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Palestine . Ancien ministre palestinien de l'Information et membre du Conseil législatif, Nabil Amr évoque le dossier épineux des réformes de l'Autorité et des difficultés à les mettre en place.

« Nous avons besoin d'une réforme globale »

Al-Ahram Hebdo : Comment interprétez-vous le discours du président Yasser Arafat devant le Conseil législatif mercredi dernier ?

Nabil Amr : C'est un discours traditionnel qui reflète la position constante de l'Autorité palestinienne. Le président Arafat a présenté la politique de son autorité et ce dont elle est capable de faire. Je crois que ce qu'on attendait de ce discours dépassait de loin ce qui a été véritablement dit.

— Mais dans son discours, Arafat a appelé à la mise en place de commissions de travail consacrées à la réforme. Ne s'agit-il pas d'un pas positif ?

— Personnellement, je n'aime porter des jugements basés sur des déductions, mais plutôt à travers ce qui se passe sur le terrain. Nous n'avons qu'un court laps de temps pour tester si une véritable action va intervenir ou bien de telles réformes prendront beaucoup plus de temps. Je crois que le Parlement a pris le dossier en main et continuera à œuvrer dans ce sens. Il faut attendre pour voir à quel point des changements interviendront.

— Quels sont selon vous les scénarios d'un tel changement ?

— N'importe quel changement sur la scène palestinienne doit être mené à travers une institution et non à travers la rue ou encore à travers des initiatives personelles. Je pense que le Conseil législatif est la seule institution capable de mener ce processus. Il a devant lui plusieurs décisions et un document de réforme qu'il a publié il y a deux ans. Nous pouvons donc nous référer à ces documents pour trouver les scénarios et les mécanismes de la réforme palestinienne.

— Ce processus de réforme est-il lié au plan israélien de retrait de la Bande de Gaza et au dialogue des factions palestiniennes avec l'Egypte ou bien est-il totalement indépendant ?

— Dans ce contexte, on ne peut pas parler de facteurs totalement indépendants ou au contraire étroitement liés. Les Palestiniens ont besoin d'une réforme globale sur les plans juridique, administratif, sécuritaire et économique. Le rôle égyptien à Gaza en particulier et l'éventuel retrait israélien exigent des réformes sécuritaires concrètes. Il y a donc interférence entre les deux dossiers. En effet, nous voulons une réforme qui aide l'Egypte à jouer son rôle en cas de retrait ; en plus une telle réforme aidera les Palestiniens à se sentir en sécurité.

— Comment voyez-vous les dispositions de sécurité en cours de négociations avec l'Egypte ?

— On peut parler actuellement d'un dialogue ouvert entre l'Autorité palestinienne et l'Egypte d'un côté et entre l'Egypte et Israël de l'autre sur le dossier sécuritaire et politique. Le Caire représente une sorte de garantie pour les Palestiniens en cas de retrait israélien. Nous avions toujours plaidé pour une forte présence de l'Egypte dans tout processus de règlement et les Palestiniens ont tout intérêt à profiter du rôle égyptien.

— Qui assume la responsabilité de la détérioration de la situation sécuritaire et la tension politique qui prévaut actuellement sur la scène palestinienne ?

— Personne ne peut négliger le rôle de l'occupation israélienne dans tous les maux dont nous souffrons à l'heure actuelle. C'est une question principale, l'occupation est à l'origine de tous nos problèmes. Du côté palestinien, je crois qu'on a mis beaucoup de temps ou du retard à achever de nombreuses tâches qu'on aurait dû accomplir sur le plan des réformes internes.

— Pourquoi il y a eu ce retard dans les réformes ?

— Il est clair que le processus de réformes internes est devenu aussi une affaire de conflit. Il y a beaucoup d'interprétations et de propositions sur la scène palestinienne. Certains pensent que la réforme freinera la lutte contre l'occupation et pourrait affecter l'Intifada. Les autres, et moi-même, estiment que ladite réforme est une nécessité pour confirmer les principes de la lutte nationale et mettre fin à l'occupation. Ce conflit entre les deux points de vue a retardé la réforme en faisant d'elle l'enjeu d'un dialogue difficile sur la scène palestinienne et pour une longue période.

— Comment peut-on discuter des réformes sans la présence des autres factions palestiniennes ?

— Le dialogue national et l'entente interne est une cause fondamentale, c'est certain. Je ne peux pas imaginer un succès de n'importe quel aménagement palestinien sans la participation de tous. A cet égard, nous avons toujours invité les factions à coopérer avec l'Autorité palestinienne pour parvenir à une formule qui permettrait de mettre de l'ordre dans la maison palestinienne.

— Si c'est le cas, pourquoi les Palestiniens ont toujours besoin d'un intermédiaire dans un dialogue qui mène souvent à rien ?

— C'est un fait accompli. Mais heureusement que cet intermédiaire ne joue pas un rôle négatif. Nous espérons que les Palestiniens pourront parvenir à une entente à travers les institutions locales sans besoin d'une tierce partie. Mais il semble que tout le monde veut une telle intervention ; il n'est donc pas nuisible de compter sur des frères et des amis pour nous aider à atteindre notre objectif.

— A votre avis, le président Arafat est-il actuellement isolé politiquement ou abandonné par ses amis traditionnels ?

— Je pense que tout le monde continue à faire pression sur le président et à lui donner des conseils. Chacun mise sur le moment où toutes les résolutions qui aident à faire réussir le projet sécuritaire, et par la suite le processus politique, seront mises en œuvre. On ne peut pas parler d'un isolement grandissant du président palestinien, mais plutôt de pressions de plus en plus croissantes exercées sur lui pour mener les réformes requises.

— L'attentat qui vous a visé était-il un message ou une menace en raison de vos positions critiques contre la corruption ?

— Je ne crois qu'il s'agissait d'une menace, puisque le but était de me liquider. Cinq balles ont été tirées sur une seule partie de mon corps, ma jambe ; peut-être c'est une autre partie qui était visée. L'hémorragie que tout le monde voyait sur les télévisions au moment de mon transfert à l'hôpital montre que l'objectif évident de l'opération était de me tuer. J'espère qu'un jour on arrêtera les accusés et dans ce cas-là, tous les secrets seront dévoilés.

— N'y a-t-il pas eu une enquête préliminaire sur cette affaire ?

— Jusqu'à présent, je n'ai pas été mis au courant d'une enquête quelconque. S'il y en avait une, le Conseil des ministres, qui a déclaré suivre de près l'affaire, aurait été informé. J'espère que les responsables parviendront à des résultats précis et corrects.

— Pourquoi donc une telle enquête a aussi tardé ?

— Je suis toujours hospitalisé à des milliers de kilomètres de mon pays. Il faudrait plutôt poser cette question aux responsables de la sécurité.

— Vous aviez qualifié cet attenant comme étant un exemple de ce que subit le peuple palestinien ...

— Lorsque j'utilise ce langage, je veux dire que le peuple palestinien passe par une tragédie générale et que ce genre d'attentat fait partie des souffrances de ce peuple.

Propos recueillis par
Samar Al-Gamal

 

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