Les manuscrits coptes exposés
sont d’une grande variété littéraire et linguistique.
Ils proviennent au fonds copte de la BNF dont
la formation est intimement liée à celle des
études coptes. On y trouve notamment la Grammaire
égyptienne de Champollion, lequel transcrivait
les hiéroglyphes en s’aidant de l’écriture
copte. Cet ouvrage a été fondamental pour
la langue égyptienne, en même temps qu’il
a préfiguré les études coptes modernes. Ce
manuscrit autographe, conservé dans le fonds
français, est crucial pour comprendre la démarche
géniale de Champollion et le rôle du copte
dans sa découverte : il affirmait, contre
beaucoup d’autres, que le copte était, dans
un support graphique différent, la même langue
que celle des pharaons. Par ailleurs, il a
reconnu, grâce à la pierre de Rosette, que
certains hiéroglyphes avaient une valeur phonétique.
Ayant appris le copte grâce aux manuscrits
grammaticaux de la BNF, entre autres, Champollion
pouvait à la fois transcrire et comprendre
les hiéroglyphes.
Jean-François Champollion
le Jeune (1790-1822) avait écrit à propos
de sa Grammaire : « J’espère
qu’elle sera ma carte de visite à la postérité ».
Son ouvrage, qui est à jamais son testament
intellectuel, fut publié peu après sa mort
(1836) par son frère aîné Champollion-Figeac.
Le folio 224 présenté relève du chapitre X
traitant des pronoms et décrit le fonctionnement
des articles possessifs en égyptien. Les lettres
coptes employées sont pour translittérer les
hiéroglyphes : ainsi psn NCN signifie
« leur » c’est-à-dire NOY
en copte. Champollion donne d’abord la règle
générale qu’il illustre ensuite d’exemples.
La connaissance du copte,
qui a été déterminante pour Champollion, lui
a notamment permis de vocaliser la plupart
des segments hiéroglyphiques. Champollion
trace ses hiéroglyphes de droite à gauche,
sens de lecture habituel, translittère naturellement
de droite à gauche, mais inverse, car il se
réfère au copte, le sens de lecture de certains
segments.
La collection des manuscrits
de la BNF est l’une des plus intéressantes
au monde ; elle est d’une variété exceptionnelle
dans son contenu, du fait des divers apports
qui l’ont constituée dès le XVIIe siècle :
presque tous les dialectes, périodes et genres
littéraires du copte, avec sa grande richesse
sur le plan liturgique, y sont représentés.
Elle conserve un véritable
trésor : le « copte 13 ».
Un manuscrit des Evangiles sur un parchemin
du XIIe siècle, qui représente des scènes
de la vie de Christ. Ce fameux « copte
13 », copié et enluminé par l’évêque
de Damiette, a abouti au XVIIe siècle dans
la collection de Mazarin, premier ministre
de Louis XIV. Ce siècle était une période
de grande curiosité pour les collectionneurs
des manuscrits orientaux.
C’est d’abord leur intérêt
pour le texte biblique qui a poussé les orientalistes,
dès le XVIIe siècle, à se procurer des manuscrits
pour pouvoir apprendre, entre autres, le copte
et étudier ses textes. Beaucoup de collectionneurs
étaient aussi des érudits qui cherchaient
des livres susceptibles de faire progresser
leurs connaissances.
Au début du XVIIe siècle,
Nicolas–Claude Fabri de Peiresc fut l'un des
premiers à faire chercher des manuscrits en
Egypte par des religieux missionnaires, des
diplomates ou des marchands.
A la fin du XVIIe siècle,
la Bibliothèque royale comptait cinquante
et un manuscrits coptes. Avec les confiscations
révolutionnaires, le département des manuscrits
orientaux continua à s’enrichir. Au XIXe siècle,
Gaston Maspéro, directeur de la Mission archéologique
du Caire (IFAO), contribua à l’enrichissement
du fonds ; il a fait venir des milliers
de feuillets et fragments achetés au monastère
Blanc, près d’Akhmim, un des plus grands monastères
de Haute-Egypte. Ces fragments sont enrichis
par une partie de la collection du savant
Seymur de Ricci qui avait effectué au début
du XXe siècle de nombreuses missions en Egypte
et rapporté toutes sortes de documents en
grec, copte, arabe. 
L’Egypte et ses déserts furent
à l’origine des premières fondations monastiques
en France, Saint-Victor de Marseille et Saint-Honorat
des îles de Lérins, aux IVe et Ve siècles.
Quand les savants européens, à partir du XVIIe
siècle, dans leur quête des versions orientales
du texte biblique, commencèrent à faire rechercher
activement au Levant des manuscrits en toutes
langues, ils portèrent au copte une attention
particulière. Bien plus tard, Champollion
put approfondir sa connaissance de cette langue,
qui allait le conduire au déchiffrement des
hiéroglyphes, grâce aux livres que possédait
la Bibliothèque de France.
La langue copte constitue
l’ultime étape de l’égyptien ancien, transcrit
non plus en hiéroglyphes, mais en caractères
grecs, afin de mieux répandre le christianisme
en Egypte. Copiés dès le IVe siècle, surtout
par des moines, les manuscrits ont un style
original, car ils héritent d’influences diverses :
égyptienne, byzantine et arabe. Une cinquantaine
d’entre eux, choisis dans le fonds de la BNF,
retracent l’évolution de cet art calligraphique
jusqu’au XIXe siècle.