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Palestine . L'Autorité palestinienne s'élève contre l'intensification de la colonisation israélienne en Cisjordanie et l'apparente complicité de Washington.

Exaspération palestinienne

Irrités par la poursuite de la colonisation israélienne dans les territoires occupés, les Palestiniens s'en prennent aux Etats-Unis, complices d'Israël. « L'Administration américaine doit contraindre Israël à stopper toute activité de colonisation, y compris celle liée à la croissance naturelle » des colonies, a affirmé Saëb Eraqat, ministre palestinien chargé des négociations avec Israël. Le ministre, qui a assuré que cette colonisation « détruit » le processus de paix, a souligné que la « feuille de route », le dernier plan international de règlement du conflit israélo-palestinien approuvé l'an dernier par le gouvernement israélien, prévoit le gel de la colonisation. De son côté, Nabil Abou-Roudeina, principal conseiller de M. Arafat, a affirmé que « l'Autorité palestinienne critique sévèrement le point de vue américain sur l'expansion des colonies israéliennes ».

Les déclarations des responsables palestiniens sont intervenues en réaction aux révélations du New York Times selon lesquelles la présidence américaine a accepté que de nouveaux chantiers soient ouverts à l'intérieur des grands blocs d'implantations en Cisjordanie. Le journal a cité, sous condition d'anonymat, un responsable israélien selon lequel « il est entendu entre Israël et Washington que les colonies peuvent s'étendre verticalement, dans des zones déjà densément construites, mais non pas vers l'extérieur ». Une source diplomatique américaine a de même confirmé que l'administration à Washington a discrètement accepté le principe de la croissance naturelle. « Il semble que la politique officielle est à présent de s'accommoder de la réalité », a ajouté cette source en précisant qu'il n'est toutefois pas question de donner carte blanche à l'expansion des colonies.

Le 14 avril, le président américain George W. Bush a publiquement affirmé que ce règlement devrait prendre en compte « les réalités démographiques » dans les territoires occupés depuis juin 1967, en référence aux principaux blocs d'implantations où vivent la majorité des quelque 240 000 colons juifs de Cisjordanie. M. Bush avait aussi jugé « irréaliste un retour aux frontières de l'armistice de 1949 » et estimé « préférable » que le droit de retour des réfugiés s'exerce dans le cadre d'un Etat palestinien.

L'expansion naturelle des colonies israéliennes semble être la contrepartie au plan de retrait unilatéral de la bande de Gaza. Tout en affirmant dimanche sa détermination à appliquer son plan de retrait de la bande de Gaza et son désir de rallier les travaillistes à son gouvernement, en dépit de l'opposition de son parti, le Likoud, M. Sharon espère qu'Israël pourra annexer les blocs d'implantations regroupant la majorité des 240 000 colons de Cisjordanie, dans le cadre d'un règlement permanent avec les Palestiniens.

C'est ainsi que l'administration israélienne a lancé un projet de construction de 533 logements dans six colonies de Cisjordanie tout en accordant des subventions de plus en plus importantes aux Israéliens souhaitant habiter dans les implantations, a indiqué lundi le quotidien Yediot Aharonot. La semaine dernière, le premier ministre avait donné son feu vert à la construction de 1 001 logements en Cisjordanie, tandis que le Yediot Aharonot avait également révélé que le ministère de l'Habitat prévoyait d'émettre 633 appels d'offres supplémentaires pour d'autres logements dans ce territoire. Au total, selon le journal, 2 167 permis de construire ont été délivrés ou sont sur le point de l'être cette année, alors que 908 logements dans les colonies de Cisjordanie ont été vendus en 2003, 647 en 2002 et 917 en 2001. Le nombre des constructions en Cisjordanie représente cette année 12 % des mises en chantier, alors que les colons ne représentent que 3,6 % de la population israélienne. Les Israéliens qui veulent s'installer en Cisjordanie bénéficient en outre de prêts immobiliers plus avantageux que ceux accordés à ceux qui achètent leurs logements en territoire israélien.


Contacts Arafat - Abou-Mazen

Entre-temps, les Palestiniens tentent d'unifier leur rang et d'endiguer leurs différends. Le président de l'Autorité palestinienne, Yasser Arafat, cherche à ramener au bercail son ancien premier ministre Mahmoud Abbas (Abou-Mazen), près d'un an après sa démission, ont indiqué dimanche des responsables palestiniens. « J'ai été chargé par le président Arafat de parler à Abou-Mazen et celui-ci n'a aucune objection », a déclaré un membre du comité central du mouvement Fatah de Yasser Arafat, Sakher Habach. « Des tractations sont en cours en vue d'une réunion du comité exécutif de l'OLP (Organisation de libération de la Palestine) à laquelle Abou-Mazen participera », a poursuivi M. Habach.

