« Pas
d'accord, c'est mieux qu'un mauvais accord »,
juge Samir Amin, penseur et directeur du Forum du tiers
monde, en commentant les négociations en cours sur le
dossier des subventions énormes versées par les pays
développés à leurs secteurs agricoles. Et il semble
que les pays en voie de développement, apparemment dos
au mur, ont choisi de suivre ce conseil. Pour Amin,
« pas d'accord » signifie qu'il y a
encore une chance d'aboutir, un peu plus tard à de meilleurs
termes. Au cours des négociations de cette semaine à
Genève, l'OMC a tenté de rapprocher les points de vue
de ses membres en publiant un projet de texte de compromis
afin d'annuler les subventions nationales (soutiens
internes, subventions à l'exportation) et à éliminer
les barrières douanières à l'exportation (accès au marché).
Il s'agit d'un projet d'accord intermédiaire fixant
le cadre de la négociation, qui se poursuivra ultérieurement
avec le détail des chiffres et des calendriers d'application.
Mais à quelques jours de l'échéance du cycle de Doha
fixée à la fin juillet pour trouver un règlement au
dossier agricole, les pays en développement peinent
toujours à aboutir à un compromis sur ce qu'on appelle
désormais l'agenda de juillet, censé remettre les négociations
sur la libéralisation du commerce sur les rails. Ce
compromis, s'il est atteint, signifierait la reprise
des négociations sur les autres dossiers du cycle de
Doha, dont l'échéance théorique tombe fin 2004.
Lors des dernières réunions ministérielles des pays
membres de l'OMC, à Cancun en septembre 2003, les pays
du Sud ont refusé d'engager la discussion sur ce qu'on
appelle les sujets de Singapour (investissement, marchés
publics et concurrence) tant que les pays riches refusent
de faire des concessions sur le volet agricole.
Or, le groupe des pays du Sud, baptisé G20, n'est pas
sur la même longueur d'onde en ce qui concerne ce dossier
agricole. Cependant, les rangs se sont resserrés avant
les négociations en cours à Genève. « Les pays du G20 s'intéressent au dossier agricole,
malgré une légère divergence d'intérêts pour chaque
pays ». A titre d'exemple, l'Egypte appuie
l'élimination des subventions des produits agricoles.
Bien que cela signifie une augmentation de la facture
de ses importations agro-alimentaires. Mais d'une autre
part, l'Egypte profitera de l'élimination des subventions
de l'Etat américain aux agriculteurs du coton. « Nos
exportations du coton ont été affectées à cause de ces
subventions », a souligné Gamal Siyam, président
du Centre des études économiques auprès de la faculté
d'agronomie.
Toujours en ce qui concerne le coton, les pays africains,
qui estiment que les aides versées par Washington à
ses producteurs faussent les cours du marché mondial,
exigent que ce dossier soit traité à part, ce que refusent
les Américains.
En gros, le groupe des pays émergents du G20 emmené
par le Brésil et l'Inde et dont l'Egypte fait partie
tente d'arracher des avancées notables. Il exige d'importants
changements au dernier texte de compromis concocté par
l'OMC et qui a été refusé par la France. Pour le G20,
le document fait la part trop belle aux pays développés
en matière agricole. « Il
y a un déséquilibre flagrant entre certains points majeurs
qui sont garantis d'entrée de jeu pour les pays développées
qui sont laissés pour la phase suivante des négociations »,
selon la déclaration du G20. « Nous
allons vers un nouvel échec, si les pays en voie de
développement n'aboutissent pas à des résultats concrets
en ce qui concerne les subventions agricoles, la concurrence
des exportations, la réduction du soutien interne et
une réduction des tarifs douaniers », a souligné
un responsable au ministère égyptien des Affaires étrangères
qui a requis l'anonymat. Or, ce texte accepté comme
base de travail par l'ensemble des négociateurs, a aussi
été critiqué par des pays développés. Les Européens
ont accepté de négocier la fin de leurs subventions
à l'exportation, réclamée de longue date par leurs partenaires,
mais seulement si les Etats-Unis cessent de verser des
crédits à l'exportation à leurs agriculteurs.
De nombreux secteurs redoutent ainsi que l'agriculture,
qui ne représente que 9 % des exportations mondiales
de marchandises, ne tienne en otage l'ensemble de la
discussion et empêche le développement du commerce des
produits industriels et des services.