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Handicapés . Ils sont 8 millions en Egypte selon les statistiques de l'Organisation mondiale de la santé. Pour la première fois, une conférence nationale se tiendra en septembre pour examiner leur statut.
A la recherche d'un statut

Manque de formation adaptée, absence d'orientation et difficultés d'insertion au sein de la société. Tel est le lot quotidien des handicapés en Egypte. Ils seraient au nombre de 8 millions entre handicapés physiques et mentaux selon les dernières statistiques de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Et pourtant, aucune politique en faveur de cette catégorie de la population n'a été menée au cours des années passées. Pour pallier cette situation, une conférence se tiendra au mois de septembre prochain au Parti National Démocrate (PND, au pouvoir) pour discuter de la situation des handicapés et des moyens d'améliorer leur statut. « Cette conférence sera la première du genre en Egypte. Elle réunira des sociologues, des représentants d'ONG ainsi que des responsables de centres de réhabilitation pour handicapés », explique Ghada Farag Al-Dorri, responsable de la branche des handicapés au sein du Parti démocrate. « Nous avons demandé à des handicapés de plusieurs gouvernorats de s'exprimer sur les problèmes qu'ils affrontent et nous allons en discuter pendant la conférence », ajoute-t-elle.

Les handicapés sont confrontés à toutes sortes de problèmes : transports, logement, et surtout emploi. « C'est le problème numéro un. Il concerne environ 3 millions d'handicapés. Le problème est l'absence d'orientation et le manque d'une formation adaptée », estime Gahada Farag Al-Dorri. La loi 39 de l'année 1975 relative au travail oblige les établissements gouvernementaux à consacrer 5 % des emplois aux handicapés, mais uniquement « si les besoins le permettent ». Les établissements privés sont tenus d'observer la même règle s'ils comptent plus de 50 employés. Malgré la promulgation l'année dernière d'une nouvelle loi unifiée sur le travail, la clause relative aux handicapés n'a pas changé. « Lier l'emploi des handicapés aux besoins de l'entreprise est une faille importante, car personne ne s'est senti obligé d'appliquer la loi », estime Al-Badri Farghali, député du parti du Rassemblement unioniste progressiste (UPI, gauche), et auteur d'un projet de loi en faveur des handicapés. Al-Badri réclame l'amendement de la loi actuelle et la suppression de la formule « si les besoins le permettent ». Selon lui, le problème de l'emploi est général et ne concerne pas seulement les handicapés. « Cela fait 15 ans que le gouvernement a arrêté le recrutement dans les secteurs gouvernemental et public », se plaint-il.

Bien que diplômé de la faculté des lettres, Khaled a fait le tour des entreprises de sa région à la recherche d'un emploi mais en vain. « Dès que les responsables de ces entreprises apprenaient que je suis handicapé, ils refusaient instamment ma demande », explique-t-il. Et il s'agit là d'un autre problème. « Les employeurs rechignent souvent à employer des handicapés sans qu'il y ait un motif réel. C'est le cas notamment des personnes qui souffrent d'un handicap mental. La plupart d'entre eux peuvent exercer des emplois manuels mais très peu sont engagés dans les entreprises. Il existe de nombreux emplois adaptés que les handicapés peuvent exercer », explique Soraya Métoualli, directrice du secteur de réhabilitation au ministère des Affaires sociales. Selon elle, il ne s'agit pas seulement d'un problème de loi. « Il faut sensibiliser la population afin de venir en aide aux handicapés », assure-t-elle. Soraya Métoualli met également l'accent sur l'absence totale de politique d'insertion. L'Egypte compte pourtant 4 000 associations et unions œuvrant dans le domaine de la réhabilitation des handicapés. De plus, trois ministères sont censés travailler sur le problème, à savoir les ministères de l'Education, de la Santé et des Affaires sociales.

Mounir Fakhri est responsable d'un centre de réhabilitation pour handicapés mentaux situé dans le quartier de Choubra. Il explique les difficultés auxquelles il est confronté. « Lorsqu'on demande à certains établissements privés d'embaucher les handicapés, ils refusent et nous proposent de l'argent en guise d'aide », affirme-t-il. Il ajoute que l'attitude de la société envers les handicapés est négative. « Pourtant, une fois qu'ils ont reçu la formation nécessaire dans des centres spécialisés, les handicapés font preuve de persévérance dans leur travail lorsqu'ils sont employés. Certains ont même pu travailler dans des hôtels, d'autres ont lancé des micro-projets avec l'aide de leurs parents ». Mounir Fakhri affirme avoir déployé un grand effort pour passer un accord entre le centre et une chaîne de restaurants pour employer des handicapés. « Si on arrive à convaincre le secteur privé qu'une personne handicapée peut être aussi rentable qu'une personne normale, alors nous pourrons résoudre le problème du chômage », conclut-il. Pour venir en aide aux handicapés, le ministre des Affaires sociales examine en ce moment un projet d'amendement de la loi du travail. Le projet prévoit notamment des mesures pour encourager les entreprises à recruter les handicapés. La suppression de la formule « si les besoins le permettent » sera également examinée, de même que la révision à la hausse du barème de 5 % imposé par la loi actuelle, et des amendes plus strictes pour les entreprises contrevenantes seront imposées.

Sabah Sabet

 

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