Hebdomadaire égyptien en langue française en ligne chaque mercredi

L'enquête

La Une
L'événement
Le dossier
L'enquête
Nulle part ailleurs
L'invité
L'Egypte
Affaires
Finances
Le monde en bref
Points de vue
Commentaire
d'Ibrahim Nafie

Carrefour
de Mohamed Salmawy

Portrait
Littérature
Arts
Société
Sport
Environnement
Escapades
Patrimoine
Loisirs
Echangez, écrivez
La vie mondaine
Partis politiques . Le dialogue entre le nouveau gouvernement et l'opposition tarde à s'installer et la modification demandée de la législation électorale n'interviendra pas de sitôt. Pourtant la nécessité d'une représentation diversifiée se fait de plus en plus pressante.

Le PND cédera-t-il du terrain ?

Un mois et demi après la formation du nouveau gouvernement dirigé par Ahmad Nazif la question qui se pose est de savoir dans quelle mesure le nouveau cabinet témoigne d'une plus grande ouverture démocratique et accordera ainsi davantage de liberté aux partis politiques. Les analystes et observateurs avaient plus ou moins parié sur des rapports nouveaux entre gouvernement et opposition après le départ de certains caciques, qui a préjugé d'une volonté de libéraliser la vie politique.

Mais un des principaux obstacles à cette ouverture est la commission des affaires des partis, seule instance chargée d'accepter les demandes de formation de nouveaux partis. En 27 années d'existence, elle n'a accepté que 7 demandes sur 50. Tant et si bien qu'Abdallah Al-Sennawi, rédacteur en chef de l'hebdomadaire Al-Arabi Al-Nasseri, organe du Parti nassérien, considère cette commission comme « une vraie mascarade ». Elle est formée, soutient-il, de membres du Parti National Démocrate (PND, au pouvoir) et donne donc à ce dernier l'autorité de décider quelle formation est en mesure de voir le jour. « Il faut l'appeler la commission d'exécution des partis », ironise-t-il. L'année dernière, elle n'a donné le feu vert qu'à un seul parti Al-Wefaq al-watani (l'entente nationale), d'ailleurs très marginal.

La commission opère en vertu d'une loi sur les partis considérée comme dépassée. Cette loi est sans doute unique au monde comme le soulignent ses détracteurs. Datant de 1977, elle répond aux préoccupations qu'avaient à l'époque Anouar Al-Sadate. Il considérait que la notion de pluripartisme avait disparu après la suppression des partis avec la Révolution de 1952, et voulait éviter l'entrée en politique des factions extrémistes islamistes ou de gauche, adversaires du régime. Or, aujourd'hui, la situation a connu une certaine évolution. D'où la nécessité de modifier ou d'abroger cette loi.


Pas d'évolution notable

D'aucuns comptent sur le deuxième Congrès annuel du PND prévu le 21 septembre prochain comme prélude à un changement. Sennawi souligne que de nouveaux projets de loi pour les élections et les partis seront présentés lors de ce congrès. Mais il reste sceptique. « Il n'y a pas d'indice d'une transformation démocratique véritable tel que le souhaite l'opposition. On s'attend même au pire », renchérit-il. Hala Moustapha, rédactrice en chef du mensuel Démocratie, publié par le Centre d'Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d'Al-Ahram, est plus modérée dans son analyse. Elle reconnaît que la modification de la loi sur les partis n'a jusqu'à présent pas fait l'objet de débat public, mais que des amendements ont eu lieu en ce qui concerne « la loi de l'exercice des droits politiques, les amendements concernant les tribunaux de la sûreté de l'Etat ».

Mais le paysage politique ne semble guère propice à une évolution notable. Nombreux sont ceux qui voient dans la constitution du gouvernement, et la manière dont il opère, une consécration de l'hégémonie du PND. Lors de la réunion du Conseil suprême des politiques du PND, le 29 juillet dernier, où ont notamment pris la parole le président de la commission des politiques du PND, Gamal Moubarak, le premier ministre Ahmad Nazif et le secrétaire général du PND Safouat Al-Chérif, il s'est avéré qu'en guise de débat, « le gouvernement dialogue avec le PND et inversement. Tous deux ne forment qu'une seule entité. Les partis d'opposition et les organisations de la société civile ou même les syndicats n'ont pas leur mot à dire », estime Salah Bayoumi, directeur du Centre Al-Wafd pour les études politiques. Ce qui le dérange est le fait que « les débats se déroulent sur des questions sans consulter les personnes concernées ». Il cite à titre d'exemple les remaniements législatifs attendus ou souhaités comme ceux relatifs à la loi sur les partis, l'exercice des droits politiques et la loi de l'Assemblée en plus de la loi 100 sur les syndicats. « Les syndicats n'ont pas été consultés lors du débat sur cette loi. Ils sont pourtant composés de citoyens. Nous aurions voulu qu'ils ne soient pas traités comme des sujets qu'on manipule », écrit Fahmi Howeidi dans Al-Ahram.


