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Justice . Le Centre des droits de l'homme pour l'aide aux prisonniers a engagé une plainte devant la Cour administrative contre le gouvernement qu'il accuse de ne rien faire pour aider les Egyptiens emprisonnés à Guantanamo.

Une lueur d'espoir

En l'absence d'une réaction officielle au sujet des prisonniers égyptiens de Guantanamo, le Centre des droits de l'homme pour l'aide aux prisonniers vient de déposer une plainte devant la Cour administrative contre le gouvernement (qu'il accuse de n'avoir rien fait pour obtenir la libération des prisonniers de Guantanamo) ainsi que contre l'ambassade américaine au Caire. « Les Etats-Unis doivent procéder au jugement ou bien à la libération des prisonniers égyptiens de Guantanamo. Quant au gouvernement égyptien, il doit agir », déclare Ihab Sallam, avocat au centre. Il explique que ni le ministère des Affaires étrangères ni le Conseil national des droits de l'homme n'ont pu entreprendre une démarche efficace dans le cadre de cette affaire. « Les prisonniers et leurs familles sont incapables de prendre une initiative depuis 2002 et personne ne vient à leur secours ».

Suite aux attaques du 11 septembre aux Etats-Unis et à l'intervention militaire américaine en Afghanistan, l'armée américaine avait capturé des centaines d'islamistes présumés, accusés d'appartenir au réseau d'Al-Qaëda d'Ossama bin Laden. Leur nombre s'élève à 600 environ parmi eux un certain nombre d'Egyptiens. « On ne connaît pas leur nombre exact. Officiellement ils seraient au nombre de 5 », explique Ihab Sallam. Ce chiffre a été transmis au gouvernement en 2002 par le biais de la Croix-Rouge qui avait remis des lettres écrites par les prisonniers à leurs familles au Caire. Deux de ces prisonniers, Adel Al-Gazzar et Chérif Al-Machad, qui possèdent respectivement les nationalités australienne et italienne (outre la nationalité égyptienne) affirment dans leurs courrier être innocents. Les deux hommes affirment s'être rendus dans plusieurs pays, dont l'Arabie saoudite, l'Italie, le Pakistan et l'Afghanistan avant les événements du 11 septembre pour faire du commerce de tissu. Ils ont fini par se faire arrêter. Aujourd'hui, ces prisonniers ne disposent d'aucun soutien politique ou juridique.

La mère d'Al-Gazzar déclare qu'outre la lettre de son fils, toutes les informations sur son fils et les autres prisonniers ont été obtenues à travers les médias ou Internet. « Au début, nous nous sommes adressés par fax et courriers électroniques à Naguib Al-Noaïmi, avocat qatari qui a adopté l'affaire des prisonniers arabes de Guantanamo. Mais après quelque temps, Al-Noaïmi nous a écrit pour nous dire que le gouvernement américain l'a écarté de cette affaire. Finalement, ce n'est qu'il y a deux semaines que nous avons appris que nous avons le droit d'intenter un procès devant les cours américaines suite à une décision de la Cour suprême dans ce pays. Nous avons cherché sur les sites Internet jusqu'à ce que nous ayons trouvé le nom d'un avocat américain volontaire qui serait prêt à nous aider. Nous lui avons envoyé un fax mais n'avons reçu aucune réponse encore ».

Le gouvernement américain avait refusé dans un premier temps toute tentative de porter devant les tribunaux l'affaire des prisonniers de Guantanamo. Mais une célèbre organisation américaine, le Centre des droits constitutionnels en Amérique, a engagé un recours contre l'Administration américaine estimant que sa décision était inconstitutionnelle. La Cour suprême américaine a accédé à la demande du centre accordant aux prisonniers le droit d'engager des procédures devant la justice américaine.

« Le problème est que les frais de ce genre de procès sont exorbitants. Les familles des prisonniers se trouvent dans l'incapacité de financer de tels procès », explique Ihab Sallam. D'où l'initiative du Centre des droits de l'homme pour l'aide aux prisonniers d'intenter un procès contre le gouvernement égyptien.

Selon Sallam, il s'agit d'une démarche importante : « Nous pensons que le gouvernement doit supporter les frais de défense de ces prisonniers. C'est l'objet de notre plainte devant la Cour administrative ». Si la Cour admet qu'il est du devoir du gouvernement égyptien de venir en aide aux prisonniers, il lui incombe de réagir, ajoute-t-il. Et il se veut optimiste. « Nous sommes confiants que notre démarche peut conduire à des résultats. Nous avions engagé une plainte similaire contre le gouvernement pour n'avoir rien fait au sujet d'un groupe d'Egyptiens disparus en Libye en 2001 alors qu'ils tentaient de se rendre en Italie. Le gouvernement n'avait pas remué le doigt dans cette affaire mais la Cour administrative a jugé que la responsabilité de mettre à jour les raisons de la disparition de ces prisonniers lui incombait », explique Ihab Sallam. Il ajoute que depuis ce verdict, des contacts sont établis entre les gouvernements égyptien et libyen pour obtenir tous les renseignements possibles sur ces personnes qui seraient le plus probablement emprisonnées en Libye.

Le dossier des prisonniers de Guantanamo restera ouvert jusqu'à ce que des démarches sérieuses et efficaces soient entreprises par le côté égyptien, estiment les responsables du Centre des droits de l'homme pour l'aide aux prisonniers. Cependant, pour Hafez Abou-Seada, président de l'Organisation égyptienne des droits de l'homme et président du comité des plaintes au Conseil national des droits de l'homme, ce procès ne donnera pas de résultat. « Ce procès présenté devant la Cour administrative par le Centre des droits de l'homme pour l'aide aux prisonniers n'a pas de valeur », estime Abou-Seada. Il pense que c'est devant les cours américaines qu'il faut engager des procédures maintenant que cela est possible. Quoi qu'il en soit, la plainte devant la Cour administrative aura au moins le mérite de « faire du bruit » et peut-être de faire bouger les choses. « Pour la première fois, des représentants du ministère des Affaires étrangères m'ont téléphoné et m'ont promis que le ministère déploiera tous ses efforts dans cette affaire », affirme la mère d'Adel Al-Gazzar.

May Atta

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