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| Nationalité .La
nouvelle loi accorde le droit aux Egyptiennes de la transmettre
à leurs enfants nés de père étranger, y compris palestiniens.
Cette loi concerne quelque 120 000 Palestiniens résidant
en Egypte et confrontés à de nombreux problèmes dus à leur
statut de réfugiés. |
| Les
Palestiniens
obtiennent gain de cause |
Dans
son petit appartement à Ain-Chams, Hagga Safiya a rassemblé
tous ses papiers officiels, ceux de ses enfants et de son
mari palestinien. C'est depuis le mois dernier, date à laquelle
l'Assemblée du peuple a approuvé à l'unanimité la loi accordant
la nationalité égyptienne aux enfants de mère égyptienne
et de père étranger, y compris palestinien, que Safiya se
présente régulièrement à l’Organisme de la nationalité et
de l’immigration au Mogammaa (complexe administratif),
situé au centre-ville. Elle veut se renseigner sur le jour
où elle pourra déposer les papiers nécessaires pour transmettre
sa nationalité égyptienne à ses enfants. Cette femme attend
avec impatience ce moment, son mari étant décédé, ses enfants
n'ont d'autre patrie que l'Egypte. De plus, l'obtention
de la nationalité devenait de plus en plus une nécessité
pour cette femme, notamment depuis que l'une de ses filles,
Gamila, âgée de 10 ans, a eu un problème au cœur nécessitant
une hospitalisation d'urgence. Sa fille étant de nationalité
palestinienne n'a pas d'assurance médicale et Safiya risquait
de payer cher son séjour à l'hôpital, environ 140 L.E. par
jour, soit le double du prix que pourrait débourser un citoyen
égyptien. La santé de Gamila commençait sérieusement à se
dégrader et la maman a dû mentir au médecin à propos de
la nationalité pour qu'elle puisse bénéficier de soins gratuits.
« C'était la seule solution pour sauver sa vie étant
donné que nous n'avions pas les moyens matériels de l'hospitaliser
ailleurs que dans un hôpital public. Le temps n'étant pas
en sa faveur et chaque jour qui passe mettait en danger
sa vie », raconte-t-elle les larmes aux yeux.
La modification
de la loi sur la nationalité va mettre fin à la détresse
de quelque 300 000 femmes égyptiennes mariées à des
Palestiniens. La plupart de ces familles habitent des quartiers
tels que Hélouan, Wayli, Dar Al-Salam et Boulaq. Et ces
femmes pourront désormais transmettre et sans aucune condition
leur nationalité à leurs enfants. Auparavant, le décret
présidentiel émis en septembre dernier et permettant d'octroyer
la nationalité aux enfants des Egyptiennes excluait ceux
dont le père était palestinien, et ceux pour des raisons
politiques liées à la cause palestinienne.
« Pour
nous les Palestiniens, cette décision est d'une grande importance,
d'autant plus que nous vivons une période bien critique
de notre existence. Chaque jour, notre dignité est bafouée
et personne ne bouge. Nous avons enfin le sentiment d’être
considérés comme des êtres humains que l'on respecte »,
commente Fouad Rachid, un ingénieur palestinien. Né à Jérusalem,
il est issu de la bourgeoisie palestinienne et fait partie
de la première génération de réfugiés arrivés en Egypte
en 1948. Il sait à quel point ce statut est humiliant. Comme
la plupart de ses compatriotes, Fouad vit dans l’angoisse.
Pour tout papier d'identité, il dispose d'un laissez-passer,
une sorte de document de voyage émis par les autorités égyptiennes.
Cet homme n'a pas de nationalité et donc pas de passeport.
A l'origine, ce document était délivré aux Palestiniens
originaires de la bande de Gaza, un territoire géré par
l'Egypte depuis la guerre de 48 et jusqu'en 1967 et
aux réfugiés de 1948. Actuellement, il est délivré à tous
les réfugiés palestiniens mais ce n'est qu'un laissez-passer
mais sous conditions.
