| Comment Gaza sera-t-elle gérée ?
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| Par
Mohamed Sid-Ahmed |
Quelle
sera la situation à Gaza après le retrait des
troupes israéliennes et l'évacuation des colonies
juives installées sur ses territoires ?
Cette question alimente une série de spéculations.
Il est envisageable que Sharon soit sérieux
dans son plan de retrait, et que ce plan soit
régi avant tout par l'intérêt d'Israël et non
pas par les pressions étrangères. Malheureusement,
tout dépend de Sharon, c'est lui le promoteur
de la situation alors que les différentes parties
arabes ne font que réagir.
Il
est vrai que Sharon est le dirigeant israélien
le plus déterminé à construire des colonies
dans les territoires occupés. Mais en même temps,
il ne souhaite pas que ces colonies soient à
l'origine de troubles. En effet, Gaza ne représente
que 5,8 % de la superficie totale de la
Cisjordanie et de la bande de Gaza. Elle est
habitée par 1,2 million de Palestiniens, dont
80 % sont des réfugiés. Ils occupent entre
60 et 70 % de sa superficie, alors que
le reste est habité par 7 500 colons répartis
sur 23 colonies. Ceci signifie que la bande
de Gaza est en train de se transformer en bombe
à retardement qui pourrait exploser à tout moment.
D'où la décision de retrait de Sharon.Sharon
a en effet géré les heurts entre Palestiniens
et Israéliens dans la bande de Gaza et en Cisjordanie
de deux manières différentes. A Gaza, il a adopté
un plan de retrait, et en Cisjordanie, il a
érigé un mur de séparation jugé illégitime par
la Cour Internationale de Justice (CIJ), qui
réclame son démantèlement. Une résolution onusienne
adoptée à une écrasante majorité (180 voix contre
6, et 10 abstentions) l'a également condamnée.
Mais le verdict de la CIJ, ainsi que la résolution
onusienne ne sont pas contraignants et les Etats-Unis
peuvent recourir à leur veto pour les contrer.
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Un conflit interpalestinien
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| La
décision de Sharon de procéder à un retrait unilatéral
de Gaza a été accompagnée par une explosion sans
précédent dans les rangs de l'Autorité palestinienne.
Les Palestiniens ont trouvé qu'ils avaient enfin
une chance de récupérer ne serait-ce qu'une parcelle
de leurs territoires. Cette situation leur a ouvert
de nouveaux horizons. Elle leur a permis de demander
des comptes aux différents protagonistes de l'Autorité
palestinienne et de procéder à une réévaluation
de leur action au cours de la période passée.On
croyait au début que si un conflit interpalestinien
se déclenchait un jour, il opposerait l'Autorité
palestinienne au Hamas.
C'est-à-dire qu'il opposerait les Palestiniens
qui se sont engagés dans un processus de règlement
avec Israël à ceux qui ont refusé de déposer les
armes. Mais le conflit le plus grave a éclaté
au sein même du Fatah. Plus précisément entre Arafat, que Sharon et Bush veulent écarter,
et certains de ses collaborateurs qui ont rempli
des fonctions au sein des appareils de sécurité
palestiniens. Ces derniers sont perçus par le
peuple, qui a beaucoup souffert, comme des bénéficiaires
qui ont abusé de leur pouvoir et sont entrés dans
la corruption. En
réalité, il ne faut pas prendre la décision de
Sharon de se retirer de Gaza comme étant uniquement
une mesure défensive afin d'échapper au piège
démographique et faire face à la croissance de
la population palestinienne de ce territoire (plus
d'un million d'habitants), il s'agit aussi d'une
mesure offensive, un premier pas vers un remodelage
de la région dans le contexte des nouvelles données
mondiales.Les
Palestiniens pourraient croire qu'ils vont récupérer
Gaza gratuitement. Mais les effroyables conflits
interpalestiniens qui ont surgi dernièrement sur
la scène montrent qu'une telle pensée est erronée
et qu'il s'agit avant tout d'un piège. Ce retrait
pose une question très importante : Comment
Sharon, qui a consacré toute sa vie à bâtir des
colonies, procède-t-il aujourd'hui à leur démantèlement
sans raison apparente ? Les militants palestiniens
qui ont résisté à l'occupation israélienne et
qui ont fait de grands sacrifices s'attribuent
ce mérite. Ceci a troublé ceux qui n'ont pas résisté
et qui ont, en outre, profité des sacrifices des
autres pour s'enrichir. C'est ainsi que ces conflits
meurtriers ont éclaté dans les rangs palestiniens.La
crise a été enfin contenue — semble-t-il —
après qu'Arafat eut accepté de renoncer à certaines
de ses prérogatives. Mais on ne sait pas précisément
quel a été le facteur déterminant dans cette affaire.
