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« Le frère » colonel ... et la décision du roi Farouq !
Par Mohamed Salmawy

Je viens de recevoir par la poste cette semaine deux commentaires de deux amis pour lesquels j'ai beaucoup d'estime : le frère Ahmad Kadhaf Al-Dam, le coordinateur des relations égypto-libyennes, et Mounir Fakhri Abdel-Nour, chef de l'opposition à l'Assemblée du peuple. Ces deux personnes ont commenté des articles que j'ai publiés. Comme ces commentaires me semblent d'une grande importance, j'aimerais en débattre.

Khadaf Al-Dam commente ma manière d'écrire qu'il juge trop sarcastique en parlant du « frère » Moammar Kadhafi. En effet, j'avais émis des critiques quant à l'attitude de Kadhafi pour son renoncement aux Armes de Destruction Massive (ADM) et ce, sans aucune allusion à l'arsenal d'ADM d'Israël. Il est même allé plus loin en conseillant la Syrie de renoncer, elle aussi, à ses armes comme le revendiquent les Etats-Unis et Israël.

Si je badinais en surnommant Kadhafi « frère », comme il aime à être nommé, le coordinateur des relations égypto-libyennes ne se devait pas d'en faire un drame. Le coordinateur a insisté sur le fait que Kadhafi préfère cette appellation à celle par exemple de « votre excellence M. le président ». Il m'a de même expliqué que le président Libyen a déclenché une révolution populaire dont l'objectif était l'égalité entre les différentes couches sociales. Je n'ai sans doute pas besoin de faire remarquer au frère Kadhaf Al-Dam qu'en Egypte nous avons été les premiers à utiliser cette expression au lendemain de la Révolution de Juillet pour exprimer cette même égalité. Toutefois, il m'est difficile de considérer Kadhafi comme un frère, alors qu'il ressasse les propos des Etats-Unis et d'Israël et s'en va même octroyer des conseils à la Syrie pour qu'elle renonce à ses armes. Par ailleurs, je sais que Kadhafi répète actuellement que la Libye est un pays africain et non arabe. Pourtant, il est arabe jusqu'à la moelle. Lors de sa rencontre en Egypte avec des intellectuels il y a quelques années, je me souviens de sa manière provocatrice d'affirmer que la Libye tournerait le dos aux Arabes et qu'elle se considérait dorénavant un pays africain et non arabe. Il avait réussi en effet à choquer son assistance qui a débattu et argumenté sur l'arabité de son pays. Malgré ce débat et cette provocation, Kadhafi désirait en fait que les Arabes défendent l'arabité de son pays parce qu'il avait été blessé à cause de l'attitude passive des Arabes au moment de l'embargo imposé par les Etats-Unis contre son pays. Le seul à l'avoir soutenu selon ses dires était le leader africain Nelson Mandela qui est intervenu en personne auprès du président des Etats-Unis pour défendre la Libye contre l'embargo injuste.

J'avais bien compris que Kadhafi voulait nous inciter à prendre position et j'ai voulu agir de même. Surtout que le président libyen était un vrai frère à l'époque. En le saluant à la fin de la rencontre, je lui demandai la date de sa prochaine visite pour Israël. Il n'avait jamais été question de cela, mais je voulais le provoquer pour qu'il révèle la vérité. Il a rétorqué alors de manière impulsive qu'il ne se rendrait jamais en Israël. Et moi de continuer sur le même ton : N'êtes-vous pas africain et non pas arabe. Il n'y a pas de conflit politique entre les Africains et Israël, pourquoi alors refusez-vous d'y aller ?

Et lui d'insister : Non, je n'irai pas en Israël.

Et moi de poursuivre : Vous êtes donc toujours arabe, vous n'avez pas changé.

Le frère Kadhafi sourit calmement en réalisant qu'il était tombé dans le piège que je lui avais tendu.

Ceci pour expliquer en quelques mots, cher ami Kadhaf Al-Dam, l'essence de ce frère le colonel Kadhafi, comme je l'ai connu et dont les dernières positions m'ont fait mal comme pour beaucoup d'autres.