La première
préoccupation de Fouad est le sort de son fils, Boraiq âgé
de 18 ans, qui risque d’être obligé de quitter le pays faute
de papiers. Bachelier, il n’a pas pu poursuivre ses études
universitaires, faute de moyens. De plus, il n'a pas trouvé
de boulot vu que les entreprises égyptiennes ne recrutent
pas d'étrangers. Boraiq est donc au chômage et c'est pourquoi
il n'a pu renouveler sa résidence. « L’université
a toujours été un rêve inaccessible pour moi. Aujourd'hui,
je me prends à rêver du stéthoscope du médecin qui m'a toujours
fasciné », dit Boraiq avec le même enthousiasme
que celui de son père qui a repris goût à la vie. « Une
telle loi va non seulement mettre un terme à un tas de tracasseries,
mais elle va aussi régler pas mal de nos problèmes »,
explique-t-il tout en ajoutant qu’il est tout de même parvenu
à régler celui de ses deux filles en les mariant avec des
Egyptiens. Deux ans après leur mariage, elles ont obtenu
et sans difficulté la nationalité égyptienne, un privilège
que l'on accorde seulement aux femmes mariées à des Egyptiens
et non pas le contraire. Et le défi ne s’arrête pas là,
pas moins les désagréments au quotidien.
Car Fouad et
Safiya ne sont pas les seuls à souffrir du même statut,
des milliers d'autres vivent ce drame au plus profond d'eux-mêmes.
Selon les statistiques du Centre des recherches palestiniennes,
il y a 120 000 réfugiés palestiniens en Egypte dont
environ 86 % font partie de la population active et
22 % seulement ont un revenu effectif. Répartis entre
le commerce, la fonction publique et l’industrie, leurs
revenus sont très inégaux. Et 78 % d’entre eux vivent
dans la pauvreté.
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La fin d'un calvaire
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Tout a commencé
lorsque Mohamad Sobeih, représentant de la Palestine à
la Ligue arabe, s’est opposé à la dernière décision datant
de 1959 en recommandant aux pays membres de ne pas accorder
la nationalité aux ressortissants palestiniens. Le but
étant de maintenir le statut de réfugiés aux Palestiniens
pour s'en servir comme moyen de pression contre Israël.
Mais il y a quelques mois, Sobeih a présenté un mémorandum
à la Ligue arabe demandant l’intégration des enfants palestiniens
vivant en Egypte en leur octroyant la nationalité. Une
demande qui a fait l'objet de plusieurs consultations
auprès du ministère de la Justice pour arriver à une solution
appropriée à la préservation des intérêts des Palestiniens.
Wissam Al-Rayès,
membre de l’Union de la Femme Palestinienne (UFP), estime
que le fait d’accorder la nationalité égyptienne aux enfants
de père palestinien et de mère égyptienne n'a que trop
tardé : « En raison de leurs conditions de
vie, ces enfants méritent plus que d’autres d’avoir la
nationalité », a-t-elle affirmé tout en ajoutant
que depuis une cinquantaine d'années, les réfugiés vivent
dans l'espoir du retour. Pourtant, personne ne sait quand
ce conflit sera définitivement résolu. Mais en attendant
ce jour, il est important d'offrir à la cinquième génération
une vie plus décente, d'autant plus que cela ne va nullement
toucher à l'identité palestinienne puisque ces enfants
bénéficieront de la double nationalité.
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Alléger les souffrances des Palestiniens
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| De son côté,
l’UFP tente d’aider les familles défavorisées à subsister
ou à régler les frais de scolarisation des enfants. « Malgré
les difficultés d'ordre matériel, la plupart des Palestiniens
s’obstinent à offrir à leurs enfants un enseignement de haut
niveau. Ils ont en effet le plus fort pourcentage de diplômés
universitaires. Pourtant, ils sont contraints de payer le
prix fort et en devises », explique Wissam.
Pour Zeinab Mohamad,
épouse d’un Palestinien réfugié et installé au Caire depuis
1982, cela revient à se saigner aux quatre veines. Ce n’est
pas avec la maigre retraite que touche son mari du Syndicat
des ouvriers qu'elle peut payer les frais de scolarité de
ses 5 enfants d'autant plus qu'elle doit débourser pour l'aîné,
universitaire, plus de 3 000 livres sterling par an.
Pire encore, ce qui se passe à la fin de chaque année scolaire
pour obtenir le certificat de scolarité, qui permet le renouvellement
de la résidence. Autrement dit, c’est la dernière année qui
est la plus angoissante car si l’argent vient à manquer, les
diplômes ne sont pas délivrés à l'étudiant. Yasser a terminé
ses études depuis six ans. Il ne peut présenter aucun de ses
diplômes pour répondre à une demande d'emploi qui lui convient.
L'administration de l'université ayant refusé de lui remettre
sa licence, étant donné que ses moyens ne lui permettent pas
de rembourser les frais de ses quatre années d’études à la
faculté de droit, soit 8 000 livres sterling. A présent,
ce jeune Palestinien pourra obtenir son diplôme sans aucune
contrainte.
