Hebdomadaire égyptien en langue française en ligne chaque mercredi

Arts

Une
L'événement
Le dossier
L'enquête
Nulle part ailleurs
L'invité
L'Egypte
Affaires
Finances
Le monde en bref
Points de vue
Commentaire
d'Ibrahim Nafie

Carrefour
de Mohamed Salmawy

Portrait
Littérature
Arts
Société
Sport
Environnement
Escapades
Patrimoine
Loisirs
Echangez, écrivez
La vie mondaine
Théâtre . Le deuxième festival du centre culturel Al-Saqia voit apparaître une nouvelle génération de troupes indépendantes. Dix sur quarante ont été retenues. Bilan.
Méchant Bagougou

Quand André Malraux, alors ministre français de la Culture, décide dans les années soixante de démocratiser la culture, il crée ce qui sera son œuvre : la décentralisation. Des maisons de la culture jaillissent partout en France. Sur cette image, l'Egypte calque le modèle et applique le système. Il s'agit d'ouvrir des espaces pour recevoir « les mordus » de la création artistique dans les différents domaines : danse, musique, théâtre, arts plastiques, chant, etc. Ils y trouvent des animateurs pour les guider et les moyens matériels pour concrétiser leurs rêves. Suit une politique de prestige instaurée par Jack Lang qui dilue les petites compagnies en faveur des troupes nationales. Par hasard mais parallèlement, la situation en Egypte est contaminée. Résultat : discrimination totale des amateurs. Rejetés et dispersés, ils immigrent vers nulle part. Il faudra attendre l'émergence du centre culturel privé Saqiet Al-Sawi pour retrouver ces jeunes maltraités. La gestion de ce centre reprend le concept disparu, et c'est avec bonheur qu'on peut durant les 365 jours de l'année assister à des manifestations culturelles tous les soirs. La dernière en date, cette semaine : le deuxième festival de théâtre. La mort plus que la vie est présente au programme. L'amertume plus que l'espoir. La haine plus que l'amour. Un dénominateur commun : le non-sens de nos actes quotidiens, l'absurdité des choix « imposés ». Le survol de quelques pièces pourrait peut-être éclairer notre propos. La troupe de Bachtil (ville du Delta) qui remercie le parti au pouvoir pour son soutien, ainsi que les instances locales, raconte une histoire populaire qui vise à nous rappeler que les paysans doivent continuer de défendre leurs terres (par extension le territoire égyptien), car les pachas ont été remplacés par les Mamelouks, ces derniers par les Français et ceux-ci par d'autres méchants. Méchants puisqu'il est question du Bien et du Mal. La morale de l'histoire, même si elle est politique, a toujours une visée « philosophique » dans cette pièce Histoire oubliée, comme dans toutes les autres, à une exception près. Ensuite, venue de Mansoura, la troupe L'Echappée présente Un Espace vide entre parenthèses. Il est question encore une fois de la terre, celle qu'il faut trouver pour enterrer un cadavre. Toutes les terres arabes ne sont plus arabes. En perdition, le cadavre errant appelle au courage des autres vivants pour récupérer leur droit à un ensevelissement digne et humain, avec les honneurs qu'il mérite. Un cri en guise d'apothéose : Dieu, épargnez-nous la violence des guerres, nous ne voulons plus de martyrs parmi nous. Théâtre sans frontière présente Régiment de la peine de mort. A l'intérieur d'une tranchée, des soldats sont envoyés pour mourir et non pas pour faire la guerre. Au lieu d'être des héros, morts pour la patrie, c'est la mort qui les attend comme une sanction, la peine de mort est au rendez-vous. Et quand ce n'est pas une histoire de morts, c'est une histoire de fous. Teatro présente un florilège de la folie dans un texte très alambiqué, Que vous soyez Adam le sage. La troupe a eu le mérite de consacrer le travail théâtral avec une minutie que les jeunes créateurs savent rarement assurer. Avec une bonne idée et des moyens d'une pauvreté déplorable, la compagnie Eclats présente Pardon, direction obligatoire pour raconter comment des civils ayant terminé leur service militaire sont convoqués pour un nouvel entraînement militaire sans guerre en vue, sans justification précise. Un ordre, une obéissance et la perte de l'un d'eux. Telle est l'absurdité du pouvoir auquel on est tous soumis. Aucune marge n'est laissée à la réflexion. Le troupeau dans sa plus pure articulation. Puis arrive Bagougou, présenté par les étudiants de l'Ecole de polytechnique de Matariya qui forment la troupe Harmonie. Enfin, une pièce à queue et à tête, avec tenants et aboutissants. Bagougou, c'est le nom employé pour désigner les méchants (genre de verlan égyptien). Ceux-ci même qui pullulent depuis l'éternité. Une leçon d'histoire pour nous expliquer que les bagougous — que ce soient les Américains en Iraq, les Israéliens en terre occupée ou nos propres dirigeants — ne disparaîtront que si nous réagissons en disant non à toutes les formes d'injustice. Démunis de tout savoir théâtral, avec une écriture dramatique boiteuse, une mise en scène inachevée, un jeu souvent hystérique, il reste à ces jeunes troupes le mérite de vouloir envoyer à leur public un message sorti de leurs entrailles. Ils croient à ce qu'ils nous brandissent comme valeurs à respecter dans ce monde corrompu.

Menha el Batraoui

Retour au Sommaire

 

Pour les problèmes techniques contactez le webmaster

Adresse postale: Journal Al-Ahram Hebdo
Rue Al-Gaala, Le Caire - Egypte
Tél: (+202) 57 86 100
Fax: (+202) 57 82 631