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Francfort . Parmi les 6 600 exposants présentant environ 350 000 livres et produits électroniques venant de plus de 100 pays, le monde arabe sera au rendez-vous de la 56e Foire du livre de Francfort, du 6 au 10 octobre prochain.

Le monde arabe à l'honneur

« La participation arabe au programme de la Foire du livre de Francfort est marquée par le même esprit que la Foire du livre du Caire ». Ce constat dans l'hebdomadaire Akhbar Al-Adab, et dans les coulisses du monde intellectuel, n'avance à rien. Le programme est déjà fixé, fruit de discussions et de recherches menées depuis 7 mois, les noms des intervenants sont déjà annoncés. Nous n'allons pas adopter le pessimisme de nos collègues. L'occasion est là de donner la parole à un invité d'honneur, chaque année, à la prestigieuse Foire de Francfort, et de céder cette fois la place à toute une région : le monde arabe.
Il ne faut pas s'attarder sur le programme surchargé, les sujets répétitifs, la contradiction dans les horaires des colloques, l'absence de quelques noms imminents soit d'intervenants, soit des sociétés artistiques qui monteront leurs œuvres en marge de cet événement.
Même si la programmation est gérée par une vision très officielle quant aux choix traditionnel des colloques (à titre d'exemple « La réforme et les droits de l'homme dans le Monde arabe » ou « L'Islam et les défis de l'époque »), suivant les mêmes structures que la Foire du Caire, à savoir trop d'intervenants pour chaque sujet. Ou la représentation de la jeune génération de poètes par l'Egyptienne Imane Mersal uniquement, ou celle des jeunes romanciers par le Libanais Alexandre Naggar et la Palestinienne Randa Ghazi.
Cela n'ôtera en rien à la présence arabe, car au-delà de l'organisation traditionnelle ou de la mentalité officielle, la présence même des éditeurs, écrivains, critiques, poètes, en chair et en os, sera le véritable témoignage, la véritable pierre de touche. Au-delà de tout colloque, il y a les discussions et les échanges avec le public, le besoin de se faire comprendre, de se faire connaître (comme au colloque intitulé « Le malentendu mutuel entre le monde arabe et l'Europe »). Et surtout la profonde volonté de relancer les liens avec l'Occident qui lui, s'est arrêté à la connaissance des Mille et une nuits, et s'est nourri d'une image médiatique erronée et superficielle.
Or on connaît un pays par sa culture. C'est le livre qui va imposer ses lois. Cela dit, on doit se plier au fait que c’est le marché du livre le plus gigantesque où parlent les chiffres, les best-sellers, les noms à large popularité, sans nécessairement suivre toujours le critère du niveau artistique de qualité. De plus, le plus grand bénéfice pour le monde arabe serait incontestablement le développement des traductions. Volker Neuman, directeur de la Buchmesse, exprime son optimisme en signalant que, pour l'année en cours, 50 traductions d'œuvres de fiction sont annoncées. Il souligne que la conscience de l'échange au carrefour des cultures, qui est la meilleure façon d'outrepasser les préjugés, demeure cependant très limitée.


Culture vivante
Et voilà l'occasion pour les 22 pays arabes de se présenter, non pas comme des sources historiques dignes des musées, mais comme culture vivante contemporaine qui plonge dans l'urgence de l'instant. Ainsi, l'accent est mis sur l'actualité culturelle arabe en la situant dans son contexte historique et originel. Parmi les dizaines de colloques prévus, nous retenons « Les voies de la pensée arabe contemporaine », avec le Koweïtien Soliman Al-Askari, l'Egyptien Abdel-Wahab Al-Meissiri, le Tunisien Abdel-Wahab Bouhdeiba, le Syrien Tayeb Tezini, l'Emirati Saïd Hareb, les Libanais Ali Harb et Nassif Nassar, etc. Ou encore « Les voies du roman arabe contemporain », avec Gaber Asfour, le Libanais Elias Khouri, le Saoudien Moegab Al-Zahrani, le Tunisien Tewfiq Bakkar, le Marocain Mohamad Barrada, l’Egyptienne Radwa Achour, le Palestinien Fayçal Derrague, l'Emiratie Mariam Khalfane.
Hormis les nombreuses lectures et narrations des extraits de poèmes et de romans faites par entre autres les poètes palestinien Mahmoud Darwich, syrien Adonis, les écrivains marocain Taher Ben Jelloune, libanais Amin Maalouf, égyptien Gamal Al-Ghitani ou Ibrahim Abdel-Méguid. Les manifestations culturelles qui creusent dans les sources ne sont pas moins importantes. Une multitude d'expositions auront lieu dans l'enceinte même de la Foire de Francfort, comme les chefs-d'œuvre des monuments arabes et musulmans, les œuvres des Arabes en Andalousie ou leur participation dans les sciences exposés au pavillon arabe de la foire. Ou l'exposition « La science et la technologie en islam » organisée par le Centre des études de l'histoire des sciences arabes et musulmanes de l'Université Goethe de Francfort, ou celle des manuscrits rares, ou encore de l'architecture arabe contemporaine. Tandis qu'en marge, partout dans la ville, de nombreuses manifestations culturelles prendront place dans les musées et les institutions culturelles, comme au musée de l'architecture une exposition des œuvres de l'architecte égyptien de renommée mondiale Hassan Fathi, le forum international des photographes arabes, le musée des icônes coptes dans le monde arabe, un panorama de 50 ans de cinéma arabe au musée allemand du cinéma.
Tous les espoirs sont portés sur cette rencontre qui fait table rase de tout préjugé, et qui aura de nombreuses retombées dont au moins celle-ci : la réunion fructueuse des pays du monde arabe.

Dina Kabil

 

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