Partis
politiques . Le
dialogue entre le nouveau gouvernement et l'opposition
tarde à s'installer et la modification demandée de la
législation électorale n'interviendra pas de sitôt. Pourtant
la nécessité d'une représentation diversifiée se fait
de plus en plus pressante. |
| Le
PND cédera-t-il du terrain ? |
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Un
mois et demi après la formation du nouveau gouvernement
dirigé par Ahmad Nazif la question qui se pose est de
savoir dans quelle mesure le nouveau cabinet témoigne
d'une plus grande ouverture démocratique et accordera
ainsi davantage de liberté aux partis politiques. Les
analystes et observateurs avaient plus ou moins parié
sur des rapports nouveaux entre gouvernement et opposition
après le départ de certains caciques, qui a préjugé d'une
volonté de libéraliser la vie politique.
Mais un des
principaux obstacles à cette ouverture est la commission
des affaires des partis, seule instance chargée d'accepter
les demandes de formation de nouveaux partis. En 27 années
d'existence, elle n'a accepté que 7 demandes sur 50. Tant
et si bien qu'Abdallah Al-Sennawi, rédacteur en chef de
l'hebdomadaire Al-Arabi Al-Nasseri, organe du Parti
nassérien, considère cette commission comme « une
vraie mascarade ». Elle est formée, soutient-il,
de membres du Parti National Démocrate (PND, au pouvoir)
et donne donc à ce dernier l'autorité de décider quelle
formation est en mesure de voir le jour. « Il
faut l'appeler la commission d'exécution des partis »,
ironise-t-il. L'année dernière, elle n'a donné le feu
vert qu'à un seul parti Al-Wefaq al-watani (l'entente
nationale), d'ailleurs très marginal. 
La commission
opère en vertu d'une loi sur les partis considérée comme
dépassée. Cette loi est sans doute unique au monde comme
le soulignent ses détracteurs. Datant de 1977, elle répond
aux préoccupations qu'avaient à l'époque Anouar Al-Sadate.
Il considérait que la notion de pluripartisme avait disparu
après la suppression des partis avec la Révolution de
1952, et voulait éviter l'entrée en politique des factions
extrémistes islamistes ou de gauche, adversaires du régime.
Or, aujourd'hui, la situation a connu une certaine évolution.
D'où la nécessité de modifier ou d'abroger cette loi. |
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D'aucuns
comptent sur le deuxième Congrès annuel du PND prévu
le 21 septembre prochain comme prélude à un changement.
Sennawi souligne que de nouveaux projets de loi pour
les élections et les partis seront présentés lors de
ce congrès. Mais il reste sceptique. « Il n'y
a pas d'indice d'une transformation démocratique véritable
tel que le souhaite l'opposition. On s'attend même au
pire », renchérit-il. Hala Moustapha, rédactrice
en chef du mensuel Démocratie, publié par le
Centre d'Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d'Al-Ahram,
est plus modérée dans son analyse. Elle reconnaît que
la modification de la loi sur les partis n'a jusqu'à
présent pas fait l'objet de débat public, mais que des
amendements ont eu lieu en ce qui concerne « la
loi de l'exercice des droits politiques, les amendements
concernant les tribunaux de la sûreté de l'Etat ».
Mais
le paysage politique ne semble guère propice à une évolution
notable. Nombreux sont ceux qui voient dans la constitution
du gouvernement, et la manière dont il opère, une consécration
de l'hégémonie du PND. Lors de la réunion du Conseil
suprême des politiques du PND, le 29 juillet dernier,
où ont notamment pris la parole le président de la commission
des politiques du PND, Gamal Moubarak, le premier ministre
Ahmad Nazif et le secrétaire général du PND Safouat
Al-Chérif, il s'est avéré qu'en guise de débat, « le
gouvernement dialogue avec le PND et inversement. Tous
deux ne forment qu'une seule entité. Les partis d'opposition
et les organisations de la société civile ou même les
syndicats n'ont pas leur mot à dire », estime
Salah Bayoumi, directeur du Centre Al-Wafd pour les
études politiques. Ce qui le dérange est le fait que
« les débats se déroulent sur des questions
sans consulter les personnes concernées ».
Il cite à titre d'exemple les remaniements législatifs
attendus ou souhaités comme ceux relatifs à la loi sur
les partis, l'exercice des droits politiques et la loi
de l'Assemblée en plus de la loi 100 sur les syndicats.
« Les syndicats n'ont pas été consultés lors
du débat sur cette loi. Ils sont pourtant composés de
citoyens. Nous aurions voulu qu'ils ne soient pas traités
comme des sujets qu'on manipule », écrit Fahmi
Howeidi dans Al-Ahram.
