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| Transport
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60 % des bus de l'Organisme des transports publics sont dans
un état déplorable. Les chauffeurs travaillent
parfois 19 heures par jour pour un maigre salaire. Résultat,
des accidents à répétition et un calvaire
pour les 4,5 millions d’usagers. |
| Les
bombes à quatre roues |
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Pendre
un bus public au Caire peut s'avérer très dangereux.
C'est une aventure quotidienne pour 4,5 millions d'usagers.
Il faut courir, avoir du souffle, des muscles, les nerfs bien
solides et avoir le goût du risque. Il faut dire que les
usagers qui ne peuvent pas se permettre de payer un ticket à
plus de 25 piastres n'ont pas le choix et le prennent plutôt
comme une fatalité. L’Organisme des transports
publics croule sous les problèmes et le déficit
financier, et la maintenance des véhicules est presque
inexistence, d'où une série d'accidents enregistrés
ces derniers temps. Il y a eu cet autobus qui a pris feu lorsqu’un
réchaud à gaz a pris feu au contact d'une cigarette.
Pourtant, il est normalement interdit de fumer dans les bus.
Bilan : huit passagers ont péri et sept autres sont grièvement
blessés. Autre drame : celui d'un autobus qui roulait
à grande vitesse sur la corniche de Maadi. Le chauffeur
a perdu le contrôle de son véhicule et a percuté
un autre autobus venant en sens inverse. Bilan : 16 morts et
62 blessés graves. La presse rappelle presque quotidiennement
des catastrophes qui suscitent l'émoi. Comment expliquer
cette recrudescence d'accidents mortels ?
Souvent, ce sont les chauffeurs qui sont pointés des
doigts. Accusés d’impassibilité, ils sont
souvent les plus agressifs, les plus pressés et les moins
soucieux de la sécurité des autres. Cependant,
la réalité est parfois contrastée.
Terminus de Boulaq Al-Dakrour, quartier populaire du Caire.
L'autobus s'arrête pour faire monter les gens. Il est
plein à craquer à tel point qu'il prendra sa route
visiblement incliné d’un côté. Même
les marchepieds sont assaillis par les passagers. Le véhicule
branlant a du mal à circuler et on est étonné
qu'il n'ait pas été réformé. L'intérieur
du véhicule est dans un état lamentable, les sièges
sont usés, déboîtés de leurs socles,
avec parfois des clous qui jaillissent et blessent les personnes.
Les vitres sont cassées et laissent passer les courants
d'air. Bref, que l'on soit à l'intérieur ou à
l'extérieur, assis ou debout ou ressortant sa tête
par une porte ou une fenêtre, tous les passagers ne sont
pas en sécurité.
Un véritable parcours du combattant où la puissance
d'action, l'agilité et les gabarits se mettent à
l'œuvre et où la concurrence est toujours impitoyable.
Le bus commence à rouler à grande vitesse et les
passagers ont droit à un coup de frein sec. Résultat,
tout le monde est projeté vers l'avant puis vers l'arrière.
Mais le pire est que le support, cette barre de fer rouillée
à laquelle s'agrippent les passagers ne cesse de bouger
et avec le premier coup de frein, elle s'abat sur la tête
des usagers qui crient de peur. Chacun prend son mal en patience.
Soudain, une odeur de fumée se fait sentir. Pensant que
celle-ci pourrait provenir du tuyau d'échappement, les
passagers ne font pas attention, mais une voiture circulant
à côté signale un danger au conducteur qui
ne semble pas se soucier et continue sa route comme s'il ne
se passait rien. Il accélère sa vitesse tout en
tentant de calmer certains passagers effrayés. «
Que puis-je faire d'autre ? C'est la cinquième fois que
j'avertis le garage que j'ai un problème avec la pompe
à huile et qu'elle doit être changée. Chaque
fois l'autobus sort ou rentre avec un problème mécanique.
La semaine dernière, c'étaient les freins qui
ne fonctionnaient pas et aujourd'hui, c'est cette fumée
», explique Hassan, chauffeur depuis 10 ans à l'Organisme
des transports publics. Et s'il refuse de conduire un autobus
pour des raisons mécaniques, il risque des ponctions
sur salaire. « En fait, l’Organisme des transports
publics a des problèmes d'ordre financier et il n’est
donc pas capable d'assurer la maintenance de ces véhicules,
en service depuis plus de 12 ans et dont 60 % ne devrait plus
rouler », explique Nabil Al-Mazni, président de
l’organisme. Selon lui, pour maintenir ces autobus, qui
circulent de 18 à 20 heures par jour, en bon état
de marche, il aurait fallu les remplacer par d'autres tous les
4 ans, à l'instar de ce qui se fait dans les pays développés.
