Les Jeux Olympiques (JO) sont de retour avec
leur quelque dix mille Athlètes, dont des très jeunes comme Nadia
Comaneci, qui vont nous épater par leur grâce et leur agilité.
Mais peu parmi les quelque trois milliards de téléspectateurs
prévus savent que plusieurs de celles-ci vont hypothéquer leur
santé avant l'âge adulte et endurer pour longtemps de multiples
maux articulaires et autres. « Mens sana in corpore sano »,
dit la sage et séculaire formule. Nombre d'athlètes semblent
néanmoins prêts à tout pour voir leur nom écrit en lettres d'or
au panthéon des JO, quitte à écourter leur vie. Pour certains,
il y a le gros lot à gagner (on a promis un million à un nageur
états-unien s'il remporte un nombre X de médailles d'or), pour
d'autres la possibilité d'une vie meilleure (comme ces athlètes
qui profitent des compétitions pour fuir leur pays).
L'une des aberrations des JO, ce sont ces foutus
records à battre, encore et toujours (qui n'existaient pas du
temps des Jeux Antiques). Je pense que tant qu'il y aura des records
à battre, il y aura du dopage. De toute façon, les hommes et les
femmes ne pourront indéfiniment aller plus vite, sauter plus haut ...
Ils ont atteint leurs limites.
En réalité, battre un record ne prouve qu'une
chose : qu'un athlète a fait subir à son corps les pires
traitements pour y arriver.
Il est à se demander si les humains qui établiront
des records au cours du XXIe siècle seront normalement constitués.
Y aura-t-il bientôt des jeux pour les « normaux »
et d'autres pour « les bionique » ? Les
Jeux Olymbioniques ?
Que cesse la surenchère ! Aux oubliettes
les records ! Qu'on récompense les trois meilleurs concurrents
à une compétition et qu'on gomme le reste. Il faut aux athlètes
rester des hommes, et se rappeler un peu ceci : la pratique
d'un sport est chose plus importante que la victoire.
L'autre aberration des JO, c'est le regroupement
des athlètes par pays d'appartenance. Ce que les pays veulent,
c'est rapporter le maximum de médailles pour bien se faire voir
par le monde et leurs dirigeants, bien se faire voir par le peuple.
Tout est politique. Comme si rapporter beaucoup de médailles prouvait
la force d'un pays.
Si on souhaite une fête sportive vraiment rassembleuse,
je suggère qu'au début de chaque JO il y ait un tirage au sort.
Tous les pays du globe, du plus pauvre au plus riche, du plus
petit au plus grand, auraient chacun le même nombre d'athlètes
sélectionnés de par le monde pour les représenter. Le temps des
JO, le monde n'aurait plus de frontières.
Une autre absence des JO, élitistes, est qu'ils
n'incitent guère le monde ordinaire à faire durablement du sport
ou de l'exercice. Il s'agit d'un spectacle à regarder passivement,
des chips dans une main et un coca dans l'autre.
Tous les changements nécessaires seront impossibles
tant que le Comité International Olympique (CIO), un organisme
privé, existera dans sa forme actuelle. Car c'est l'argent qui
inspire cet organisme. Il est maintenant établi que plusieurs
des votes du CIO ont été achetés.
Comme d'autres, je ne vois qu'une organisation
pour prendre le relais du CIO, à savoir les Nations-Unies. Peut-être
verrions-nous alors le sport retrouver ses lettres de noblesse
et une rotation équitable s'établir dans le choix des pays et
des continents hôtes des JO. Peut-être verrions-nous enfin l'Afrique
accueillir les JO, car c'est chose due aux Africains et, en un
certain sens, à tous les athlètes d'origine africaine, de Jesse
Owens à Perdita Felicien. Et si les infrastructures nécessaires
manquent dans un pays, il n'y a qu'à envisager que les JO se tiennent
dans plus d'un pays en même temps (un regroupement soutenu financièrement
par les pays riches). Ce serait une belle première. Si l'Afrique
déclare forfait, l'Amérique du Sud prendra la balle au bond, ou
encore l'Asie du sud-est ou le Moyen-Orient (Bush va-t-il mousser
la candidature de Bagdad ?).
Comme les JO d'hiver doivent se tenir dans les
pays où sévit le froid, il faudrait compenser avec les JO d'été.
Finie la suprématie des pays riches. Pour faire plier le CIO,
les nations doivent arrêter de le financer et d’injecter les sommes
retenues dans le vrai sport.
Pour finir, il est consternant de lire sous l'emblème
(un rameau d'olivier) des JO actuels la seule inscription « Athens
2004 » et non pas « Athènes ». Le Français
perd donc encore du terrain ? Pauvre Pierre de Coubertin,
qui doit se retourner dans sa tombe. Une autre preuve que l'argent
mène le monde.