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Iran . Téhéran soupçonne Moscou d'avoir cédé aux pressions américaines en retardant la livraison du combustible nucléaire pour la centrale de Bouchehr.

Téhéran persiste et signe

L'Iran s'inquiète des intentions de la Russie. C'est ce qui ressort des déclarations des responsables iraniens au sujet du programme nucléaire de leur pays, qui vient de prendre du retard. L'Organisation iranienne de l'énergie atomique a reconnu dimanche que sa première centrale a pris plusieurs mois de retard et qu'aucun accord n'était encore trouvé avec la Russie sur la livraison du combustible nucléaire.

Selon un nouveau calendrier divulgué à Téhéran, les Russes auxquels a été attribué le contrat de 800 millions de dollars ne remettront qu'en octobre 2006 les clés de la centrale de Bouchehr (sud, sur la côte du Golfe). La mise en service était initialement prévue mi ou fin 2005. « L'introduction du combustible doit avoir lieu en février 2006 », a indiqué Mehran Zia Cheikholeslami, chef des opérations techniques, lors d'une conférence de presse beaucoup plus technique que politique à un moment pourtant où l'Iran est pressé par la communauté internationale de donner toutes les garanties sur la nature civile de son programme nucléaire. « Suivront quatre à cinq mois de tests, puis la centrale fonctionnera à plein régime pendant une période d'essai d'un mois, et ce n'est qu'après que les clés seront remises aux Iraniens », a-t-il déclaré. Mais, dans un rare exercice de transparence, Cheikholeslami a avoué qu'« on a aussi du retard sur ce calendrier, c'est pourquoi nous faisons pression sur les Russes pour accélérer le rythme ».

Ni Cheikholeslami ni Assadollah Sabouri, chef des projets de centrales nucléaires, n'ont fourni les raisons de ces atermoiements. Selon eux, la cause n'est pas à chercher dans la difficulté à trouver un accord avec les Russes sur la livraison du combustible, qui conditionne la mise en marche. Cependant, Sabouri a clairement signifié que « le dernier délai pour la livraison est dans les derniers mois de 2005 », faute de quoi il faudrait se résigner à un nouveau report. « Le contrat pour le rapatriement du combustible est quelque chose de très compliqué, il n'y a pas de date pour la signature. Nous négocions avec les Russes », a-t-il ajouté.

La question du combustible est cruciale. La livraison par les Russes en est repoussée depuis des mois. La communauté internationale s'inquiète que la République islamique, une fois l'uranium utilisé dans ses centrales, ne le recycle pour la bombe atomique.

Sous la pression de Washington, Moscou a exigé et obtenu que Téhéran s'engage à restituer le combustible usagé. Mais l'accord final entre les deux parties se fait attendre depuis des mois, officiellement pour des raisons techniques. C'est pour ne pas connaître de tels problèmes que l'Iran, qui prévoit six autres tranches d'ici à 2020 à Bouchehr et ailleurs, entend produire son propre combustible, autre préoccupation majeure à l'étranger. « Nous escomptons que la seconde tranche, dont le contrat n'est pas décerné mais pour lequel les Russes sont privilégiés, utilise le combustible produit par l'Iran », a déclaré Sabouri. « Des avancées importantes ont été faites pour la fabrication d'un combustible local, a-t-il assuré, il ne faudra pas beaucoup d'années pour que nous soyons en mesure de produire notre propre combustible ».

L'Agence Internationale de l'Energie Atomique (AIEA) redoute que l'Iran ne détourne le cycle d'enrichissement de l'uranium à des fins militaires. L'Iran a accepté fin 2003 de suspendre l'enrichissement, mais a toujours souligné que c'était provisoire. Téhéran proclame la finalité civile de ses activités. Mais les Etats-Unis et Israël sont persuadés que, sous couvert de produire de l'électricité, la République islamique met secrètement au point la bombe atomique. Téhéran s'en défend opiniâtrement. Le directeur général de l'AIEA, Mohamed Al-Baradei, avait affirmé fin juin que la centrale de Bouchehr n'était « pas au centre des préoccupations internationales et ne suscitait aucune inquiétude » pour l'AIEA. Le conseil des gouverneurs de l'AIEA, l'organe exécutif de cette agence des Nations-Unies, doit se pencher lors de sa réunion en septembre à Vienne sur le dossier iranien. Selon des sources diplomatiques à l'AIEA, l'agence ne tranchera pas la question de la finalité du nucléaire iranien en septembre, mais ne recommandera pas non plus l'envoi du dossier devant le Conseil de sécurité de l'Onu, comme le voudraient les Etats-Unis en vue de sanctions internationales.

L'Iran estime en avoir donné les garanties et exige à présent de disparaître de l'ordre du jour de l'agence. Celle-ci sera soupçonnée de céder aux pressions américaines si elle ne referme pas rapidement le dossier de l'Iran, a déclaré le ministre des Affaires étrangères, Kamal Kharazi. « Pour montrer son indépendance, l'Agence internationale de l'énergie atomique doit s'en tenir à ses critères techniques et annoncer rapidement que les problèmes ont été résolus, s'ils ont été résolus », a déclaré le ministre. « Si le dossier n'est pas refermé, cela renforce le soupçon de motivations politiques et de pressions au sein de l'agence, et c'est ce que veulent les Américains », a-t-il ajouté. Loin de lui donner satisfaction sur ce point, l'AIEA, lors de sa réunion de juin, a réclamé davantage de coopération de sa part pour éventuellement conclure qu'il ne met pas secrètement au point l'arme atomique. Depuis lors, l'Iran a recommencé en représailles à produire des pièces de centrifugeuses, machines servant précisément à l'enrichir.

Maha Salem
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