En attendant
de trouver mieux, Yasser travaille comme planton. Comme des
milliers de Palestiniens, il n’a pas hésité dès la promulgation
de la loi à se présenter à l’Organisme de la nationalité et
de l’immigration. Mais, les responsables lui ont répondu que
les demandes ne seront acceptées qu'à partir du mois d’octobre
et qu’il doit également verser une somme de 1 500 L.E.
Un montant exorbitant pour Yasser mais pour lui, cela mérite
des sacrifices. « Il ne s’agit pas seulement d’une
loi, mais aussi d’une occasion à saisir au vol »,
ironise-t–il.
Autre exemple,
même souffrance, Wafaa Abou-Khoussa, mère de 4 enfants palestiniens,
commence à avoir une lueur d'espoir. A chaque voyage, ses
enfants se trouvent bloqués à l'aéroport et ne sont relâchés
que lorsque la police de l'aéroport s'assure que leur résidence
est en règle. « La résidence pour les Palestiniens
n'est plus gratuite et depuis 20 ans je dois payer 120 L.E.
par an pour obtenir une résidence pour chacun de mes 4 enfants,
soit au total 480 L.E. sinon ils risquent d'être rapatriés »,
lâche-t-elle.
Ballottant entre
rêve et réalité, Wafaa ainsi que des milliers des femmes égyptiennes
ayant des enfants palestiniens espèrent que cette décision
sera mise en application le plus tôt possible et sans condition.
Il faudra toutefois attendre les dispositions d'application
de la loi et ensuite l'étude du dossier au cas par cas. On
est encore loin du bout du tunnel. |
| Chahinaz
Gheith |
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Le
parcours du combattant |
A
la suite de la création de l'Etat d'Israël et le début de
l'afflux des réfugiés palestiniens dans différents pays
arabes, le gouvernement égyptien se comportait avec les
Palestiniens de la même façon qu'avec ses propres citoyens,
notamment en ce qui concerne l’éducation. La situation a
ensuite changé. Selon Wissam Al-Rayés, membre à l’UFP, c'est
en 1978 que les problèmes ont commencé à apparaître, suite
à la signature des accords de paix égypto-israéliens et
à l’assassinat de Youssef Al-Sibaï, l’ancien ministre de
la Culture, et membre de la délégation égyptienne qui s'est
rendue à Jérusalem en 1977 par des Palestiniens. En représailles,
les décrets présidentiels n°47 et 48 de juillet 1978 ont
annulé les dispositions prises au temps de Nasser, qui dispensaient
les Palestiniens d'un permis de travail et les autorisaient
même à occuper des postes dans les institutions d’Etat.
Du jour au lendemain, les jeunes Palestiniens se sont trouvés
obligés d'occuper des emplois n'ayant aucun rapport avec
leur formation ; ils n'étaient pas déclarés et donc
sous-payés. Et la plupart ont dû créer leur propre commerce.
Quant à l’éducation, le gouvernement égyptien
leur a ôté le droit à l'enseignement gratuit. Autrement
dit, ils étaient alors traités comme n’importe quel étranger,
obligés de payer des frais de scolarisation exorbitants,
et de surcroît en devises étrangères. Un décret ministériel
va contraindre par la suite l’élève palestinien du cycle
primaire à verser 120 L.E. par an, 160 pour le cycle préparatoire
et 250 pour le cycle secondaire. Quant aux élèves du bac
commercial, ils doivent payer 300 L.E. pour les trois années
du lycée, et ceux de la section technique 420 L.E. D’autre
part, ces étudiants sont contraints de payer la somme de
150 dollars pour obtenir leurs diplômes. En
1991, tous ces frais ont subi une augmentation de 20 %.
A l’université, les choses se compliquent, puisque les frais
exigés sont de l’ordre de 2 000 livres Sterling pour
la première année dans les facultés d’enseignement théorique
et de 1 000 livres Sterling pour les années suivantes.
Ces frais s’élèvent à 3 000 pour les branches scientifiques.
Plus tard en 1995, les choses ont commencé à
devenir plus simples. Un décret présidentiel stipule que
les Palestiniens de mère égyptienne, qui ont suivi leur
scolarité en Egypte, ne verseront que 10 % des
frais requis. En 1997, un autre décret prend
l’initiative d’appliquer cette même règle aux enfants de
mère palestinienne (divorcée ou veuve) et à ceux dont le
père travaille dans une entreprise publique.
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Ch. Gh. |
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