Les pressions internationales sur Khartoum
au sujet de la question du Darfour ne cessent de prendre de
l'ampleur. La Grande-Bretagne se dit désormais prête à mobiliser
5 000 hommes dans le cadre d'une intervention militaire
au Darfour. C'est également la position de l'Australie qui,
de son côté, envisagerait également d'envoyer des troupes
dans le cadre d'une éventuelle intervention des Nations-Unies
dans la région. Ces déclarations viennent soutenir les Etats-Unis
qui cherchent à faire passer au Conseil de sécurité une résolution
menaçant Khartoum de lui imposer des sanctions si ce dernier
ne réagissait pas rapidement pour résoudre la crise humanitaire
dans le Darfour. La résolution est dotée d'un ultimatum :
d'ici un mois, Khartoum doit arrêter et juger les milices
djandjawides accusées d'être soutenues par le gouvernement
soudanais.
Mais
pour Khartoum, ces menaces sont inacceptables. Khartoum accuse
même Washington et Londres d'appliquer les mêmes tactiques
utilisées lors de la guerre contre l'Iraq. En cas de déploiement
de forces étrangères dans le Darfour, le Soudan retirerait
ses forces. Dans « un ou deux mois », les
forces étrangères seront considérées des forces d'occupation
et subiront le même type d'incidents que les forces de la
coalition en Iraq, a prévenu le ministre soudanais des Affaires
étrangères, Moustafa Osmane Ismaïl. Selon lui, les pressions
à l'encontre du Soudan sont injustifiées, car le gouvernement,
en signant un accord le 9 juillet avec Kofi Annan, secrétaire
général de l'Onu, s'est engagé à démilitariser les Djandjawids.
Il faut donc laisser au gouvernement le temps de l'appliquer.
D'ailleurs selon lui, le gouvernement « fait tout
ce qu'il peut pour désarmer les milices ». Il aurait
d'ores et déjà arrêté une centaine de milices et s'apprêterait
à les juger. « Pourquoi devrions-nous nous précipiter
et évoquer une intervention militaire alors que la situation
s'améliore » dans la région, a-t-il ajouté. Moustafa
Osmane Ismaïl a également rejeté le terme de « génocide »
pour qualifier la situation au Darfour, dans un entretien
publié lundi par le quotidien néerlandophone belge De Staandard.
« Ce qui arrive au Darfour n'est pas un génocide.
C'est une crise humanitaire provoquée par des combats qui
ne sont pas de notre faute. (...) Les combats n'ont pas été
initiés par le gouvernement soudanais », a-t-il estimé.
Or, sur le terrain, la situation humanitaire
demeure toujours aussi catastrophique. Les Nations-Unies estiment
même que le nombre de morts aurait atteint 50 000 personnes,
tandis que le nombre de réfugiés serait de 1,2 million. Des
chiffres fort alarmants d'autant plus que l'aide alimentaire
ne parvient pas à la population en détresse.
D'ailleurs, pour le ministre des Affaires
étrangères des Pays-Bas, Bernard Bot, qui assure la présidence
tournante de l'Union européenne, contrairement aux déclarations
du gouvernement soudanais, la situation au Darfour ne montre
pas assez de progrès. M. Bot a déclaré lundi qu'il avait reçu
des assurances du ministre soudanais des Affaires étrangères,
Moustafa Osmane Ismaïl, lors d'une rencontre samedi à Bruxelles.
Ce dernier aurait promis, selon M. Bot « la mise en
œuvre intégrale de l'accord entre les Nations-Unies et le
gouvernement soudanais ». Mais le chef de la diplomatie
néerlandaise a tempéré ses paroles en déclarant : « Bien
sûr, ce ne sont pas les mots qui comptent mais les actes,
et si ces derniers ne sont pas suivis d'effets, alors bien
sûr nous allons reconsidérer (notre position) et considérer
si des sanctions ou bien des mesures sont nécessaires ».
« Ne parlons pas de sanctions avant de voir ce que
ces éléments encourageants vont nous apporter »,
a-t-il ajouté, soulignant que l'UE se réserve le droit d'imposer
« si nécessaire » des sanctions contre le
Soudan sans toutefois en dévoiler la nature.
Pour les rebelles du Darfour, en revanche,
la solution à la crise du Darfour doit passer par une intervention
internationale que ce soit de la part des Etats-Unis, des
Nations-Unies, de l'Union européenne ou de l'Union africaine.
Les rebelles campent toujours sur leur position : pas
de négociation avec le gouvernement soudanais sans que ce
dernier ne désarme les milices djandjawides, et ne résolve
la situation désastreuse qui règne dans la région.