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« L'Orchestre
est la première leçon de la démocratie. Il ne faut absolument
pas que le son d'un instrument dépasse tous les autres afin
d'atteindre une certaine harmonie, un certain équilibre ».
Guy Dongradi, président des jeunes musiciens de la Méditerranée,
exprime ainsi la première chose qu'il essaye d'inculquer à ses
70 collaborateurs, dont 4 Egyptiens du Conservatoire du Caire.
Les musiciens, en provenance de 11 pays différents, se trouvent
réunis dans la ville Corse de Bastia, afin de s'entraîner pendant
1 mois, en collaboration avec des spécialistes de l'Orchestre
des jeunes Euro-Méditerranéens.
Ce n'est pas tout.
Car à Bastia, soit à 117 mètres d'altitude, les musiciens, entre
17 et 24 ans, apprennent à cohabiter ensemble, toute abstraction
faite des différences de religions, langues et nationalités.
En un mois, ils sont censés vivre ensemble tout en devenant
véritables membres d'un Orchestre.
Cette année, l'Orchestre
des jeunes Euro-Méditerranéens célèbre ses 20 ans. Créé en 1984
à l'initiative du département méridional Provence-Alpes-Côte
d'Azur (ou le PACA, du midi de la France), il vise à renforcer
les liens politiques et culturels entre les diverses villes
de la région méditerranéenne. Le PACA a depuis toujours soutenu
financièrement l'orchestre dirigé par Pierre Jacques depuis
l'an 2001. Ce dernier emmène alors son Orchestre, tous les ans,
à une ville différente de la région dans des stages de perfectionnement
et puis les musiciens partent en tournée aux quatre coins du
bassin Méditerranéen.
Les villes hôtes
et celles dont les musiciens sont originaires sont censées avoir
signé des accords de coopération avec la CAPA.
Ainsi, le Conservatoire
du Caire, fondé dans les années 1960, n'est pas épargné. Ses
musiciens figurent en tête de liste des artistes sélectionnés,
car dotés du niveau artistique requis.
Par ailleurs, Pierre
Jacques, directeur artistique de l'Orchestre, avait demandé
à Philippe Gouttenoire et Jean Christophe de composer deux morceaux
inspirés des lieux et destinés à être exclusivement joués par
l'Orchestre. Gouttenoire a trouvé ses sources d'inspiration
dans la nature de l'île corse, alors que Marti a puisé dans
les musiques méditerranéennes. Les compositeurs voient alors
la mise à jour de leurs morceaux par des jeunes musiciens, communiquent
avec eux, modifient certaines parties tout en leur faisant parvenir
l'essence même de leur œuvre.
Cette expérience
unique en son genre n'est pas sans marquer le chef d'Orchestre,
Roland Hayrabedian, lequel conduit les jeunes musiciens depuis
voilà 3 ans. Il se lance chaque année dans une nouvelle aventure,
avec de nouveaux musiciens. Cette année, il se délecte, en travaillant
avec des artistes talentueux qui ont le sens de la responsabilité.
« Ils s'entraînent plus de six heures par jour, sans regarder
leurs montres. Ce ne sont pas des fonctionnaires », s'exclame
Hayrabedian.
La cantatrice d'origine
grecque installée en France Angelica Cathariou n'a pas manqué
pour sa part d'exprimer sa vive joie, en collaborant avec cet
orchestre jeune. « Malgré le peu d'expérience qu'ils ont,
les musiciens ne tardent pas à s'intégrer, nous faisant oublier
qu'ils ne sont pas encore des professionnels. On finit par faire
face à des interprètes de qualité », dit-elle.
Le quatre Egyptiens
de cette année sont : Khaled Eweida, Moustapha Ismaïl Zaki
et Khaled Saleh (violon), et Suzanne Abd Rabo Saber (viola).
Ce sont le directeur et le maestro de l'Orchestre qui ont opéré
une tournée artistique au cours de laquelle ils ont choisi leurs
collaborateurs parmi les jeunes Méditerranéens.
Les musiciens ont
passé les deux premières semaines du stage complètement isolés
du reste du monde, au sein d'un couvent. L'harmonie semble être
le mot clé de cette rencontre, où la musique ne fait plus place
aux dissidences. « Aucun affrontement. L'une des Israéliens
faisant partie du groupe parlait parfaitement l'arabe. Ils étaient
tous assez neutres », indique le violoniste Khaled Eweida.
Et c'est à Suzanne Saber d'ajouter : « On a commencé
à lier amitié avec tout le monde, avant de quitter l'aéroport.
Les frontières se sont vite évaporées, notamment en écoutant
des cassettes de chez nous et en mangeant des pâtisseries orientales ».
Khaled
Saleh, le seul à avoir fait partie de l'orchestre en 2002 au
Maroc et en 2003 en Italie, a dépassé de loin la barrière de
la langue. Bien que le groupe de violonistes avec qui il travaille
ne parle que français, il assimile parfaitement la démarche
à suivre. Il n'est qu'à sa troisième année d'études au Conservatoire,
mais sa sensibilité musicale le rend toujours éligible.
Quant à Suzanne
Saber, elle a fait son entrée au Conservatoire dès la troisième
année primaire. Elle est membre de l'Orchestre symphonique du
Caire et la benjamine de l'Orchestre euro-méditerranéen.
Khaled Eweida et
Moustapha Ismaïl Zaki, fraîchement diplômés du Conservatoire,
ont depuis toujours joué avec l'Orchestre de ce dernier. Khaled
Eweida, lui, s'intéresse particulièrement à l'arrangement musical
comme son propre père. Moustapha Ismaïl Zaki espère entamer
des études supérieures et s'engager à l'Orchestre symphonique
du Caire.
Le stage débute
par 10 jours d'entraînement instrumental de 9h30 à 12h30 et
de 16h30 à 19h30. Les musiciens sont répartis en groupes pour :
violon, viola, percussions, cuivres, etc. Les professeurs sont
sélectionnés parmi des musiciens renommés tels les violonistes
Sarah Nemtanu et Raymond Glatard, solistes de l'Orchestre symphonique
français, et Bujar Sykja, ancien doyen de l'Académie albanaise
des arts.
Le jour du concert,
le chef d'orchestre se lance de plain pied dans l'aventure.
Il redécouvre ses musiciens ainsi que les morceaux exclusifs
qu'ils jouent. Tous les groupes se trouvent ainsi rassemblés
d'abord à Bastia, ensuite ils se produiront successivement à
Ajaccio, Marseille (en France) et San Galgano, Santa Fiora et
Spolito (en Italie).
En fait, ces concerts
sont le fruit d'un mois que l'on prépare tout au long de l'année.
Chacun des organisateurs met de côté sa vie privée pendant ce
mois-ci, pour s'intégrer, faire partie du groupe et penser le
menu détail afin de pourvoir les besoins des jeunes musiciens
au quotidien.
Cette rencontre
qui prend fin le 31 juillet laisse un vide immense dans la vie
de ces artistes réunis, qui ont de la peine à retrouver le train-train
quotidien de leur propre vie. Ils restent dans l'attente d'une
nouvelle aventure, un nouvel orchestre. L'expérience ne recommencera
qu'une année plus tard. |