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Iraq . Face à l'insécurité grandissante qui empêche la mise en place de grands chantiers, les autorités ont recours à des solutions transitoires pour faire face à l'extension du chômage.
Des solutions temporaires contre le chômage

Bagdad,
Correspandance-

Le problème du chômage constitue actuellement l'un des défis les plus complexes en Iraq. Ce phénomène prend une ampleur alarmante dans ce pays qui ne connaissait quasiment pas ce problème avant l'invasion et l'occupation américaines. Selon les chiffres du Centre de recherches du ministère de la Planification, le taux de chômage en Iraq est de 28 %, dans un pays où la population est de 26 millions d’habitants et où la majorité sont des jeunes en âge de travailler.

Au lendemain de la chute du régime de Saddam Hussein, des milliers d'Iraqiens se sont retrouvés dans la rue, sans travail alors qu'on leur avait promis un emploi décent et une vie meilleure. 18 mois plus tard, près de la moitié des Iraqiens en âge de travailler sont au chômage. S'y ajoutent près d'un demi-million de militaires qui ont été licenciés, sans oublier près de 20 000 fonctionnaires qui travaillaient dans le domaine des médias et plus de 20 000 autres dans les milieux de la présidence, de l'industrie militaire, de l'énergie atomique, etc.

C'est ainsi que les promesses d'une vie prospère se sont transformées en illusions et en demandes quotidiennes d'offres d'emploi.

En juin 2003, lors de la formation du Conseil de gouvernement transitoire, le chômage en Iraq a commencé à être traité au niveau officiel. Le ministère du Travail et des Affaires sociales s'est vu obligé de coordonner avec les divers ministères pour employer les chômeurs. Après quelques mois, un centre de formation et d'emploi a été formé invitant les chômeurs à y enregistrer leurs noms. Des milliers de jeunes se sont rués vers ce centre dans l'espoir de décrocher un emploi.

La ministre du Travail et des Affaires sociales, Leïla Abdel-Latif, a expliqué à Al-Ahram Hebdo que « le chômage était répandu dans l'ancien régime, mais personne n'osait en parler en tant que phénomène important et dangereux ». Pour y faire face, une convention a été conclue avec l'Organisation mondiale du travail pour établir une stratégie d'emploi à laquelle prendront part plusieurs ministères. Selon elle, l'Iraq se trouve à la veille d'une ouverture économique, touristique et urbaine, mais s'il est vrai que les grands projets sont suspendus à cause des conditions sécuritaires, il existe des projets simples, comme celui de la propreté de Bagdad, qui peuvent employer des milliers d'Iraqiens.

Kassem Daoud, ministre d'Etat, explique pour sa part que les projets de reconstruction de l'Iraq n'ont pas encore commencé. En tout optimisme, il assure que « lorsqu'ils commenceront, la main-d'œuvre iraqienne sera insuffisante ».


Bagdad compte sur le secteur du bâtiment

Pour tenter de résorber le chômage, les autorités ont également pris des mesures « politiques ». Il s'agit de réintégrer les anciens du parti Baas et des enseignants licenciés pour des raisons politiques. Des mesures similaires ont été adoptées par les ministères de l'Electricité, de la Reconstruction, de l'Habitat et des Ressources hydrauliques, ainsi qu'à la mairie de Bagdad.

Les autorités comptent aussi sur le secteur du bâtiment pour faire face au chômage. Le ministre de la Reconstruction et de l'Habitat, Omar Al-Farouq Al-Damlougui, a déclaré que le plan du ministère œuvrait à employer dans les nouvelles agglomérations urbaines plus de 10 000 ouvriers iraqiens que des compagnies étrangères se sont engagées à employer. Cependant, ces compagnies se sont désengagées de leurs contrats et n'ont pas commencé les travaux aux dates déterminées. Ce qui a poussé le ministère à charger des entrepreneurs et des compagnies nationales à exécuter la première partie du plan qui consiste à construire des agglomérations urbaines à Bagdad, Kirkouk, Kerbala, Najaf, Missane et Qadessiya.

Le ministère de la Planification a élaboré, en coopération avec le ministère de l'Urbanisation, une étude montrant que l'Iraq a besoin de 2 millions de nouvelles unités de logements pour résoudre le problème du logement. Le ministère vise à les construire avant 2007. D'autre part, des organisations humanitaires ont déclaré leur intention de construire 7 000 unités de logements à Baaqouba et ont annoncé leur besoin de recruter 3 000 ouvriers.

D'autre part, le porte-parole du ministère des Ressources hydrauliques a déclaré que son ministère avait lancé une campagne pour le recrutement saisonnier — de trois mois — de plus de 20 000 personnes. Il en est de même avec les ministères de l'Electricité, de la Santé et autres qui ont nommé un nombre de chômeurs pour une période limitée. Cependant, le ministère de l'Electricité a fini par embaucher 1 000 d'entre eux après l'approbation du ministère des Finances.

Selon Karim Al-Chérifi, chercheur à l'Université de Bagdad, ces emplois ressemblent à des tactiques temporaires car ils sont le fruit d'un besoin politique et non économique, d'autant plus que les travaux dans ces secteurs sont actuellement couverts par les dons américains et les sommes promises par la conférence des donateurs de Madrid, dont le montant s'élève à 35 milliards de dollars, mais dont une petite somme seulement a été déboursée.

Et d'ajouter que le don américain de 18 milliards de dollars est régi par un centre en Iraq dirigé par des fonctionnaires américains. Appelé Centre de reconstruction de l'Iraq, c’est un centre de coordination des dépenses sur les projets des différents ministères. Ces ministères dépensent ces sommes en vertu d'accords avec des compagnies étrangères comme les projets d'électricité, d'irrigation et de santé. Cependant, le problème réside dans le fait que ces compagnies n'ont pas tenu leurs promesses et les projets se sont limités à ceux pouvant être exécutés par une main-d'œuvre iraqienne, puisque celle venant de l'étranger craint pour sa vie en raison de la situation sécuritaire dans le pays.

Face à la lenteur et l'incapacité des autorités à traiter le problème du chômage, les sans-emploi se sont regroupés en une Union des chômeurs. Selon son président, Abdel-Hamid Al-Chouély, cette union est née en réaction à la négligence de l'Etat et en réponse à la nécessité de créer une institution qui s'occupe de trouver des emplois aux jeunes. Cette union organise de temps en temps des manifestations pacifiques devant les sièges du gouvernement provisoire.

Nada Omrane

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