| Pour
la première fois depuis la libéralisation du taux de change
en janvier 2003, les Egyptiens commencent à échanger leurs dollars
sur le marché officiel. « Avant je passais toujours
par le marché noir. Aujourd'hui, les cours officiels
sont même parfois un peu plus élevés que ceux du marché noir.
Il n'y a donc aucune raison d'y recourir », assure
un client dans une banque.
Ces
derniers jours, les cours du marché noir comme ceux du marché
officiel ont été à quelques piastres près identiques. Du coup,
la majorité des détenteurs de billets verts ont préféré vendre
soit aux banques, soit aux bureaux de change. De leur côté,
les banques commencent aussi à fournir des dollars aux importateurs.
« C’est la première fois depuis février 2003 que les
banques répondent à nos besoins en dollars. Avant, nous étions
obligés de passer par le marché noir pour en obtenir »,
souligne Amr Yéhia, importateur.
Peut-on
donc parler de fin du marché noir ? La stabilité de la
situation actuelle reste sujette à caution, mais les milieux
financiers se montrent confiants. « Cette stabilité
continuera sans doute au moins jusqu’à la période du pèlerinage.
L’ère de la spéculation est révolue. Et cela en raison de plusieurs
mesures prises par le gouvernement pour combler le déficit en
devises », souligne Joseph Iskandar, de la société
de courtage Prime. Ce qui laisse augurer une libéralisation
complète des taux de change. « On se rapproche d'une
libéralisation complète. Si elle a lieu, elle affaiblira davantage
le marché noir. Les cours officiels pourraient augmenter de
deux ou trois piastres », ajoute-t-il.
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Plusieurs
facteurs ont favorisé l'excès de l'offre en dollar sur le marché.
Tout d’abord, les revenus provenant du Canal de Suez, qui ont
atteint 246,3 millions de dollars en juin dernier, contre 210
en juin 2003 selon un rapport du centre d’informations dépendant
du cabinet ministériel. A quoi s'ajoute l’afflux, pendant les
vacances d’été, de touristes du Golfe et d'Egyptiens travaillant
à l’étranger. « Les transactions dans les bureaux
de change ont augmenté pour atteindre environ 250 000 L.E.,
contre 50 000 il y a six mois », souligne d'ailleurs
Mohamad Al-Abiad, président du secteur des bureaux de change
auprès de l’Union générale des chambres de commerce.
Les
exportations ont elles aussi accru. Selon le dernier rapport
mensuel de la Banque Centrale Egyptienne (BCE), au cours du
3e trimestre 2003/2004 les revenus des exportations ont atteint
2,890 milliards de dollars, contre 2,286 au cours du 2e trimestre.
Quant aux exportations pétrolières, elles ont été de 1,148 milliard
de dollars, contre 874 millions de dollars toujours sur la même
période.
Pour
les acteurs du marché des changes, un retour probable d’une
crise du dollar est exclu. « Les mesures gouvernementales
prises ont porté leurs fruits. En cas de problème, la BCE prendra
les mesures nécessaires. L’année dernière, de fortes spéculations
ont eu lieu à cause des décisions contradictoires de la BCE,
outre son manque de crédibilité », remarque un responsable
au ministère des Finances qui a requis l’anonymat.
Une
autre mesure adoptée la semaine dernière contribuera également
à maintenir la stabilité du marché des changes. Il s'agit de
la hausse des taux d’intérêt à 12 % (contre 9 %
auparavant) des taux d’épargne en livre égyptienne. Appliquée
par les banques Al-Ahli et Misr, elle sera généralisée
si l'expérience est concluante. Cette mesure a incité à la conversion
des dépôts en livre égyptienne, face à un taux d’épargne en
dollar de 1,25 %. « Les 12 % de taux d’intérêt
pour les dépôts en livre égyptienne dissiperont toute crainte
d'une nouvelle hausse du dollar », souligne Achraf
Negm, de la société Arab International Bank. « D’autres
mesures sont en voie d’être appliquées au cours des deux prochaines
semaines, comme la mise en place de l’Interbank (échange
des dollars entre banques). Ce qui stabilisera le marché.
La transparence des banques sera améliorée, ce qui augmentera
la confiance », ajoute Joseph Iskandar. |