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Partis politiques . A l'heure où le PND a gelé le dialogue promis avec l'opposition, l'ouverture des Frères musulmans sur les trois partis d'opposition autorisés a fait remuer l'eau stagnante de la vie politique. Mais la méfiance reste de mise entre toutes ces formations.

Les Frères tentent une percée

C'était la chance ou jamais pour les Frères musulmans … Le champ de la vie politique était presque vacant et les réformes tant attendues ressemblaient de plus en plus à un mirage. Le gouvernement n'avait-il pas freiné ce qu'il appelait le dialogue avec les partis d'opposition ? La confusion passait pour maîtresse et permettait à la confrérie interdite de pêcher en eau trouble. Les Frères musulmans, après avoir présenté un projet de réformes lancé avec trompettes et tambours à partir du siège du Syndicat des journalistes, une démarche qui avait irrité les autorités et soulevé une huée de protestation, ont pris l'initiative d'inviter à un dialogue les trois principaux partis d'opposition. C'est-à-dire les partis toujours autorisés par le gouvernement : Al-Wafd (libéral), Al-Tagammoue (gauche) et le Nassérien. L'objectif tel que Mahdi Akef, le tout nouveau guide suprême des Frères, l'a déclaré était de présenter la vision des Frères de la réforme politique. « Nous les avons rencontrés pour mettre sur le tapis notre initiative de la réforme en vue de sortir de l'impasse actuelle », explique Akef. Un but qui justifie la coordination avec l'ennemi d'hier et ce n'est pas tout à fait nouveau dans la politique des islamistes. « Déjà en 1984, ils ont formé un front avec le Wafd, puis en 1987 avec le parti du Travail et Al-Ahrar, tous deux aujourd'hui gelés », précise Diaa Rachwane, spécialiste des groupes islamistes au Centre d'Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d'Al-Ahram. Selon lui, les coalitions sont une chose normale et font partie du processus politique, rien ne les interdit, mais les Frères étaient actifs là où l'opposition n'a pas réagi comme il le fallait.


Quelles nouveautés ?

Mais pour plusieurs opposants, les Frères n'ont rien présenté de nouveau. « Leur initiative ne dépasse pas le cadre de demandes traditionnelles élaborées par l'opposition, mais ils n'ont pas proposé un agenda précis pour atteindre ces objectifs », déplore Mohamad Youssef, un cadre du Parti nassérien. Ce que les Frères ont en revanche proposé, c'est la formation d'un comité dit des « Cinquante ». Celui-ci serait formé, selon leur guide suprême, d'une cinquantaine de personnalités de l'opposition, des intellectuels et activistes pour fixer les mécanismes de dialogue avec le pouvoir. Les trois partis n'ont pas encore donné leur dernier mot sur une telle proposition, mais leurs rencontres avec la confrérie a relancé le débat politique stagnant en Egypte et aujourd'hui on parle d'éventuelle coordination avec les islamistes. Pas question de coalition, ont affirmé les trois partis. « Nous sommes contre n'importe quelle coalition ou front avec les Frères. Ceci fait parti des constantes décidées par la conférence générale de notre parti. Nous sommes contre les partis religieux et en désaccord avec eux sur les dossiers des chrétiens et de la femme », indique Réfaat Al-Saïd, le président du parti du Rassemblement. Selon lui, la seule coordination avec les islamistes, si elle a lieu, serait de court terme, à l'instar d'organisation de manifestations ou de marche pacifique contre la loi d'urgence ou contre la situation en Iraq. L'opposition est dans cette attitude poussée par le passé « négatif » des Frères. Ceux-ci, semble-t-il, n'ont jamais respecté les accords ou ententes conclus avec l'opposition. Gamal Abdel-Nasser, un cadre supérieur du Parti nassérien, cite à titre d'exemple le soutien que devaient accorder les Frères au président du parti, Diaeddine Daoud, lors des législatives de 2000 ou encore les coalitions qu'on devrait avoir lors des élections syndicales. Pour obtenir la majorité, ils oubliaient tout accord. Et rien ne laisse dire que les Frères ont changé d'attitude. Cette fois-ci aussi ils cherchent leurs propres intérêts, s'accorde à dire l'opposition.


