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Censure . La confiscation d'un livre de l'écrivain Gamal Al-Banna par le Conseil des recherches islamiques relevant d'Al-Azhar relance le débat sur le rôle de cette institution.
Al-Azhar fait le guet

Le Conseil des recherches islamiques aura une fois de plus fait parler de lui. Cette institution relevant d'Al-Azhar vient en effet de confisquer un livre de l'écrivain Gamal Al-Banna. L'ouvrage intitulé La Responsabilité de l’échec des pays islamiques et autres recherches discute certains principes religieux comme le port du voile et Zawag al-motaa ou mariage de jouissance (forme de mariage conclu pour une durée déterminée autorisée par certains théologiens et considéré illicite par d'autres). « J'ai été surpris par un fax envoyé par le Conseil des recherches islamiques me signifiant l'interdiction de mon livre, c'est un acte que je considère comme honteux. Personne n'a le droit de confisquer la liberté d'expression », s'insurge Gamal Al-Banna. Il ajoute qu'aucune instance ne doit être autorisée à confisquer les écrits des autres. « Je refuse toutes les lois qui autorisent ce droit. Même s’il y a des divergences, il faut qu'il y ait un débat et non pas au terrorisme intellectuel. Je refuse toute tutelle sur les idées ou les points de vue d'autrui », insiste Gamal Al-Banna.

Tout a commencé lorsque le Conseil des recherches islamiques a reçu une plainte d'un citoyen concernant le livre d'Al-Banna. Le conseil a demandé l'avis d'un professeur de la faculté de théologie musulmane de l'Université d'Al-Azhar. Ce dernier a rédigé un rapport dans lequel il recommandait l'interdiction du livre. Le gouvernement avait donné récemment à Al-Azhar le droit de confisquer les ouvrages qu'il juge contraire à la religion. Gamal Al-Banna estime dans son livre qu'un musulman peut contracter un mariage de jouissance dans un pays étranger où il réside juste pour ne pas commettre l’adultère. En outre, le livre autorise la femme à ne pas porter le voile si elle respecte la pudeur dans sa tenue. « Si une femme musulmane ressent une gêne dans un pays étranger, elle peut utiliser un chapeau pour se couvrir les cheveux », affirme Al-Banna dans son ouvrage. Un avis qui n'est pas du goût du Conseil des recherches. Le problème réside, selon les responsables du conseil, dans le fait qu'Al-Banna « n'a pas justifié ses arguments. C’est pourquoi nous avons demandé de ne pas permettre la publication ou la vente de ce livre », déclare Ahmad Ghoneim, auteur du rapport sur l'ouvrage d'Al-Banna. Ce dernier exprime d'ailleurs son étonnement. « L'ouvrage n'aborde aucune question sensible qui touche à la foi ou à l'essence de la religion. J'ai déjà publié des livres où j'ai abordé des questions plus osées comme dans mon ouvrage Vers un nouveau fiqh ». Et d'ironiser : « Le plus drôle, c'est que ce livre existait sur le marché depuis 1994. Toutes les copies ont été vendues. Les gens d’Al-Azhar sont-ils en train de dormir ou quoi ? ». Al-Banna affirme que le mariage de jouissance existait en islam jusqu‘à l'époque du second calife Omar Ibn Al-Khattab. « C’était pour protéger le musulman qui se trouve loin de sa femme ou qui travaille loin de chez lui de l'adultère ». Pour sa part, Ahmad Ghoneim nie vouloir nuire à la liberté d'expression. « Nous ne lisons pas tous les livres qui sont sur le marché. Cela ne relève pas de notre responsabilité ».

Gamal Al-Banna est le frère de Hassan Al-Banna, fondateur de la confrérie des Frères musulmans, mais il n'a jamais fait partie de la confrérie et ses avis sont totalement divergents de ceux de la confrérie.

Au-delà de la confiscation de l'ouvrage d'Al-Banna, c'est le rôle du Conseil des recherches islamiques et d'Al-Azhar en général qui est au centre du débat. « Il est inconcevable que de tels actes se produisent encore en Egypte alors que nous sommes au XXIe siècle. La liberté d'expression est menacée par les lois rétrogrades. Chaque personne doit avoir le droit de s'exprimer librement et ce n'est pas une solution d’empêcher les gens de s'exprimer. Il faut débattre avec eux », estime Mahmoud Amin Al-Alem, intellectuel.

Le Conseil des recherches islamiques est formé d'oulémas conservateurs. C'est dans les années 1970 que le phénomène des cheikhs révoltés est apparu en Egypte. Ces cheikhs ont ébloui par leurs critiques acerbes de la société et de la politique de l'Etat. Ils ont eu une grande notoriété. Ce sont eux qui ont influencé la majorité des oulémas d'Al-Azhar. Ces oulémas trouvent aujourd'hui un moyen d'expression dans le Conseil des recherches islamiques et d'autres instances comme le Front des oulémas.

Ingy Al-Qadi

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