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Cinéma . La seconde comédie du jeune cinéaste Rami Imam, Ghabi minnoh fih (Idiot de nature), traite le problème du chômage d'une manière grotesque, à travers un héros qui se résigne au vol. Du ridicule incongru.

Un navet de plus

A quoi tient ce monument de simplisme ? Sultan (Hani Ramzi), un jeune homme aux cheveux plats, vêtements sans chic et comportement farfelu, s'exerce au travail dans une station de service, qu'il met en feu par inadvertance. Ainsi se façonne l'histoire du film à la mesure d'un personnage sans qualification professionnelle, qui se taille une existence de bric et de broc sans succès. D'un père sans consistance morale et d'une mère invisible à l'écran, qui entretiennent sur lui un discours peu édifiant, on ne connaît de Sultan aucune appartenance sociale ou culturelle précise. Il est donc donné pour un simple gaffeur. Seule note enchantante au tableau : son amour pour Samia (Nelly Karim), fille d'un musicien de seconde zone, qu'il aide à percer dans le monde du spectacle. C'est l'occasion pour le cinéaste de produire un numéro de cabaret à la sauce de la pulpeuse chanteuse Nancy Agram, où Samia égrène les paroles insignifiantes d'une chanson, en se trémoussant. Cette petite fête pour les yeux sans les ingrédients usuels pour réussir le spectacle déplaît aux spectateurs qui rouent Samia de coups.

Contre-productif, c'est le maître mot qui qualifie la démarche de Sultan. Toute tâche qu'il accomplit n'aboutit à rien. Equipé de son propre outil, l'idiotie, qui provoque un rire facile, il rate tout ce qu'il entreprend, lorsqu'il s'affaire aux côtés de Dabache (Hassan Hosni), escroc et oncle de Samia, pour acquérir l'argent nécessaire à fonder leur foyer. Dabache l'initie à sa propre stratégie : voler aux riches une part de leurs ressources acquises de façon illicite. Cependant, le cinéaste élude la question de montrer ces riches ou d'expliquer d'où proviennent leurs fonds : trafic, contrebande, détournement de fonds ... pour légitimer l'entreprise de Dabache. Dresser les pauvres contre les riches relève donc du pur manichéisme sans logique, ni motif moral. Les vols de Dabache et Sultan s'opèrent la nuit, dans des résidences de villégiature, dont les habitants sont absents. Seulement, le vacarme produit par les gestes étourdis de Sultan fait échouer leurs tentatives de vol. Dès lors, Dabache abandonne Sultan.

A l'heure où tout semble décider Sultan à quitter cette pente d'échec, où l'on s'attend à ce que dans la seconde partie du film le vol substitué au chômage se résorbe, le récit poursuit la forme de la chute. Car Sultan est un héros de l'échec. C'est son point de départ et sa destination. A une échelle supérieure, dans cette ville inerte où l'action se passe la plupart du temps la nuit, nul ne s'active que les voleurs. Un périple qui ne mène nulle part. Dans une ville qui est la somme de parcours subjectifs qu'elle abrite. Il y a deux manières d'habiter la ville : s'enfoncer dans ce qui s'effondre ou s'élever et secouer l'inertie. Or, Sultan accélère le pas vers la dégradation. Il attire son cousin Nossa (Talaat Zakariya) dans ses filets pour braquer une banque. Mais avant de l'atteindre, d'autres, qui les ont précédés, en subtilisent les fonds. Pris dans la poursuite des bandits par la police, ils se livrent à un jeu débile de cartes. Finalement, après avoir mis la main sur le contenu d'une caisse d'argent, Sultan découvre qu'il s'agit d'une collecte de dons destinée à soigner des enfants malades. Dans un brusque éveil de conscience, il décide de la rendre à ses destinataires. Cependant, à l'heure et au jour fixés par Sultan pour la livrer, tous les habitants de la ville se pointent réclamant une part du butin, tels des mendiants.

Fathi Sourour, président de l'Assemblée du peuple, a déclaré récemment dans une réflexion sur la mondialisation et la loi pénale que : « Dans cette mondialisation, quelques grandes multinationales gèrent à leur profit l'économie au détriment de celui des pauvres qui peuplent les 3/4 de la planète. D'où l'absence de normes régulatrices de la distribution des ressources, garantissant la justice sociale. Par conséquent, la corruption, le crime organisé et la transgression des lois se répandent de façon incontournable ». Se conformer au misérabilisme ambiant au lieu de s'y opposer est peut-être la démarche du film, car la marche est avec l'inertie, la chose la mieux partagée au monde actuellement. Quel dommage.

Amina Hassan

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