Une reconnaissance de facto

Les Nassériens affirment ainsi que la confrérie, en tant que force non reconnue officiellement, cherche à établir des liens avec les forces politiques officielles. Mahdi Akef affirme qu'il accorde peu d'importance à cette reconnaissance officielle, puisque leur présence dans la rue, dans les syndicats et les différentes associations ne passe pas inaperçue et que de facto ils sont légitimes. C'est pourquoi, dit-il, il ne cherche pas de coalition avec l'opposition. Diaa Rachwane semble d'accord sur cette déclaration. « Les Frères sont tout à fait conscients qu'ils ne peuvent pas former un parti et ne cherchent pas à dominer les partis déjà existants. Ils tentent peut-être de parvenir à une entente minimum avec l'opposition. Et ce serait absurde de la part de cette dernière de ne pas le faire », précise-t-il. Car les Frères Musulmans sont une force que personne ne peut ignorer, ils sont très bien organisés et structurés. Ils ont déjà 16 sièges au Parlement, contre 32 pour tous les partis d'opposition réunis. Et selon les observateurs, ils peuvent facilement obtenir entre 40 et 50 sièges aux prochaines législatives. Une coalition avec l'opposition serait donc aussi dans l'intérêt de cette dernière, puisqu'ils sont tous dans la même corbeille face à un PND qui dispose de la majorité absolue. Ceci n'empêche cependant pas le gouvernement de tenter d'interdire toute coalition ou de faire pression sur les Frères, comme l'affirme Rachwane. Cela fait partie des manœuvres politiques, dit-il. Le gouvernement n'est-il pas en quelque sorte menacé ? Mohamad Youssef affirme que les Etats-Unis, même s'ils sont contre un gouvernement islamique en Egypte, utilisent les Frères comme un outil de pression sur le pouvoir pour lui dire : on a une autre alternative. Les Frères, de leur côté, jouent le jeu et cherchent à se montrer comme une confrérie qui prend l'initiative, entame un dialogue même avec ses ennemis historiques ou les plus libéraux.

Samar Al-Gamal

Un pluripartisme avec des hauts et des bas

Ce n'est qu'au XIXe siècle que l'Egypte a connu les partis politiques dans leur forme moderne. L'apparition de ces partis était l'expression d'interactions sociales, économiques et intellectuelles précises. A cette époque, qui a été témoin également de la naissance et de l'évolution des institutions modernes du pouvoir en Egypte, à savoir les ministères, le Parlement, les syndicats, la presse moderne, etc., les partis prennent naissance sous la forme d'associations sociales et politiques. Certes quelques-uns d'entre eux portaient le nom de parti, toutefois le premier mouvement dans le sens moderne fut le parti national, fondé par le leader national Moustapha Kamel en 1907. Présent jusqu'aujourd'hui sur la scène politique, le parti Wafd (délégation) a été le principal mouvement nationaliste qui a permis à l'Egypte d'obtenir son indépendance formelle en 1923. Il est resté jusqu’à la seconde guerre mondiale comme l'expression du nationalisme. Avec l'abolition du pluralisme avec l'avènement de la Révolution du 23 juillet 1952, le Wafd fut dissolu. S'il est revenu à la faveur d'un retour du moins formel du pluripartisme, il a considérablement décliné et représente aujourd’hui une partie de l’opposition laïque sous le nom de néo-Wafd. Favorable au libéralisme économique, il se positionne sur l’échiquier politique au centre droite. Le Parti National Démocratique (PND), parti présidentiel, est l’héritier de l’ancien parti unique, l’Union socialiste arabe, constitué sous la présidence de Nasser. En 1977, malgré l’adoption de la loi sur les partis politiques qui vise le multipartisme, le PND a maintenu son hégémonie sur la vie politique égyptienne. Les élections législatives de 1995 en est un exemple. En fait à l’issue de ces élections, le PND remportait ainsi 317 sièges. Les candidats indépendants, favorables au pouvoir, obtenaient 113 sièges, tandis que les sept partis de l’opposition légale se partageaient 14 sièges. Ce scrutin a été marqué par la violence (14 personnes trouvèrent la mort) et l’opposition a dénoncé une importante fraude.

Le Parti communiste demeure interdit en Egypte de même que les mouvements islamistes Al-Jihad et Al-Jamaa Al-Islamiya, en conflit ouvert, depuis le début des années 1990, avec le pouvoir. Le mouvement des Frères musulmans, fondé en 1928 et qui a représenté longtemps seul la mouvance islamiste égyptienne, a participé à la vie politique sous le couvert du parti du Travail et a remporté des succès récents dans les élections des syndicats professionnels (avocats, médecins, étudiants). Seulement toléré, il n’a cependant pas le droit de se constituer en parti politique ni même en association. Aujourd'hui, ils sont 15 députés frères musulmans à figurer au Parlement sous l'étiquette d'indépendants.

 

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