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Vie politique monopolisée
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Il reste
cependant à relever que le gouvernement et le PND ne
sauraient trop monopoliser la vie politique à l'heure
où l'amélioration de leur image est pressante. Gamal
Moubarak cité par la presse, aurait indiqué « qu'il
avait beaucoup de respect pour les partis d'opposition.
Ce sont des formations légitimes dans la vie politique
égyptienne ». Or, c'est justement en raison
d'une telle position que l'opposition se sent écartée.
« Le PND ou le comité des politiques ont-ils
consulté les partis de l'opposition, les forces politiques
et syndicales en ce qui concerne ces problèmes cruciaux ? »,
se demande Bayoumi.
Ce que
déplore l'opposition c'est une mainmise du PND sur la
vie politique. « C'est le seul acteur sur la
scène politique en Egypte », souligne Bayoumi
à cet égard. Ce qui laisse entendre que contrairement
à ce que l'on attendait avec les réformes promises,
le nouveau gouvernement, fait de figures plus charismatiques
que celles du précédent, une influence accrue du parti
au pouvoir est inéluctable. Pour Hala Moustapha, cependant,
il n'y aurait rien de nouveau dans ce contexte. « Il
faut être plus réaliste. Ce rapport entre le gouvernement
et le parti au pouvoir a toujours existé. Il reflète
une constante du régime politique égyptien. Le PND c'est
le parti de la majorité, c'est le parti au pouvoir.
Mais le PND aura peut-être un rôle un peu plus important
qu'auparavant, car un grand nombre de ministres en relèvent »,
indique-t-elle.
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L'autorité suprême d'une
commission
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Blanc bonnet,
bonnet blanc ? Les analystes, de toute façon, regardent
plus du côté de la commission des politiques et des
rapports étroits qui le lient au gouvernement. Pour
Hala Moustapha, « c'est peut-être ce qu'il y
a de nouveau ».
C'est au
sein de cette commission qu'ont lieu tous les débats
comme ceux relatifs au prochain scrutin, individuel
ou de liste, de l'Assemblée du peuple. Le second accorde
davantage d'importance aux partis, quant au scrutin
individuel, il facilite les pressions et autres mesures
d'intimidation que peut exercer l'exécutif. Or, le PND
veut imposer le scrutin individuel pour les élections
de 2005. Ce que récuse Al-Sennawi. Hala Moustapha estime
de son côté que le scrutin de liste est anticonstitutionnel,
puisqu'il prive les partis indépendants de se présenter
aux élections. « Si l'opposition désire adopter
ce scrutin de liste, c'est parce qu'elle est constituée
de petits partis minoritaires qui veulent avoir la chance
de créer des rassemblements électoraux plus larges »,
explique-t-elle.
Le problème
pour elle ne réside d'ailleurs pas dans le système des
partis politiques, mais dans la faiblesse de l'opposition.
« Au cours des 25 dernières années, de nouveaux
programmes ont-ils vu le jour ? Des forces nouvelles
ont-elle émergé apportant des idées neuves ou originales ?
Le néo-Wafd, les Nassériens et les autres tiennent
toujours le même discours. Rien de substantiellement
nouveau dans la vie partisane en Egypte »,
explique-t-elle. Pour elle, les petits partis ne conviennent
pas à la société égyptienne et ne représenteront pas
les forces réelles qui orienteront la société. Mais
quelles sont ces forces réelles ? On voit bien
qu'il existe une véritable interdiction faite aux idéologies
politiques : islamisme, communisme, socialisme
ne sont guère admis, frayant la voie à des alliances
qui se font en dehors du système (lire encadré). Le
système même interdit toute propagande véritable pour
les partis qui ne peuvent se réunir que dans leurs locaux
après autorisation de la sécurité. Quant au PND, il
tient les médias, surtout audiovisuels, sa principale
vitrine.
Face à
la condamnation sans ambages dont est victime l'opposition,
taxée de fragilou de marginale, il est à relever que
cette dernière, comme le dit Sennawi, considère que
le PND « est un parti bureaucratique qui dépend
des appareils de l'Etat. Il tire son influence de ses
liens avec le président de la République. C'est un vaste
rassemblement des administrations et services gouvernementaux.
Toute transformation politique véritable provoquera
son effondrement ».
L'ouverture
reste impérative, même si le PND se considère le seul
maître à bord.
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Aliaa
Al-Korachi
Ahmed Loufti |
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« Nous
confondons toujours PND, gouvernement et Etat » |
| Mahmoud
Ali, directeur exécutif de l'Association égyptienne de
renforcement au développement démocratique, souligne l'importance
d'une séparation entre PND et gouvernement. |
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Al-Ahram Hebdo : Y a-t-il
aujourd'hui du nouveau dans les relations entre le gouvernement
et les partis d'opposition ?