Vie politique monopolisée

Il reste cependant à relever que le gouvernement et le PND ne sauraient trop monopoliser la vie politique à l'heure où l'amélioration de leur image est pressante. Gamal Moubarak cité par la presse, aurait indiqué « qu'il avait beaucoup de respect pour les partis d'opposition. Ce sont des formations légitimes dans la vie politique égyptienne ». Or, c'est justement en raison d'une telle position que l'opposition se sent écartée. « Le PND ou le comité des politiques ont-ils consulté les partis de l'opposition, les forces politiques et syndicales en ce qui concerne ces problèmes cruciaux ? », se demande Bayoumi.

Ce que déplore l'opposition c'est une mainmise du PND sur la vie politique. « C'est le seul acteur sur la scène politique en Egypte », souligne Bayoumi à cet égard. Ce qui laisse entendre que contrairement à ce que l'on attendait avec les réformes promises, le nouveau gouvernement, fait de figures plus charismatiques que celles du précédent, une influence accrue du parti au pouvoir est inéluctable. Pour Hala Moustapha, cependant, il n'y aurait rien de nouveau dans ce contexte. « Il faut être plus réaliste. Ce rapport entre le gouvernement et le parti au pouvoir a toujours existé. Il reflète une constante du régime politique égyptien. Le PND c'est le parti de la majorité, c'est le parti au pouvoir. Mais le PND aura peut-être un rôle un peu plus important qu'auparavant, car un grand nombre de ministres en relèvent », indique-t-elle.


L'autorité suprême d'une commission

Blanc bonnet, bonnet blanc ? Les analystes, de toute façon, regardent plus du côté de la commission des politiques et des rapports étroits qui le lient au gouvernement. Pour Hala Moustapha, « c'est peut-être ce qu'il y a de nouveau ».

C'est au sein de cette commission qu'ont lieu tous les débats comme ceux relatifs au prochain scrutin, individuel ou de liste, de l'Assemblée du peuple. Le second accorde davantage d'importance aux partis, quant au scrutin individuel, il facilite les pressions et autres mesures d'intimidation que peut exercer l'exécutif. Or, le PND veut imposer le scrutin individuel pour les élections de 2005. Ce que récuse Al-Sennawi. Hala Moustapha estime de son côté que le scrutin de liste est anticonstitutionnel, puisqu'il prive les partis indépendants de se présenter aux élections. « Si l'opposition désire adopter ce scrutin de liste, c'est parce qu'elle est constituée de petits partis minoritaires qui veulent avoir la chance de créer des rassemblements électoraux plus larges », explique-t-elle.

Le problème pour elle ne réside d'ailleurs pas dans le système des partis politiques, mais dans la faiblesse de l'opposition. « Au cours des 25 dernières années, de nouveaux programmes ont-ils vu le jour ? Des forces nouvelles ont-elle émergé apportant des idées neuves ou originales ? Le néo-Wafd, les Nassériens et les autres tiennent toujours le même discours. Rien de substantiellement nouveau dans la vie partisane en Egypte », explique-t-elle. Pour elle, les petits partis ne conviennent pas à la société égyptienne et ne représenteront pas les forces réelles qui orienteront la société. Mais quelles sont ces forces réelles ? On voit bien qu'il existe une véritable interdiction faite aux idéologies politiques : islamisme, communisme, socialisme ne sont guère admis, frayant la voie à des alliances qui se font en dehors du système (lire encadré). Le système même interdit toute propagande véritable pour les partis qui ne peuvent se réunir que dans leurs locaux après autorisation de la sécurité. Quant au PND, il tient les médias, surtout audiovisuels, sa principale vitrine.

Face à la condamnation sans ambages dont est victime l'opposition, taxée de fragilou de marginale, il est à relever que cette dernière, comme le dit Sennawi, considère que le PND « est un parti bureaucratique qui dépend des appareils de l'Etat. Il tire son influence de ses liens avec le président de la République. C'est un vaste rassemblement des administrations et services gouvernementaux. Toute transformation politique véritable provoquera son effondrement ».

L'ouverture reste impérative, même si le PND se considère le seul maître à bord.

Aliaa Al-Korachi
Ahmed Loufti

Retour au sommaire
« Nous confondons toujours PND, gouvernement et Etat »
Mahmoud Ali, directeur exécutif de l'Association égyptienne de renforcement au développement démocratique, souligne l'importance d'une séparation entre PND et gouvernement.

Al-Ahram Hebdo : Y a-t-il aujourd'hui du nouveau dans les relations entre le gouvernement et les partis d'opposition ?

