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Zone sauvage . Situées dans la région de Hélouan, Ezbet et Arab Al-Walda manquent de tout. Un plan de réaménagement devrait être prochainement lancé.

Rêves modestes, lourdes tâches

C'est dans la banlieue de Hélouan, au Sud du Caire que s'étendent Ezbet et Arab Al-Walda sur une surface de 300 feddans. Deux zones sauvages qui abritent 100 000 habitants vivant dans des conditions déplorables. A première vue, ce quartier ressemble plus à un endroit rural qu'à un quartier de la banlieue de la capitale. Ses ruelles étroites ne sont ni pavées ni illuminées. Une grande partie de la surface de ce quartier est couverte d'ordures. Les maisons sont construites en béton sans aucune planification. Un endroit parmi d'autres qui semble tomber dans l'oubli.

Pourtant une simple visite de l'épouse du chef de l'Etat, Mme Suzanne Moubarak, a changé certaines choses. « En quelques heures, les routes ont été balayées et illuminées. L'entrée du quartier a été asphaltée. Les tas d'ordures ont été ramassés. De petits arbres ont été plantés », raconte Sabha Hassan, femme de ménage qui habite le quartier. C'est à la suite de cette visite que la première dame d'Egypte a décidé de lancer un projet de réaménagement du quartier dans les mois à venir.

Arab Al-Walda tient son nom d'Al-Walda Pacha, mère du khédive Ismaïl qui y possédait 700 feddans. A l'époque, des paysans venus du Delta et de Haute-Egypte y vivaient. Après la révolution de 1952 et les nationalisations menées par le président Gamal Abdel-Nasser, 400 feddans ont été transformés en une zone industrielle alors que les 300 restants ont été distribués aux paysans qui y habitaient. Chaque famille a obtenu 5 feddans dans le cadre de la politique de réforme agraire. Et c'est ainsi qu'est né un nouveau quartier nommé Ezbet et Arab Al-Walda qui n'abritait à l'époque que 60 familles.

Après la défaite de 1967 et la détérioration du niveau de vie des Egyptiens, de nombreux habitants venus des gouvernorats du Canal (Port-Saïd, Suez, Ismaïliya) sont venus s'installer à Ezbet et Arab Al-Walda à la recherche d'un travail dans ses usines de sidérurgie, les cimenteries et autres usines implantées dans la région. « Je suis venu avec ma famille pour travailler dans l'usine de sidérurgie après la défaite. J'y ai bâti une maison sans permis de construire, je me suis procuré l'eau et l'électricité de manière illicite pour pouvoir vivre », reconnaît Hag Saad Mohamed, âgé de 73 ans, originaire de Haute-Egypte. Il craint d'être un jour arrêté. Dans ce cas, il sera obligé de verser une amende de 30 L.E. pour chaque mois ou subir une peine de prison. Pourtant Hag Saad n'est pas le seul à voler une ligne électrique et l'eau potable pour vivre, c'est le cas de tous les habitants installés ici. « Nous avons mis la main sur ces terrains. Certains ont même construit des maisons de plusieurs étages pour louer quelques pièces contre 50 L.E. par mois aux nouveaux venus  », révèle Moustapha Gad, ouvrier.

Si le projet de réaménagement d'Ezbet et Arab Al-Walda fait bien des heureux, nombreux sont ceux qui craignent de se retrouver dans la rue si les responsables décident de démolir ces 10 000 maisons construites sans permis. « Ce qu'on veut, c'est pouvoir légaliser notre présence sur ces terres, sinon qu'on nous offre une alternative, mais à des prix modérés », ajoute Moustapha.