Mais en Egypte, et par manque de moyens, on rafistole comme
on le peut.
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Des conditions
déplorables
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| Cependant,
les chauffeurs subissent aussi d'autres contraintes. «
Il est vrai que certains chauffeurs font de l'excès de
zèle, mais nous ne sommes pas les seuls à blâmer.
Nos conditions de travail sont déplorables. Nous sommes
responsables de milliers de vies humaines et tous les jours,
nous sommes traités comme du poisson pourri »,
s’indigne Hassan, chauffeur d'autobus tout en ajoutant
que dans l'autobus qui a pris feu à cause de la bonbonne
de gaz, le receveur et le chauffeur ne sont pas les fautifs.
« Comment voulez-vous interdire un passager de fumer une
cigarette et en même temps contrôler un autre qui
a dissimulé une bonbonne de gaz dans un sac et tout cela
dans un bus plein à craquer ? », se plaint-il tout
en ajoutant qu'il arrive à peine à se souvenir
des gens qui ont payé leurs tickets à cause de
la cohue qui le contraint souvent à l'immobilité.
« Et même si on interdit un passager de fumer, il
risque de nous bombarder d'insultes ».
D'ailleurs, les maigres salaires des chauffeurs d'autobus ont
poussé certains d'entre eux à ne se soucier que
du kilométrage et de la caisse. Ils prennent des raccourcis,
changent de direction et ne s'arrêtent jamais aux stations
qui se trouvent dans les rues encombrées. « Dès
le 15 du mois, je me retrouve avec les poches vides »,
se plaint-il. Théoriquement, le salaire mensuel de base
d'un chauffeur, ajouté aux primes, doit atteindre les
300 L.E. La réalité est plus contrastée.
Les déductions sur salaire font que la somme qu'ils perçoivent
est bien moins élevée : cotisations syndicales,
association des chauffeurs, assurance-vie, cotisations pour
la retraite, impôts. « Avec tout cela, il ne reste
pas grand-chose », proteste Fahmi, 45 ans. En cas d'accident,
le quart du salaire est automatiquement retranché chaque
mois pour rembourser les dégâts. Et pour arrondir
les fins de mois, une seule solution : faire des kilomètres
et encore des kilomètres pour gagner des primes et encore
des primes. Il est obligé de faire des heures et des
heures supplémentaires pour rembourser ses dettes. «
Je travaille 19h par jour pour gagner 300 L.E. à la fin
du mois. Une somme que mes collègues m'envient. Ma retraite
est modeste et je dois travailler jusqu’à ma mort
pour subvenir aux besoins de ma famille », explique l'un
d'eux.
Dans le bus, Zaki, le chauffeur, est assis sur un siège
complètement éventré, les vitres qui l'entourent
sont cassées. Il doit se protéger le dos à
l'aide d'une serviette pour ne pas attraper froid car il transpire
beaucoup. « L'autobus que je conduis aurait dû être
réformé depuis des lustres. Pourtant, je dois
prendre le volant même si je sais que c’est dangereux
et que je serai tenu pour responsable en cas d’accident.
En cas d’incendie, il faut que je me débrouille
avec les moyens du bord, alors que je sais que l’autobus
n’est pas équipé d’extincteurs »,
avance-t-il tout en avertissant les passagers qu'il ne s'arrêtera
pas à la prochaine station à cause de l'embouteillage.
Hamed, un passager, s'apprête alors à littéralement
sauter du bus. Mais pour le faire, il faut se préparer
à l'avance et calculer le bon moment pour toucher le
sol sans dégâts. Un geste audacieux et qui nécessite
de la prouesse, car il faut tomber sur ses deux pieds tout en
gardant son dos droit vers l'arrière pour pouvoir freiner
sa course. Mais le pauvre homme a perdu son équilibre.
Il a trébuché. « Heureusement, je m'en suis
sorti avec de simples égratignures, j'aurai pu être
écrasé par une voiture », lance-t-il en
souriant. |
| Chahinaz
Gheith |
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