Théâtre .
La pièce Ya Ghoula
einek hamra (L'Ogresse aux yeux rouges) joue
sur le sociopolitique. D’une manière peu originale,
elle condamne la politique des Etats-Unis, la soumission
des pays arabes et la passivité des jeunes générations.
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| Engagé
mais naïf |
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Nombreuses
sont les pièces que l’on peut qualifier cette année
de « politique » : Al-Léeb
fil démagh (Triturer l'esprit), Leilet al-henna
(La Nuit du henné), Baghbaghane salite al-lissane
(Le Perroquet à la langue pendue) et Qaëdine
leh (De quoi je me mêle). En dehors de la production
privée, la liste est longue. Plusieurs pièces comportent
une allusion implicite ou explicite à l’actualité
brûlante. On critique ouvertement la politique des
Etats-Unis vis-à-vis des pays arabes. On se soulève
contre toute sorte d’agression ou d’occupation.
On condamne la passivité de toute la société. Bref,
il s’agit souvent d’un théâtre « engagé ».
Ya Ghoula einek hamra, écrite
par Karam Al-Naggar, mise en scène par Hassan Abdel-Salam
et produite par le Théâtre de la télévision, vient
s’ajouter à toutes ces pièces au contenu politique.
Après avoir été donnée sur les planches du théâtre
de la Cité des médias au 6 Octobre, puis au Théâtre
de la télévision à Héliopolis, elle se donne actuellement
sur les planches du théâtre Qasr Al-Nil,
au centre-ville. La pièce est interprétée par Nour
Al-Chérif et une cohorte de stars montantes de la
télévision. Elle doit d'ailleurs à ce casting de
choix une grande partie de sa réussite.
Il s’agit de l’histoire d’un homme,
Esmat Abdel-Kérim, marié à une Syrienne et père
de deux enfants : Sadeq et Assila. Ceux-ci
réussissent, après de longues recherches en physique,
à réaliser un exploit dans le domaine de la technologie
nucléaire. Le père a dû vendre ses 10 feddans
de jasmin dans le but d'aider ses enfants à construire
une usine où la nouvelle technologie serait de mise.
Mais la famille se trouve en confrontation avec
une multinationale qui cherche à acheter l’usine.
Tout est donc permis pour forcer la famille à signer
le contrat de vente : des négociations avec
le père, des moyens de séduction, des menaces de
destruction, etc. Une superpuissance cherche à tout
contrôler. Bref, une allusion à la politique des
Etats-Unis. Dès les premières scènes, on comprend
l’histoire et ses connotations et on arrive facilement
à deviner sa fin.
Le metteur en scène Hassan Abdel-Salam
a bien respecté le texte de Karam Al-Naggar et l’a
présenté de manière trop traditionnelle, voire superficielle.
Chaque personnage est introduit à part. Une scène
entière est consacrée à l'introduction de l'épouse
syrienne d’Esmat. On voit alors le drapeau de la
Syrie sur les planches et on entend un long dialogue
entre les enfants évoquant l’amour de leurs parents,
nés sous l’union entre l’Egypte et la Syrie. La
chanson Ma grande patrie arabe d’Abdel-Wahab
rappelle non sans déplorer cette belle époque révolue
de l’union.
Les scènes se ressemblent. Les
communication entre la représentante de la compagnie
multinationale et son chef se présentent toujours
de la même façon. La scène devient sobre avec une
même toile de fond noire sur laquelle se détache
le masque d’un fantôme ou d'une ogresse aux yeux
rouges. C’est le signe du danger, sans doute. On
peut aller encore plus loin pour suggérer que la
scène reflète directement la situation de la sympathie
et de la solidarité entre Les Etats-Unis et Israël.
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Critique exagérée et
stéréotypes
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Le dramaturge et le metteur en
scène tombent dans le piège de tout critiquer et
de tout condamner, sur les plans social et politique.
On tourne alors dans un cercle vicieux composé de
diverses petites scènes. Par exemple, les jeunes
mercenaires drogués qui sont chargés de la part
de la compagnie d’attaquer la famille d’Esmat ne
sont que des jeunes délinquants. On assiste alors
à des scènes de repentir, de chagrin où chacun raconte
son problème : absence des parents, drogue,
manque d’argent, chômage, etc.
De la même manière se présentent
les dangers et les menaces auxquels sont exposés
les jeunes d’Esmat. Toujours un même style répétitif.
L’éclairage est basé sur deux couleurs :
le blanc et le rouge dans une opposition claire
et trop significative du bien et du mal. De même,
les détails vestimentaires et les couleurs ne présentent
que des stéréotypes. Les représentants de la compagnie
sont toujours en noir et rouge, signe du danger
et du mal. Le modèle américain est présenté avec
une salopette en jean avec le chapeau de l’Oncle
Sam et des gants blancs dans une allure sarcastique.
La projection vidéo à laquelle
Abdel-Salam a eu recours ne sert qu’à représenter
des séquences de l’archive des journaux télévisés
de la guerre d’Iraq, les attaques et les attentats
en Palestine, etc. Allusion directe à la politique
d’aujourd’hui, où tout est lié à la force des Etats-Unis.
La finale n’est en effet qu’une
leçon de morale et d’engagement. Esmat est mort
après une confrontation avec Monsieur USA qui veut
soutenir la compagnie et contrôler le monde de par
sa technologie. Esmat détruit tout et meurt. En
tunique blanche, il apparaît sur scène pour donner
sa dernière leçon de morale dans un arabe classique.
Même la bonne interprétation de Nour Al-Chérif,
sa gestuelle et son mouvement sur scène n’empêchent
pas un sentiment de monotonie et de déjà-vu. En
dépit des chansons expressives écrites par Sayed
Higab et mises en musique par Yasser Abdel-Rahmane,
la pièce se perd dans les dédales du politique et
du cliché.
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May
Sélim |
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Ya
Ghoula einek hamra,
une mise en scène de Hassan Abdel-Salam, avec Nour
Al-Chérif. Tous les jours, à 22h30 (relâche le mardi)
au théâtre Qasr Al-Nil, centre-ville. Tél. :
575 07 61
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