Isolement et précarité

Problèmes d'infrastructure mais aussi de survie. Dans cette zone, l'un des problèmes les plus graves concerne le pain. Un problème qui agace les habitants depuis 7 ans, lorsque le seul four public du quartier a été fermé. « Aujourd'hui, il y a 4 fours privés qui nous vendent le pain à 25 piastres tandis que le pain vendu dans les fours publics est à 5 piastres. Pire encore, on fait la queue depuis le matin pour être sûrs d'acheter du pain surtout que ces fours ouvrent à 9h du matin et ferment à 13h. J'ai besoin de 32 galettes par jour, soit à 8 L.E., et ça ne suffit même pas à ma famille, mes six filles mariées vivent avec moi avec leurs enfants et leur mari », lâche Ayda Abdel-Wahed, une habitante. Elle dénonce le fait qu'Ezbet et Arab Al-Walda ne renferment que quelques petits kiosques qui fournissent seulement des denrées de première nécessité. « Je suis obligée d'aller à la plus proche coopérative située à 15 km, dans le quartier de Hélouan, pour acheter de la viande et de la farine pour faire le pain chez moi », affirme Ayda Abdel-Wahed.

L'isolement est aussi une des caractéristiques d'Ezbet et Arab Al-Walda. « Il y a 5 ans que nous avons été privés de l'unique bus de transport public qui passait par là. Il n'y a aujourd'hui que le microbus dont le ticket est à 50 piastres », affirment les habitants. Plus encore, il n'existe dans ce quartier aucun centre médical ni même une pharmacie. « Si une personne tombe malade, nous devons prendre un taxi à 5 L.E. pour aller à l'hôpital public d'Al-Nasr, qui sert les 4 millions habitants de Hélouan », dit Ali Khalil, avocat. En fait, un bon nombre d'habitants d'Ezbet et Arab Al-Walda, notamment les enfants et les personnes âgées, souffrent de nombreux problèmes de santé vu que la zone est industrielle et polluée.

Dans de telles conditions où le minimum n'est pas assuré, il est impensable de trouver un centre de jeunesse. Pourtant, à l'entrée d'Ezbet et Arab Al-Walda, un édifice aux murs lézardés est censé en être un. Construit en 1976, il n'en reste que des murs. « Les travaux d'entretien n'ont jamais été menés. Le Centre accueille simplement quelque 500 jeunes seulement qui viennent jouer au football dans la cour. Au deuxième étage, il existe une ancienne bibliothèque, mais peu sont ceux qui la visitent », explique Saïd Chéhata, directeur du centre. Il souhaite qu'Ezbet et Arab Al-Walda soit munies dans le cadre de son réaménagement d'un centre de jeunesse bien équipé comprenant tous les sports. Aux alentours d'Ezbet et Arab Al-Walda se situent 5 vieilles écoles qui servent 5 000 élèves. « Nous sommes 60 élèves par classe. Cette densité m'empêche de bien comprendre les leçons. Mes parents sont pauvres et n'ont pas les moyens de me donner des leçons particulières », souligne Réda Mansour, 14 ans. Il espère qu'à la suite du plan de réaménagement, il y aura plus d'écoles et moins d'élèves par classe. Pour leur part, les jeunes s'attendent à ce que le plan de développement d'Ezbet et Arab Al-Walda ne se limite pas au réaménagement ou à la planification de la banlieue. « Il faut nous garantir des emplois ou des petits projets dans le but de diminuer le chômage  », lance Mohamed Kamel, diplômé de la faculté d'Agriculture depuis 5 ans et qui n'a pas encore trouvé du travail. Bien qu'il n'y ait pas de statistiques officielles sur le taux de criminalité à Ezbet et Arab Al-Walda, les habitants affirment qu'un certain nombre de baltaguis (malfaiteurs) font la loi. « Nous voulons une station de police pour garantir la sécurité à Ezbet et Arab Al-Walda », revendique Adli Hamed. Un espoir de plus. En attendant les mesures concrètes.

Ola Hamdi
Héba Nasreddine

« Notre objectif est de réaménager ces zones sans imposer de nouveaux fardeaux à l'Etat »
Mohamad Raouf Ismaïl, directeur de l'Association de la protection globale, l'ONG responsable du réaménagement d'Ezbet et Arab Al-Walda et présidée par l'épouse du chef de l'Etat, s'exprime sur le projet.
Al-Ahram Hebdo : En quoi consiste le projet de développement d'Ezbet et Arab Al-Walda ?

