L'Institut Français
d'Archéologie Orientale (IFAO) du Caire vient
de publier Kysis, fouilles de l'IFAO à Douch, oasis de Kharga (1985 - 1990). Un livre
qui offre la synthèse
des fouilles effectuées dans cette région
jusqu'en 1990. Présenté
par Michel Reddé, alors
directeur du site, cet ouvrage s'inscrit
dans une
série de publications consacrées
à l'environnement, à la paléobotanique, aux nécropoles, aux ostraca, au trésor du temple situé dans cette zone. « Le
présent ouvrage
est évidement le fruit de toutes ces années
d'études, menées
tant par nos devanciers
que par nous-mêmes.
Il est le résultat d'un effort collectif, celui des différentes équipes de l'IFAO qui se sont succédé sur le site et dont tous les membres
ont droit
à un hommage mérité », souligne
Michel Reddé dans
la présentation du livre.
Cet ouvrage
est réalisé par une dizaine de chercheurs et se compose de six études
portant surtout
sur la topographie et l'urbanisme de Douch, les fouilles effectuées dans le village, l'histoire de la
céramique romaine trouvée
au sud de l'oasis
Al-Kharga, les temples de Douch et
ses sanctuaires, etc. La colline de Douch est en fait dominée par deux grands ensembles monumentaux : un temple en brique
crue et un gros
qasr, dont les murs, construits eux aussi en brique crue, ont encore, selon les endroits, six à douze mètres
de hauteur. Dans l'une
des enceintes de cet ensemble, un
temple en pierre fort bien conservé, dédié à Osiris et Isis, constitue le but ordinaire d'une visite touristique.
Entre ces
deux ensembles architecturaux, se
reconnaissent les arases
d'un habitat qui s'étend vers
le nord et le nord-est,
sur une pente
assez douce.
Parmi les villages les plus remarquables
de Douch figure Kysis,
situé au centre d'une petite région parsemée de plusieurs villages qui disposent
de leurs propres
terroirs, avec leurs zones de cultures
et leurs nécropoles.
La superficie, relativement
modeste, de Kysis
antique ne la place pas au rang d'une ville. Il s'agit, tout au plus,
d'un gros village, identique
ou même
inférieur par la taille
à ceux que l'on
peut trouver
ailleurs en Egypte.
Les fouilles de l'IFAO qui ont eu lieu exclusivement de 1985 et
1990, dans le village, avaient
essentiellement pour but d'évaluer
le développement de l'habitat,
et d'établir une
chronotypologie du matériel céramique qui faisait alors défaut.
Les fouilles ont
révélé que la toute
première occupation humaine de Douch
est fort ancienne,
mais pour l'instant mal connue. Une datation
révèle une
date calibrée de 2470-2207 av. J.-C. Bien
que le Tell livre
régulièrement divers objets lithiques, on ne peut être sûr
qu'ils appartiennent
à des époques plus anciennes. Ce n'est guère
avant le milieu du
Ve siècle que l'on
constate un véritable développement du sud de l'oasis de Kharga. C'est alors
qu'apparaissent à
Kysis les témoignages matériels concrets d'une vie sociale organisée, avec ses activités économiques et ses préoccupations religieuses. Entre les niveaux de l'Ancien Empire et le
milieu du premier millénaire
av. J.-C., nous ignorons
toute une éventuelle
présence humaine
dans la région. L'approvisionnement en eau existait
sur le Tell : un puits
a été découvert,
creusé dans le grès, un autre, de nature indubitablement artésienne, bien reconnaissable à son grand chenal d'écoulement, existe au nord-est de l'agglomération. Nul doute que
d'autres, qui n'ont
pas été retrouvés, existaient ailleurs. On peut aussi se demander s'il existait dans
l'urbanisme kysite
une zone industrielle spécifique : deux fours à céramique ont,
en effet, été
identifiés à la lisière nord-ouest du village. D'autres encore sont visibles au nord du Tell.
Les estimations démographiques de
Douch ont été
évaluées à
environ un millier d'habitants. Il est difficile, faute de document écrit, d'obtenir des chiffres démographiques précis pour la Kysis
antique. « Les
fouilles sont
trop peu avancées pour qu'il soit actuellement possible de décider si tout l'ensemble de la surface habitée
a été abandonné
à un moment ou à un autre ou
si au contraire un phénomène
de croissance dans
l'espace peut être
observé », indique
Michel Reddé. Certes, les dernières
monnaies découvertes
en fouille datent du Ve siècle. Il n'existe,
en revanche, aucune
monnaie postérieure, pas non plus
de céramique byzantine
ou arabe, ce
qui montre bien
que le site a été radicalement abandonné dans le courant du Ve
siècle, à une
date difficile à préciser.
Il resterait beaucoup à faire pour mieux connaître ce site de l'antique Kysis, où l'on a d'abord
reconnu un site exceptionnel,
en raison du caractère
monumental de ses principaux
vestiges, toujours attractifs
pour les archéologues. « Il resterait, en effet,
à étudier,
beaucoup mieux que nous
n'avons pu
le faire, et avec des moyens d'investigation
beaucoup plus sophistiqués, la chronologie
des premières phases de l'occupation
humaine à Douch,
qui nous échappe
encore largement. Nous ignorons aussi, très largement, le rythme d'évolution de cette mise en valeur
du paysage
et son impact économique, social et culturel.
Enfin, nous sommes
totalement ignorants
du fonctionnement interne de ce grand sanctuaire, qui n'a paradoxalement livré, pour l'instant, aucune archive. On peut donc penser que
ce petit village, très
ensablé, recèle encore de nombreux secrets, riches d'enseignements
sur la vie quotidienne
des hommes, perdus au milieu du grand désert », estime Reddé.