Qui a incité Arafat à prendre cette décision ?
Javier Solana, le coordinateur européen pour la
politique étrangère, a laissé entendre que l'Union
européenne pourrait revoir son soutien au président
palestinien au cas où le premier ministre Ahmad
Qorei quitterait son poste. D'autre part, le premier
ministre britannique Tony Blair a demandé à Arafat
d'accorder plus de prérogatives à son premier
ministre et au ministre de la Sécurité pour permettre
une relance de la Feuille de route. Arafat a accepté
la majeure partie des exigences formulées par
Qorei, notamment le fait de réunir les services
de sécurité palestiniens en trois appareils uniquement.
Mais ce qui s'est passé est-il un conflit de pouvoir ?
S'agit-il d'un problème soulevé par la lutte antiterroriste ?
Enfin, quelle tournure ces crises prendront-elles
après le retrait effectif de Gaza ? |
Une nouvelle entité
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| Ce
qui est certain en tout cas, c'est qu'une nouvelle
entité naîtra. Ce ne sera ni un Etat palestinien
ni une partie des territoires occupés. Ce qui
retient l'attention, c'est que Sharon essaye de
convaincre l'Egypte qu'elle a un intérêt commun
avec Israël, celui d'éviter le vide sécuritaire
aux frontières pour que celles-ci ne deviennent
pas le théâtre de heurts aux conséquences dangereuses.
Sharon essaye de tempérer l'Egypte pour essayer
de ramener la situation à ce qu'elle était avant
la guerre de 1967. Autrement dit, il souhaite
que l'Egypte soit le bouclier qui protège Israël
contre le « terrorisme »
palestinien au lieu d'être le bouclier qui protège
les Palestiniens de l'oppression israélienne !
Et ceci pour qu'Israël n'apparaisse pas lors du
retrait comme étant la partie vaincue. Au lieu
donc de s'engager dans un processus de règlement
réunissant les différentes parties, Sharon tente
de lancer une coopération entre l'Egypte et la
partie la plus forte, Israël, pour contraindre
la partie la plus faible, la Palestine, à appliquer
les plans israéliens !Sharon
a déclaré : « Le mur de séparation peut-être démoli, tout
dépendra du comportement des Palestiniens ».En
fait, ce mur est un outil flexible et Sharon peut
s'en servir pour élargir ou restreindre l'étendue
des territoires qui seront restitués aux Palestiniens
et par conséquent retracer les frontières de l'Etat
palestinien à sa guise et conformément à ses conceptions.
Il
reste à concilier la vision de Sharon et celle
de Bush sur la création de l'Etat palestinien.
L'Administration Bush n'a pas déterminé de frontières
pour le futur Etat palestinien. Elle n'a établi
aucune relation entre cet Etat et Jérusalem. Partant,
il n'y a aucune contradiction fondamentale entre
les visions de Sharon et de Bush à cet effet.Reste
à dire que l'objectif du retrait de Gaza est de
trancher le problème de l'Etat palestinien conformément
à une formule acceptée par Sharon et Bush. Ceci
signifie se débarrasser définitivement d'Arafat,
de l'Autorité palestinienne et de la cause palestinienne.
Ceci signifie également mettre à profit les divisions
arabes actuelles pour imposer de nouveaux faits.
Les propos de Bush affirmant que de nouvelles
considérations sont apparues sur le terrain doivent
être prises en compte. |
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La
réforme politique
et la lutte nationale
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Par Dr Mohamad Sayed Saïd* |
La
lutte nationale vient de nouveau s'associer
à la réforme démocratique dans de nombreux pays
arabes qui affrontent les deux impérialismes
américain et sioniste. Ce lien avait disparu
après les indépendances. Le besoin de réformes
politiques et démocratiques est le plus pressant
dans les territoires occupés où le peuple palestinien
mène une lutte nationale. Avec l'arrivée au
pouvoir d'Arafat, non seulement la démocratie
a disparu dans le fonctionnement du mouvement
national palestinien, mais aussi dans la prise
de décision. Cependant, le peuple palestinien
ne s'est pas rendu compte de cette absence si
ce n'est au sein de cercles étroits de militants
civils dans les territoires occupés, notamment
en Cisjordanie. Même dans les cercles des partisans
de la révolution palestinienne en Egypte et
dans les pays arabes, la critique démocratique,
éthique et culturelle du leadership palestinien
n'occupait pas une place importante. La majorité
étant convaincue que ce n'était pas le moment
des critiques. On disait que le peuple palestinien
n'avait pas encore bâti son Etat. Cependant,
cette façon de voir néglige le fait que le besoin
de réforme est plus important pour une organisation
révolutionnaire que pour un régime politique
dans un pays indépendant. Il existe un autre
argument qui justifie l'absence de démocratie.
