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Mohamad Sobeih,représentant permanent palestinien auprès de la Ligue arabe, explique que les incidents violents qui secouent Gaza sont dus principalement à la pression subie par les Palestiniens et engendrée par l'occupation israélienne.
« Les réformes sont nécessaires,
mais elles ne doivent pas passer par la violence 
»

Al-Ahram Hebdo : Que pensez-vous de la détérioration de la situation sécuritaire à Gaza ?
Mohamad Sobeih : Ce qui se passe à Gaza est inacceptable pour tout Palestinien ou tout Arabe. Mais il faut placer les événements dans leur contexte et dans leurs proportions exactes. Nous vivons dans un cadre démocratique, pluriel, sans restrictions. Et les différentes opinions peuvent s'exprimer par le biais de nos Conseils législatifs, juridiques et politiques ou par les journaux. Et nous n'acceptons pas que cela se passe par des actes violents quelle que soit la raison. Nous sommes déjà victimes d'une des plus violentes occupations que l'Histoire ait connue. Nous devons sauvegarder notre image, notre combat pour la liberté dont témoigne le monde entier. Les événements qui se déroulent en ce moment à Gaza concernent certains groupes qui expriment leurs opinions, mais il ne s'agit pas d'un phénomène général.

— Quelles sont les raisons derrière le déclenchement de ces actes violents à Gaza ?
— D'abord, l'occupation israélienne et toutes les pressions qu'elle engendre sur le peuple palestinien, le manque de communication avec l'extérieur, la pression exercée sur le président, le siège qui est imposé contre lui, tous sont des facteurs qui ont causé les événements que nous visons. Nous sommes certains qu'Israël profitera de ces événements et qu'il pourra infiltrer ses collaborateurs pour envenimer la situation. Nous sommes habitués à cela.

— Certains Palestiniens accusent Mohamad Dahlan, ancien responsable de la sécurité, d'avoir joué un rôle dans le déclenchement des violences, et d'être soutenu par Israël ...
— Je ne cite pas de noms et ne parle de personnes particuliers, mais d'une politique générale ... les réformes sont nécessaires, mais elles ne doivent pas passer par la violence.

— Certains pensent que la corruption est un des facteurs responsables du déclenchement des violences ...
— Nous sommes heureux que la corruption soit discutée publiquement. C'est un point qui compte en faveur de notre peuple et en faveur de l'Autorité palestinienne. Ce n'est pas le cas dans beaucoup de pays et notamment dans le monde arabe. Il faut également différencier entre ceux qui parlent de la corruption pour y remédier et ceux qui en parlent, comme c'est le cas pour Israël, afin de porter atteinte à l'image de l'Autorité palestinienne. Le dossier de corruption a été ouvert par Ehud Barak, et repris par Ariel Sharon. Il faut comprendre les intentions de ce dernier, qu'il n'a d'ailleurs jamais cachées. Il a parlé « d'enterrement » des accords d'Oslo. Dès son arrivée au pouvoir, il a attaqué tous les centres de pouvoir de l'Autorité palestinienne afin qu'elle perde tout contrôle de sécurité. Il a détruit l'économie et l'infrastructure palestinienne, pour que le peuple vive dans le besoin, la faim et la pauvreté. Et donc pour que la situation devient chaotique. Ajoutez à cela le siège du président afin qu'il y ait un vide dans le leadership palestinien et pour que Sharon puisse dire qu'Israël n'a pas de partenaire dans le processus de paix. Mais en dépit de tout cela, ce vide n'existe pas. 60 % des Palestiniens vivent en dessous du seuil de pauvreté, avec un taux très élevé du chômage, les maisons sont détruites, les arbres arrachés. Il faut venir en aide au peuple palestinien pour le faire sortir du cercle dans lequel l'État israélien l'a enfermé.

— Et les divisions à l'intérieur du Fatah ne sont-elles pas également un facteur derrière les incidents violents à Gaza ?
— Les luttes intestines et le fait de s'entretuer n'est pas acceptable. Mais la pluralité existe déjà dans le mouvement et n'est pas nouvelle.

— Les martyrs d'Al-Aqsa ont nié toute relation avec les actes violents perpétrés à Gaza ...
— De nombreux groupes opèrent sous ce nom-là. Lorsqu'on mentionne ce groupe, il faut être précis dans sa définition. Car de nombreux groupes tentent de se confondre avec ce mouvement et profiter de ce nom qui est pourtant sacré.

—La nomination de Moussa Arafat a suscité un mécontentement qui n'est pas étranger aux troubles. Qu'en pensez-vous ?
— Parmi le peuple palestinien, vous ne trouverez pas une personne qui fait l'unanimité, mise à part Yasser Arafat. Et ce sont là les caractéristiques des Palestiniens : la pluralité et la vitalité. Les réformes et la corruption sont des dossiers très vastes, qui engendrent de nombreuses opinions et interprétations. Qu'entend-on par corruption ? Les Palestiniens n'ont reçu que 12 % de l'aide que les pays arabes devaient leur octroyer. Aujourd'hui, le ministre palestinien des Finances cherche comment payer les salaires des fonctionnaires. Donc, il ne faut pas amplifier le problème de corruption, mais nous devons laisser les organes judiciaires s'en charger.

— Le premier ministre, Ahmad Qorei, a finalement retiré sa démission. Le président Arafat a-t-il accepté ses conditions, notamment en ce qui concerne l'autorité sécuritaire qui devait lui être transférée ?
— Le premier ministre a des responsabilités sécuritaires et d'autres non sécuritaires, comme tout les autres premiers ministres des pays arabes. Il devrait avoir des responsabilités similaires à ces derniers. Ce qui serait une erreur, en revanche, c'est d'utiliser (un tel transfert de responsabilité) pour tenter de porter atteinte à la présidence. Ce qui n'est pas le cas avec Ahmad Qorei, qui a une forte relation avec Yasser Arafat.

— Le Caire a appelé à ce que le premier ministre palestinien ait des responsabilités sécuritaires identiques à celle du président ...
— Effectivement, le président Arafat a été convaincu de cette idée.

— Ne pensez-vous pas que ces violences inter-palestiniennes ont affaibli la position palestinienne dans le processus de paix et ont permis à Israël de prétendre qu'il n'y a plus de partenaire avec qui dialoguer ?
— Le fait que les Israéliens disent qu'ils n'ont pas de partenaire n'est pas nouveau. Ils le répètent depuis longtemps. Mais c'est plutôt à nous de dire que nous n'avons pas d'interlocuteurs du côté israélien. C'est Ariel Sharon qui n'a pas su faire accepter le plan de Gaza par son cabinet ministériel. C'est le gouvernement de Sharon qui continue à construire le mur de séparation sur les terres palestiniennes en dépit de l'avis de la Cour Internationale de Justice (CIJ) et de l'Assemblée générale de l'Onu. Celui qui refuse la paix c'est Ariel Sharon.

Propos recueillis par
Heba Zaghloul
 

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