Mahmoud Ali : A ce jour, il n'est
pas clair si une ouverture des relations entre le gouvernement
et les partis politiques aura lieu ou pas. Aucun indice
ne nous permet d'attendre des rapports constructifs à
venir entre l'opposition et l'Etat. Nous pouvons simplement
reprocher au gouvernement d'avoir annoncé, sans donner
de suite, qu'il se réunirait avec les partis d'opposition
et qu'il tiendrait un discours démocratique pour répondre
à leurs demandes. Le gouvernement est considéré comme
une expression de toute la nation. Cependant, au lieu
d'engager le dialogue, il n'a cessé de critiquer les autres
partis. Le parti de la majorité doit être plus démocratique
et donner la chance aux autres formations de s'exprimer,
même s'ils s'opposent à ses idées.
— D'après vous, la loi sur les partis
politiques doit-elle être revue dans son intégralité ou
simplement modifiée ?
— Je pense que la loi sur les partis
doit être entièrement revue. Elle est trop dépassée pour
n'être que modifiée. Cette loi date des année 1970, c'est-à-dire
qu'elle remonte à une époque où le pays traversait des
difficultés. Il est donc logique qu'une telle loi ne puisse
plus s'appliquer aujourd'hui. C'est une loi autoritaire
et abusive qui confond PND et gouvernement. Elle est contraire
à la notion de liberté, puisqu'elle fait des principes
de la Révolution de juillet 1952 des limites à ne pas
dépasser. Or, normalement, et comme dans tous les pays
du monde, chacun a le droit d'accepter ou de refuser les
principes d'une révolution. Cette loi donne aussi au gouvernement
le pouvoir d'accepter ou de rejeter la création d'un parti.
Ce qui explique pourquoi la plus grande majorité des partis
en Egypte ont vu le jour grâce à une décision de justice.
— Et qu'en est-il de la commission
des partis ?
— Cette commission a un caractère
gouvernemental. Le président de la commission des partis
ainsi que trois ministres en sont les principaux membres.
Les autres sont d'anciens magistrats désignés par les
trois ministres. En clair, tout courant opposé au gouvernement
n'a pas la moindre chance d'y accéder. C'est le cas des
Frères musulmans ou du parti communiste. Il ne leur sera
jamais donné une liberté suffisante d'expression ou de
renforcement de leur formation. Pourtant, leurs sympathisants
sont nombreux. Cette commission qui empêche toute action
politique ne doit pas être gouvernementale. Il en va du
bien des partis et de leur idéologie. Il nous faut une
commission plus neutre et nationale. Il faut mettre fin
aux restrictions de liberté. Pourquoi refuser un courant
politique opposé aux principes de la Révolution de 1952
de fonder son parti ?
— Quels sont les méfaits de la loi
sur les partis ?
— Notre problème majeur en Egypte
est que nous confondons toujours PND, gouvernement et
Etat. Ce qui n'est pas normal. Malgré nos efforts, nous
ne parvenons toujours pas à fonder un parti national démocrate
au vrai sens du terme. Car ce que nous avons aujourd'hui
n'est qu'un appareil administratif dépendant du gouvernement
que tout le monde soutient par crainte de s'attirer son
hostilité. Il faut faire la distinction entre le parti
majoritaire et l'appareil administratif d'Etat. Nous exigeons
aussi une séparation entre le président de la République
et le parti.
— Quels sont donc les changement
à entreprendre ?
— Il n'y a pas lieu de faire un
compromis. La démocratie est un concept clair. Il n'y
aura de liberté qu'avec l'alternance du pouvoir, le droit
donné aux partis d'exercer leurs activités et la disparition
du monopole du parti au pouvoir.
— Et que dire du mode de scrutin
des prochaines élections législatives de 2005 ?
— La démocratie vise l'engagement
politique. Elle y trouve son intérêt. Le scrutin de liste
est celui qui convient le mieux parce qu'il permet aux
députés de représenter toute la nation et non leur circonscription.
Il tient compte des votes de tous les partis. Le scrutin
individuel se base sur l'achat des votes. L'enjeu se limite
à la seule circonscription et aux services à rendre.
— Faut-il de nouveaux partis en
Egypte ?
— Ce n'est pas une question de quantité.
Il existe 17 partis en Egypte. 80 % d'entre eux n'ont
pas de poids ou de rôle. Ce qui compte c'est une atmosphère
permettant de relancer les idées et d'exprimer les orientations
politiques de la rue égyptienne. Que ce soit au niveau
international ou régional, nous vivons une période de
changements politiques, et l'Egypte, influente dans le
monde arabe, doit donner l'exemple d'un Etat démocratique.
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Propos
recueillis par
Chaïmaa Abdel-Hamid |
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