A savoir qu'Israël serait le seul bénéficiaire
de tout différend palestinien autour du leadership
ou de la politique palestinienne. C'est pourquoi
l'instinct de la haine pour les Etats-Unis s'est
automatiquement déclenché de sorte que les militants
palestiniens ont de manière générale refusé
le changement de leur leadership ou la réforme
de leur régime pour la seule raison que le président
américain l'a réclamé dans son célèbre discours
du 24 juin 2002.
C'est une conception des choses totalement absurde. La corruption
mine depuis des dizaines d'années les institutions
de la lutte. Que signifie par exemple aussi
le fait que seule la personne du président Arafat
soit la seule à posséder le numéro de compte
de l'OLP ?
Il est certain que la responsabilité de cette étrange situation
incombe à tous les gouvernements arabes, voire
à toutes les forces internationales qui n'ont
commencé à accorder de l'importance au principe
du rendre-compte financier que lorsqu'ils ont
commencé à s'exaspérer d'Arafat à cause de ses
positions politiques. Mais tous sont partenaires
dans cette responsabilité car tous ont refusé
de placer la question de la réforme politique
et financière palestinienne sur leur agenda,
bien qu'elle soit pressante depuis 30 ans. Ces
réalités étaient hallucinantes pour les personnes
simples des divers pays arabes qui luttaient
pour collecter des dons et chercher un soutien
politique à la lutte palestinienne. L'argument
qu'Israël est le seul bénéficiaire de l'ouverture
et de la transparence dans les rangs israéliens
a muselé les personnes revendiquant la réforme
globale à l'intérieur aussi bien qu'à l'extérieur
de l'OLP et de la Palestine.
Personne ne s'est longtemps attardé sur les répercussions de
la corruption comme procédé de domination. La
corruption s'est traduite depuis longtemps par
la nomination arbitraire des cadres de la révolution
palestinienne, y compris les cadres militaires.
La performance militaire désastreuse des forces
palestiniennes au Sud-Liban en est la principale
conséquence. Cependant, la direction palestinienne
ne s'est pas départie de ce procédé dans les
nominations. Un procédé qui a mené à un état
de chaos total et qui a rendu l'expérience de
la fondation du pouvoir dans les territoires
occupés l'une des plus désastreuses malgré les
énormes sacrifices et la lutte glorieuse du
peuple palestinien. En fait, la lutte nationale
palestinienne, notamment au sein des territoires
occupés, persiste et non grâce à ce type de
direction, un procédé étrange à tout mouvement
de libération nationale. Les véritables militants
ont émergé des classes les plus pauvres et les
plus démunies alors que les grands dirigeants
des services de sécurité en lesquels Arafat
a placé sa confiance n'ont pas accompli le moindre
effort après l'explosion de l'Intifada.
La chose qui profite à Israël n'est pas l'élimination de la
corruption mais le fait de passer sous silence
ces choses. Heureusement que cette fois-ci,
ce ne sont pas les intellectuels ou les militants
civils et politiques dans les territoires palestiniens
ou dans les autres pays arabes qui ont soulevé
ce sujet mais des cadres des Brigades des martyrs
d'Al-Aqsa. En effet, personne ne peut mettre
en doute leur loyauté à la cause nationale.
Les militants des camps, probablement à cause du manque d'expérience,
ont soulevé la question en tant que cas individuels
isolés et non en tant que procédé de leadership.
C'est pourquoi il est fort probable qu'Arafat
réussisse en fin de compte à tergiverser car
il possède tout simplement la richesse et le
pouvoir à la fois sans oublier la légitimité
juridique et l'expérience de la survie malgré
les intempéries. Personne n'a pu parvenir à
un procédé pour le convaincre que l'intérêt
de la nation est plus important que la défense
de son pouvoir despote. Il est parvenu à renverser
le gouvernement d'Abou-Mazen qui aurait pu obtenir
bien plus que le retrait de Gaza et avant que
Sharon ne parvienne à imposer le recul à la
lutte palestinienne et la cloîtrer dans la revendication
de la démolition du mur de séparation. L'occasion
du retrait de Gaza peut se perdre et le mouvement
national palestinien peut s'affaiblir si des
réformes politiques immédiates ne sont pas effectuées,
permettant à une nouvelle génération de militants
palestiniens de prendre en main la direction.
Le seul espoir est que les institutions et les forces du peuple
palestinien élaborent un plan d'action global
interne et externe approuvé par toutes les couches
de la société.
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| Directeur du CEPS d'Al-Ahram |
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