalistes, dès le XVIIe siècle, à se procurer des manuscrits pour pouvoir apprendre, entre autres, le copte et étudier ses textes. Beaucoup de collectionneurs étaient aussi des érudits qui cherchaient des livres susceptibles de faire progresser leurs connaissances.

Au début du XVIIe siècle, Nicolas–Claude Fabri de Peiresc fut l'un des premiers à faire chercher des manuscrits en Egypte par des religieux missionnaires, des diplomates ou des marchands.

A la fin du XVIIe siècle, la Bibliothèque royale comptait cinquante et un manuscrits coptes. Avec les confiscations révolutionnaires, le département des manuscrits orientaux continua à s’enrichir. Au XIXe siècle, Gaston Maspéro, directeur de la Mission archéologique du Caire (IFAO), contribua à l’enrichissement du fonds ; il a fait venir des milliers de feuillets et fragments achetés au monastère Blanc, près d’Akhmim, un des plus grands monastères de Haute-Egypte. Ces fragments sont enrichis par une partie de la collection du savant Seymur de Ricci qui avait effectué au début du XXe siècle de nombreuses missions en Egypte et rapporté toutes sortes de documents en grec, copte, arabe.

L’Egypte et ses déserts furent à l’origine des premières fondations monastiques en France, Saint-Victor de Marseille et Saint-Honorat des îles de Lérins, aux IVe et Ve siècles. Quand les savants européens, à partir du XVIIe siècle, dans leur quête des versions orientales du texte biblique, commencèrent à faire rechercher activement au Levant des manuscrits en toutes langues, ils portèrent au copte une attention particulière. Bien plus tard, Champollion put approfondir sa connaissance de cette langue, qui allait le conduire au déchiffrement des hiéroglyphes, grâce aux livres que possédait la Bibliothèque de France.

La langue copte constitue l’ultime étape de l’égyptien ancien, transcrit non plus en hiéroglyphes, mais en caractères grecs, afin de mieux répandre le christianisme en Egypte. Copiés dès le IVe siècle, surtout par des moines, les manuscrits ont un style original, car ils héritent d’influences diverses : égyptienne, byzantine et arabe. Une cinquantaine d’entre eux, choisis dans le fonds de la BNF, retracent l’évolution de cet art calligraphique jusqu’au XIXe siècle.


L’art calligraphique copte des moines d’Egypte

Les pièces choisies pour l’exposition mettent également en lumière quelques aspects de l’histoire du livre copte. On trouve des copies et illustrations des Livres saints, bibliques et liturgiques.

En général, le christianisme est caractérisé par l’abandon du rouleau antique et l’adoption du codex, livre formé de plusieurs feuilles pliées en deux et cousues ensemble en cahiers, l’ensemble ensuite couvert d’une reliure. Dans l’Egypte du IVe siècle, on fabrique aussi bien des codices de parchemin que de papyrus.

Les manuscrits les plus anciens (IVe-Ve siècles), sur papyrus, ou sur parchemin, sont de petit format. L’écriture y est droite, les lettres bien détachées et sans décoration, dans la tradition des manuscrits grecs de cette époque. Peu à peu, l’écriture prend son indépendance en s’assouplissant. Des motifs ornementaux, végétaux ou animaux, apparaissent dans les marges. Les livres deviennent plus grands : c’est la période la mieux représentée (IXe-XIe siècles), grâce aux manuscrits du « Monastère blanc » (Haute-Egypte) et du monastère de Saint-Michel (oasis du Fayoum). Puis l’écriture arabe s’impose peu à peu. Les manuscrits deviennent bilingues, tandis que la décoration mêle volontiers les motifs traditionnels à des emprunts faits à l’art du livre arabe. La décoration de base est presque partout fidèle au motif de la tresse coloriée. Elle révèle un goût particulier pour les oiseaux.

Cette collection de la BNF comprend plus de 4 000 feuillets et fragments provenant du Monastère blanc, conservatoire de la littérature ancienne, soit la moitié du nombre total des manuscrits disséminés au XIXe siècle à travers des collections du monde entier. Enfin, elle est déterminante pour comprendre.

Abbas Abou-Ghazala

Une histoire de 16 siècles

Le nom « copte » vient de l’arabe qui a altéré le mot grec aiguptios (égyptien).

L’histoire des manuscrits coptes s’étend de la fin du IIIe siècle à la fin du XIXe siècle. Elle commence avec la nécessité de traduire des livres saints du christianisme, écrits en grec, dans la langue égyptienne autochtone, pour les diffuser dans toute la vallée du Nil, et se termine avec la généralisation des éditions imprimées. Ces manuscrits sont le reflet de la vie religieuse des chrétiens d’Egypte, non seulement dans la période où le christianisme y était dominant, mais aussi alors que le pays était devenu largement musulman.

La langue des livres fut pendant longtemps le copte, bien que le grec fût bien implanté en Egypte. Vers le IIIe siècle, un cercle de savants avait décidé d’abandonner le système hiéroglyphique pour transcrire l’égyptien à l’aide de l’alphabet grec. Les deux langues ont continué à se côtoyer parfois dans les mêmes manuscrits.

Après la conquête musulmane (641), l’arabe s’imposa en moins de trois siècles. Le copte déclinait, mais il ne disparut pas des manuscrits bibliques ou liturgiques. On se mit à copier des manuscrits bilingues. En revanche, une partie de la littérature copte ne subsiste qu’en traduction arabe. Les manuscrits coptes d’origine étant souvent perdus, on peut dire que les manuscrits en langue copte conservés ne représentent qu’une partie des manuscrits des coptes.

 

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