Mahmoud Ali : A ce jour, il n'est pas clair si une ouverture des relations entre le gouvernement et les partis politiques aura lieu ou pas. Aucun indice ne nous permet d'attendre des rapports constructifs à venir entre l'opposition et l'Etat. Nous pouvons simplement reprocher au gouvernement d'avoir annoncé, sans donner de suite, qu'il se réunirait avec les partis d'opposition et qu'il tiendrait un discours démocratique pour répondre à leurs demandes. Le gouvernement est considéré comme une expression de toute la nation. Cependant, au lieu d'engager le dialogue, il n'a cessé de critiquer les autres partis. Le parti de la majorité doit être plus démocratique et donner la chance aux autres formations de s'exprimer, même s'ils s'opposent à ses idées.

— D'après vous, la loi sur les partis politiques doit-elle être revue dans son intégralité ou simplement modifiée ?

— Je pense que la loi sur les partis doit être entièrement revue. Elle est trop dépassée pour n'être que modifiée. Cette loi date des année 1970, c'est-à-dire qu'elle remonte à une époque où le pays traversait des difficultés. Il est donc logique qu'une telle loi ne puisse plus s'appliquer aujourd'hui. C'est une loi autoritaire et abusive qui confond PND et gouvernement. Elle est contraire à la notion de liberté, puisqu'elle fait des principes de la Révolution de juillet 1952 des limites à ne pas dépasser. Or, normalement, et comme dans tous les pays du monde, chacun a le droit d'accepter ou de refuser les principes d'une révolution. Cette loi donne aussi au gouvernement le pouvoir d'accepter ou de rejeter la création d'un parti. Ce qui explique pourquoi la plus grande majorité des partis en Egypte ont vu le jour grâce à une décision de justice.

— Et qu'en est-il de la commission des partis ?

— Cette commission a un caractère gouvernemental. Le président de la commission des partis ainsi que trois ministres en sont les principaux membres. Les autres sont d'anciens magistrats désignés par les trois ministres. En clair, tout courant opposé au gouvernement n'a pas la moindre chance d'y accéder. C'est le cas des Frères musulmans ou du parti communiste. Il ne leur sera jamais donné une liberté suffisante d'expression ou de renforcement de leur formation. Pourtant, leurs sympathisants sont nombreux. Cette commission qui empêche toute action politique ne doit pas être gouvernementale. Il en va du bien des partis et de leur idéologie. Il nous faut une commission plus neutre et nationale. Il faut mettre fin aux restrictions de liberté. Pourquoi refuser un courant politique opposé aux principes de la Révolution de 1952 de fonder son parti ?

— Quels sont les méfaits de la loi sur les partis ?

— Notre problème majeur en Egypte est que nous confondons toujours PND, gouvernement et Etat. Ce qui n'est pas normal. Malgré nos efforts, nous ne parvenons toujours pas à fonder un parti national démocrate au vrai sens du terme. Car ce que nous avons aujourd'hui n'est qu'un appareil administratif dépendant du gouvernement que tout le monde soutient par crainte de s'attirer son hostilité. Il faut faire la distinction entre le parti majoritaire et l'appareil administratif d'Etat. Nous exigeons aussi une séparation entre le président de la République et le parti.

— Quels sont donc les changement à entreprendre ?

— Il n'y a pas lieu de faire un compromis. La démocratie est un concept clair. Il n'y aura de liberté qu'avec l'alternance du pouvoir, le droit donné aux partis d'exercer leurs activités et la disparition du monopole du parti au pouvoir.

— Et que dire du mode de scrutin des prochaines élections législatives de 2005 ?

— La démocratie vise l'engagement politique. Elle y trouve son intérêt. Le scrutin de liste est celui qui convient le mieux parce qu'il permet aux députés de représenter toute la nation et non leur circonscription. Il tient compte des votes de tous les partis. Le scrutin individuel se base sur l'achat des votes. L'enjeu se limite à la seule circonscription et aux services à rendre.

— Faut-il de nouveaux partis en Egypte ?

— Ce n'est pas une question de quantité. Il existe 17 partis en Egypte. 80 % d'entre eux n'ont pas de poids ou de rôle. Ce qui compte c'est une atmosphère permettant de relancer les idées et d'exprimer les orientations politiques de la rue égyptienne. Que ce soit au niveau international ou régional, nous vivons une période de changements politiques, et l'Egypte, influente dans le monde arabe, doit donner l'exemple d'un Etat démocratique.

Propos recueillis par
Chaïmaa Abdel-Hamid

 

Pour les problèmes techniques contactez le webmaster

Adresse postale: Journal Al-Ahram Hebdo
Rue Al-Gaala, Le Caire - Egypte
Tél: (+202) 57 86 100
Fax: (+202) 57 82 631