Mahmoud Abbas avait démissionné en septembre dernier, quatre mois après avoir pris ses fonctions de premier chef d'un gouvernement palestinien. Il entendait ainsi marquer son désaccord avec M. Arafat face au refus de ce dernier de renoncer au contrôle sur l'ensemble des services de sécurité. Bien qu'il n'ait depuis participé à aucune réunion des principales institutions palestiniennes, Abou-Mazen demeure officiellement le numéro 2 de l'OLP et un membre du comité central du Fatah.

D'autres sources palestiniennes ont fait état d'une rencontre entre M. Abbas et son successeur, Ahmad Qoreï (Abou-Alaa) en vue d'un prochain retour en politique. Des suggestions ont été faites pour qu'il puisse conduire une délégation du Fatah à d'éventuelles négociations avec d'autres factions (palestiniennes) au Caire.

M. Qoreï n'a pas réussi en décembre à convaincre au Caire des organisations militantes comme le Hamas et le Djihad islamique d'accepter une trêve. De nouvelles discussions en ce sens pourraient se tenir prochainement dans la capitale égyptienne. Le ministre des Affaires étrangères et le chef des services de renseignement égyptiens doivent se rendre fin août en Israël et à Ramallah pour s'entretenir d'un éventuel retrait israélien de la bande de Gaza. Ils inviteront les mouvements palestiniens à se réunir en septembre au Caire pour engager un dialogue interpalestinien visant à obtenir une trêve dans les attentats anti-israéliens.

Rania Adel
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Trois questions à Mohamad Bassiouni, président de la commission des affaires arabes au Conseil consultatif égyptien, et ancien ambassadeur de l'Egypte en Israël.
« Sharon se retirera de Gaza »
Al-Ahram Hebdo : Le plan de retrait unilatéral de Gaza du premier ministre israélien Ariel Sharon fait face à des difficultés. Il est très fortement contesté au sein même du Likoud. Pensez-vous que Sharon sera en mesure de mener à terme ce plan ?

Mohamad Bassiouni : Le gouvernement israélien va mener à terme ce plan de retrait unilatéral. Et ce, malgré le camouflet infligé par la convention du Likoud, mercredi dernier, au plan du premier ministre. La base du Likoud a en effet refusé l'entrée au gouvernement du Parti travailliste, condition sine qua non pour la mise en place du plan de retrait de la bande de Gaza. Mais Sharon semble très déterminé. Il ne renonce pas à élargir sa coalition au pouvoir pour garantir le succès de son plan.

— L'ambassadeur israélien à Washington, Daniel Ayalon, a déclaré récemment que l'Administration américaine « comprend le besoin naturel d'Israël de construire des colonies ». Comment analysez-vous ces propos ?

— Ces propos sont très dangereux. Ils vont à l'encontre de tous les accords conclus. Premièrement, ils sont contraires aux recommandations du comité de Metchegan conclus le 30 avril 2001 qui préconisent le gel de la colonisation même en cas de croissance démographique accrue en Israël. Signalons également que la première phase de la feuille de route préconise le retour à la situation d'avant le 28 septembre 2000 (date du déclenchement de l'Intifada) et le démantèlement de toutes les colonies construites depuis mars 2001, c'est-à-dire depuis l'arrivée au pouvoir d'Ariel Sharon. Sharon lui-même s'est engagé dans un discours prononcé le 14 avril 2004 devant le président américain Georges Bush à démanteler les colonies. Il y a enfin les recommandations du Quartette en faveur d'une application de la feuille de route qui prévoit l'arrêt de la colonisation israélienne.

— L'Egypte parraine en ce moment un dialogue, le troisième depuis 2002, entre les factions palestiniennes. Ce dialogue a-t-il une chance d'aboutir selon vous ?

— Tout à fait. Je pense que ce dialogue a déjà réussi, puisque un accord a été conclu entre l'Egypte et les deux mouvements radicaux palestiniens, le Mouvement de la résistance islamique (Hamas) et le Djihad islamique. A la fin du mois courant, une délégation du mouvement Fatah viendra au Caire et rencontrera les responsables égyptiens. L'objectif est de réunir sur la même table tous les mouvements palestiniens en septembre prochain. L'essentiel est que les factions se mettent d'accord sur un dénominateur commun, permettant d'enlever tout prétexte avancé par l'Etat hébreu pour refuser de commencer son retrait de Gaza ou pour accepter une reprise des négociations politiques sur le statut définitif des territoires occupés.

Propos recueillis par
Chérif Ahmed

 

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