Mohamad Raouf Ismaïl : Le développement vise en premier lieu à élever le niveau de vie des habitants en créant des emplois pour les jeunes diplômés et des petits projets pour les femmes qui subviennent aux besoins de leur famille. Nous avons décidé de diviser notre plan de travail en deux phases. La première vise à installer les infrastructures dans un délai de six mois. Un réseau d'eau potable et un réseau de drainage sanitaire. Ces deux projets coûteront 5 millions de L.E. En outre, 20 km de routes seront pavés et 16 km seront illuminés. Des moyens de transport public commenceront à relier le quartier au reste de la capitale. La deuxième phase consistera en la fondation d'un centre médical sur une surface de 800 m, d'un centre de jeunesse sur une surface de 4,5 feddans, de plusieurs écoles sur une surface de 15 000 feddans, d'un poste de police, d'un registre civil, d'une caserne de pompiers, d'un jardin, d'une bibliothèque, et d'un centre pour les services destinés aux femmes soutiens de famille. Ces projets seront achevés dans deux ans. Nous allons aussi nous charger de nettoyer les terrains actuellement remplis d'ordures.

— Comment avez-vous procédé depuis le lancement du projet de réaménagement du quartier ?

— Nous avons déjà tenu plusieurs rencontres avec 1 350 habitants du quartier ainsi qu'avec des représentants de la direction de la région du Sud du Caire et du gouvernorat afin d'être au courant des services qui manquent. Nous avons aussi recensé les problèmes dont souffrent les habitants. Le chômage, l'analphabétisme, la pauvreté, le manque de services sanitaires et sécuritaires sont les problèmes majeurs. Sans compter la pollution puisqu'il s'agit d'une zone industrielle.

— D'où provient le financement des travaux de réaménagement ?

— Notre objectif est de réaménager certaines zones sauvages sans imposer de nouveaux fardeaux à l'Etat qui a déjà dépensé depuis les années 1990 plus de 2,5 milliards de L.E. dans ce domaine. Le budget consacré par notre association au réaménagement d'Ezbet et Arab Al-Walda est de 28 millions de L.E. Nous ne toucherons pas du tout au budget que le gouvernorat du Caire consacre au réaménagement des zones d'urbanisation sauvages. Nous avons notre propre budget provenant des donations étrangères ou locales et des autres ONG. Nous allons aussi faire participer les habitants volontaires aux travaux de réaménagement. Ceci garantira que les habitants garderont dans le futur les travaux qu'ils ont effectués de leurs propres mains.

- Pourquoi avez-vous choisi Ezbet et Arab Al-Walda pour participer à son plan de développement ?

- Le réaménagement des zones d'urbanisation sauvage est l'objectif de notre Association depuis sa création en 1977. Nous avons déjà fait ce travail à Mancheyet Nasser, à Ain Chams, à Zeitoun, et à Madinet Al-Nahda, sans compter nos projets dans le gouvernorat d'Alexandrie depuis les années 80. Quant à Ezbet et Arab Al-Walda, ils représentent le deuxième projet auquel nous participons. Le premier a commencé il y a 12 ans à Ain Helwane en coopération avec l'Unicef. En fait, le quartier de Helwane renferme un grand nombre de zones sauvages. Il suffit de dire que sur les 68 zones d'urbanisation sauvage du Caire, 23 se trouvent à Helwane. Le choix de Mme Suzanne Moubarak, présidente de l'Association, pour réaménager Ezbet et Arab Al-Walda, est dû à plusieurs raisons. Premièrement, la densité de la population, vu que cet endroit dont la surface ne dépasse pas les 300 feddans abrite 100 000 personnes environ dont la majorité sont des femmes et des enfants. Notons que 40 % des familles sont sans un soutien financier stable. Deuxièmement, les conditions sociales, économiques, sanitaires et culturelles dans lesquelles vivent les habitants de cette banlieue sont très mauvaises.

 

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