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Médecins . Composée en majeure partie d'étrangers de passage, la clientèle des hauts lieux de villégiature du pays est une aubaine pour les praticiens avides de gains. D'autres, plus consciencieux, cherchent à faire carrière et doivent surmonter le peu de confiance que leur accordent les touristes. Reportage à Hurghada.

L'appel du large

« Les touristes arrivent avec des idées préconçues. Ils évitent autant que possible de se faire soigner en Egypte, sauf quand il y a urgence. Et puis, ils acceptent difficilement de prendre les traitements administrés par les médecins égyptiens qui différent, selon leurs propos, de ceux donnés par les praticiens de leurs pays. Il faut être compétent et très persuasif pour parvenir à ce qu'ils changent d'avis sur nous », explique Rafiq Ramzi, pédiatre à l'hôpital de Gouna, pour qui exercer dans une ville très touristique est un défi de taille. Arrivé à Hurghada il y a 6 ans, il ne s'agissait au début pour lui que d'effectuer un remplacement de quelques mois. Mais il a été séduit par la ville. « Arriver à gagner la confiance de patients à la mentalité très différente de la nôtre n'est pas une lapalissade. Cela n'a pas été facile. Il a fallu se faire un nom et en même temps se mettre au courant des derniers progrès réalisés en pédiatrie », précise-t-il.

Faire carrière en tant que médecin dans une ville touristique comme Hurghada n'en reste pas moins très attrayant. A condition de faire preuve de professionnalisme. Les médecins qui exercent dans les cliniques privées et les centres de soins médicaux des villages touristiques et hôtels n'ont cependant pas tous le même objectif. Il y a ceux qui veulent acquérir de l'expérience, très consciencieux, et d'autres qui cherchent à faire fortune le plus rapidement possible. En revanche, tous veulent profiter des conditions de vie plus sereines que leur offre Hurghada. Ici, finis les embouteillages, la pollution et le vacarme de la capitale. « Et puis l'intégration est facile, la ville est en constant changement », ajoute Rafiq. « Avant mon remplacement, l'idée de venir travailler ici ne m'a jamais effleuré l'esprit », raconte Rafiq. Ce médecin ne regrette pas d'y avoir posé ses valises. « La ville est en pleine mutation où l'on peut mettre en relief nos compétences professionnelles », raconte-t-il.

Si Rafiq a atterri par hasard à Hurghada, d'autres médecins font des pieds et des mains pour décrocher un poste dans une grande ville touristique d'Egypte. Certains envoient leur curriculum vitae aux propriétaires de villages touristiques 5 étoiles, d'autres jouent la carte de leurs relations personnelles. Les critères de recrutement restent cependant strictes : en plus de la compétence, il faut être présentable, maîtriser plusieurs langues étrangères, et posséder un certain niveau de culture générale pour s'entendre avec les étrangers. Mais un généraliste exerçant dans un haut lieu de villégiature est beaucoup mieux payé que ses confrères dans les hôpitaux publics de la capitale. Soit son salaire est fixe, soit il perçoit un pourcentage sur la consultation, qui coûte entre 20 et 40 dollars. Le double si le médecin se déplace à domicile.

Youssef, gynécologue, a passé environ 10 mois dans un village touristique situé entre Safaga et Al-Qosseir, au bord de la mer rouge. Il assure que travailler dans un hôtel ou village touristique de luxe rapporte beaucoup d'argent. « Une injection de Zintac pour un patient souffrant de troubles d'estomac se vend à 40 L.E., alors que son prix en pharmacie est réellement moins cher. Une boite d'antalgique peut coûter une centaine de L.E. Sans oublier les préservatifs, très demandés, que les médecins délivrent à des prix qui dépassent l'entendement », explique Youssef qui ajoute que les généralistes dans ces milieux touristiques sont confrontés à de nombreux cas de maladies sexuellement transmissibles. « Une fois j'ai reçu une personne qui était atteinte du sida. Il m'a fallu beaucoup de tact pour l'amener à un centre spécialisé dépendant du ministère de la Santé », se rappelle-t-il.

Les situations embarrassantes ne se limitent pas selon Youssef aux problèmes de santé. Elles concernent aussi la complexité d'une ville hétéroclite, avec des habitants aux mœurs très différentes. « Je n'oublierai jamais ce jour où une touriste m'a appelé pour une consultation à domicile aux premières heures de l'aurore. Elle avait tout simplement un peu trop bu et avait envie de faire l'amour. J'ai eu du mal à me sortir de la situation », dit-il d'un air amusé. D'autres n'auraient pas laissé passer l'occasion.


Marchandage des soins

Le Dr Nayer, dentiste originaire d'Alexandrie, travaille depuis 4 ans à Hurghada. Il a commencé par exercer dans un village touristique, mais n'a pas apprécié l'expérience. « C'était le responsable du village touristique qui fixait les honoraires. Mon activité permettait à d'autres de s'en mettre plein les poches. Le prix des soins médicaux font l'objet d'un marchandage comme dans les bazars », témoigne-t-il. « En Egypte, les soins médicaux sont moins chers qu'à l'étranger. Pourtant, certains médecins en connivence avec les responsables du village font monter les prix au maximum », assure-t-il. Du coup, il a préféré ouvrir son propre cabinet. Aujourd'hui, il possède une clientèle fidèle, et certains touristes ou résidants étrangers préfèrent attendre son retour de vacances au lieu d'aller voir un autre dentiste. « Le Dr Nayer est une personne attentionnée et avenante. En Hollande, les dentistes travaillent comme des robots, n'adressent presque pas la parole à leur patient. Pour eux, le temps c'est de l'argent », explique une touriste hollandaise. Elle avoue avoir été la proie de quelques généralistes peu qualifiés qui administrent à tort et à travers des antibiotiques aux malades même s'ils souffrent d'un simple mal de tête. Pourtant, elle a observé un changement ces dernières années, que ce soit au niveau de l'équipement médical ou du professionnalisme des médecins, surtout chez les spécialistes. D'ailleurs, si Nayer a gagné la confiance de ses patients, c'est grâce à sa détermination et sa persévérance. Pour lui, se mettre aux courants des derniers progrès réalisés en chirurgie dentaire est essentiel. Mais ce qui met le plus à l'aise ses patients est sans aucun doute la propreté irréprochable de son cabinet dentaire. Les mesures d'hygiène et de stérilisation des instruments sont respectées. « Même si le médecin est qualifié, parfois son comportement irresponsable peut choquer les étrangers. J'ai l'exemple de ce praticien qui plaçait un cathéter à un malade avec une cigarette à la bouche. Il faut un minimum de respect envers le patient », dit-il. Depuis qu'il est installé, il n'a reçu qu'une seule visite des services d'hygiène. Une absence de contrôle qui encourage le développement d'une médecine d'affaire dans les villes touristiques. « C'est par le travail que le médecin se fait un nom. Celui qui ne cherche qu'à faire de l'argent finit toujours par se faire démasquer », conclut Rafiq Yaacoub, un autre généraliste d'Hurghada.

Doaa Khalifa

 

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