Vous dites dans votre commentaire que le leader libyen a sauvé par cette nouvelle position la vie de millions de citoyens. Parce que la Libye était un objectif pour les Américains bien avant l'Iraq. Cette manière d'argumenter est peut-être logique, mais permettez-moi de ne pas partager la même opinion. Dans la vie politique, deux écoles existent. La première admet le fait accompli pour sauver la vie de millions de personnes et l'autre essaye de se battre pour changer la situation si elle n'est pas dans l'intérêt des citoyens.
Il existe dans notre monde arabe beaucoup d'adeptes de la première école. Ceux qui prétendent la sagesse pour « sauver les millions de citoyens » approuvent le fait accompli. Kadhafi lui-même attaquait ces personnes et il continue à le faire. Le récent sommet de Tunis en est l'exemple le plus éloquent. D'autant qu'il se considérait comme l'un des adeptes de la deuxième école qui revendique la résistance et non la résignation. Mais apparemment, il a dévié récemment vers la première école sous prétexte que la Libye est visée. Nous sommes tous visés, cher ami, l'Arabie saoudite, l'Egypte la Palestine, le Soudan, la Syrie et dans un futur proche le reste des pays arabes. Ceci veut-il dire que nous sommes obligés de baisser les bras devant les Etats-Unis et obéir à tout ce qu'ils nous demandent ? Vous pouvez donc continuer à le surnommer « frère » dans votre République libyenne, qu'elle soit africaine ou arabe. Quant à nous, nous attendons de revoir le Kadhafi que nous avons connu pour qu'il soit digne d'être surnommé « frère ».

Le deuxième commentaire m'est parvenu de l'ami Mounir Fakhri Abdel-Nour, chef de l'opposition à l'Assemblée du peuple. C'était à propos de mon article sur le nouveau gouvernement où je démontrais que certains reprochaient à ses membres d'être des technocrates sans expérience politique.

J'avais dit dans l'article que la fonction du président du Conseil des ministres en Egypte n'avait pas les prérogatives pour penser la politique du pays et que c'était du ressort du président de la République en personne. J'avais dit également que cette situation prévalait même avant la Révolution et l'adoption du système républicain.

L'ami Mounir Abdel-Nour estime, quant à lui, que le régime politique d'avant la Révolution accordait le droit des prises de grandes décisions politiques au premier ministre, donc à l'autorité exécutive et non au roi. Ainsi, d'après lui, le roi Farouq en décidant de la guerre de Palestine, le faisait en sa qualité de commandant suprême des forces armées et non en tant que roi.

Mais alors une question s'impose : qui est celui qui prend les décisions dans le système ministériel et qui exécute ? Le premier ministre prend-il ses ordres du commandant suprême des forces armées ou le contraire ? Est-il plausible que le commandant suprême des forces armées prenne la décision et engage le premier ministre à l'exécuter ou vice-versa ?

Abdel-Nour m'a fait remarquer que le roi tenait la position du commandant suprême des forces armées, mais je pense toutefois qu'une décision aussi délicate que la guerre ne tenait pas son importance du fait qu'elle ait été prise par le commandant suprême des Forces armées uniquement, mais également parce que le roi en personne tenait ce commandement. Abdel-Nour avance l'exemple de la séance du Parlement durant laquelle cette décision a été débattue. Mais je pense que le premier ministre, en défendant la décision de la guerre devant le Parlement, le faisait parce que c'était le roi en personne qui l'avait prise et ce, alors qu'Ismaïl Sedqi, premier ministre de l'époque, la refusait catégoriquement et que Fouad Serragueddine émettait des réserves contre d'éventuels conflits armés avec les sionistes. Le premier ministre défendait en fait une décision prise par le roi et non pas par le commandant suprême. Si ce dernier n'était pas en même temps le roi du pays, la décision n'aurait pas eu le même impact et aurait peut-être suscité plus d'objections de l'opposition. Mais Abdel-Nour a raison sur le fait que le commandant suprême des forces armées avait pris cette décision en vertu du fait qu'il était aussi le roi du pays.

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