|
Palestine .
Rapts, démissions, affrontements,
la situation dans les territoires palestiniens se dégrade,
suscitant des craintes de l'écroulement de l'Autorité
palestinienne. |
Anarchie
lourde
de conséquences |
| Les Palestiniens
assistent à un effondrement de l'ordre public dans leurs
territoires qui menace la cohésion de la société. Le dirigeant
palestinien Yasser Arafat qui était confronté dimanche
à une contestation interne sans précédent a dû nommer
lundi à la tête du service de sécurité générale, le général
Abdelrazaq al-Majaïda et rétrogradé, dans les faits, le
général Moussa Arafat, son cousin, dont la nomination
à la tête de ce service avait déclenché de violentes manifestations
dans la bande de Gaza. Le général Majaïda, qui
a appelé les Palestiniens « à éviter à tout prix
la guerre civile » qui ferait le jeu d'Israël,
aura le contrôle de ce service de sécurité pour l'ensemble
des territoires palestiniens de Cisjordanie et de la bande
de Gaza. Le général Ismaïl Jaber commandera ce service
pour la Cisjordanie, alors que le général Moussa Arafat,
cousin du dirigeant palestinien, se voit confier le commandement
de ce même service pour la seule bande de Gaza.
Toutefois,
ces nominations sont loin de satisfaire les Brigades des
martyrs d'Al-Aqsa qui les ont dénoncées comme « de
la poudre aux yeux ». « Notre exigence
la plus urgente et la plus importante est que la nomination
de Moussa Arafat soit annulée de sorte que cette page
noire et amère soit tournée », ont affirmé les
Brigades. En effet, la nomination du parent d'Arafat,
considéré comme corrompu, a été à l'origine de violents
affrontements armés qui ont eu lieu dimanche et qui ont
18 blessés à Rafah, au sud de la bande de Gaza. Les blessés,
des militants des Brigades des Martyrs d'Al-Aqsa et des
civils, ont été atteints alors qu'ils tentaient avec 150
autres Palestiniens de prendre d'assaut le quartier général
des renseignements militaires que commande Moussa Arafat.
Dans la nuit
de samedi à dimanche déjà, des membres des Brigades avaient
pris d'assaut et incendié les locaux des services de renseignements
à Khan Younès, dans le sud de la bande de Gaza, libéré
les détenus qui y étaient incarcérés et pris les armes
qui s'y trouvaient. « C'est un message clair adressé
à Moussa Arafat le corrompu, dont nous n'accepterons pas
la nomination et qui doit démissionner », ont
indiqué les Brigades dans un communiqué. Toutefois, le
général Moussa Arafat avait proclamé dimanche qu'il n'avait
aucune intention de démissionner. « Je ne remettrai
pas ma démission. Le seul qui peut me démettre, c'est
celui qui m'a nommé, c'est-à-dire le président Arafat »,
a-t-il déclaré.
Dans ce chaos
général, le premier ministre Ahmad Qorei a déclaré maintenir
toujours sa démission. Il a affirmé lundi que la lettre
de démission qu'il avait présentée au dirigeant palestinien
Yasser Arafat dans le contexte de la crise sécuritaire,
et qui avait été refusée par le président palestinien,
était « valable ». « J'ai présenté
ma démission pour des raisons évidentes, en raison du
chaos sécuritaire, et je n'ai reçu aucune réponse du président
Arafat. Mon offre de démission est donc toujours valable »,
a déclaré M. Qorei à la presse à la fin d'une réunion
extraordinaire de son cabinet.
Le chef de
la police navale, le général Jomaa Ghali, a également
présenté dimanche sa démission pour protester contre la
« situation chaotique qui règne dans la bande
de Gaza ».
A l'origine
de ce tohu-bohu, une profonde contestation palestinienne
qui a pris de graves proportions avec une vague d'enlèvements
qui a eu lieu vendredi dans la bande de Gaza. Quatre
Français et de deux hauts officiers de la sécurité palestinienne
avaient alors été enlevés par des groupes armés se réclamant
du Fatah, le mouvement de M. Arafat, sur fond de
protestation contre la « corruption »
au sein de l'Autorité palestinienne.
Ces événements
ont conduit M. Arafat à procéder, sous la pression, à
une refonte des services de sécurité les réduisant de
huit à trois : police, service de sécurité générale
et service de Renseignements. Toutefois, au lieu d'apaiser
la situation, la décision de mener des réformes au sein
des services de sécurité, longtemps réclamée par les Palestiniens
et la communauté internationale, a eu l'effet contraire.
Les trois nouveaux chefs des services de sécurité sont
tous des proches de M. Arafat, et cela n'a pas apaisé
M. Qoreï, qui avait été à deux doigts de jeter l'éponge
à l'automne 2003, lorsque celui-ci lui avait imposé son
candidat à la tête du ministère de l'Intérieur.
Le prédécesseur
de M. Qoreï, Mahmoud Abbass, avait démissionné à la suite
d'un long bras de fer avec M. Arafat, sans parvenir à
lui arracher un pouce de son pouvoir sur les services
de sécurité.
Pour Jamil
Al-Chaati, président de la Commission parlementaire des
droits de l'homme, la réforme annoncée samedi ne répond
à aucun des véritables enjeux. Des figures de proue palestiniennes
reconnaissent que la société souffre d'un profond malaise
dont Israël n'est pas l'unique source. « Il y
a fort longtemps que j'ai mis en garde contre l'anarchie
et les bandes armées », a déclaré le ministre
chargé des Négociations, Saëb Eraqat. Il a souhaité que
les trois chefs des services de sécurité palestiniens
se voient accorder « une chance de faire leurs
preuves ».
Israël a
tenté de profiter de cette fronde contre Arafat pour affirmer
ces allégations qu'il n'existe pas d'interlocuteurs palestiniens
avec qui négocier un accord de paix. « Elle est
la preuve qu'Israël n'a pas d'interlocuteur et qu'il est
forcé de mettre en œuvre le plan de retrait de Gaza »,
a écrit le Yédiot Aharonot, citant le bureau du
premier ministre Ariel Sharon. |
Appels à la retenue
|
La situation
grave à Gaza a alarmé les capitales arabes soucieuses
du sort du processus de paix et de la stabilité dans les
territoires palestiniens. Le roi Abdallah II de Jordanie
avait souhaité dimanche que le premier ministre palestinien
Ahmad Qoreï revienne sur sa décision et ne démissionne
pas. Interrogé sur la chaîne de télévision américaine
CNN, le roi a estimé que la démission de M. Qoreï
ne ferait qu'« affaiblir » les institutions
palestiniennes à un moment « où nous avons vraiment
besoin d'avancer », notamment sur les questions
de sécurité. Le souverain jordanien a affirmé que si la
démission du premier ministre palestinien est « un
sérieux coup porté à ce que nous nous efforçons de réaliser
pour faire aller de l'avant le processus » de
paix.
L'Egypte
a, de même, fait part samedi de son « inquiétude »
vis-à-vis des enlèvements qui se sont déroulés dans la
bande de Gaza et a appelé les Palestiniens à « unir
leurs rangs », a déclaré le ministre égyptien
des Affaires étrangères, Ahmad Aboul-Gheit.
Le secrétaire
général de la Ligue arabe, Amr Moussa, a également « suivi
avec inquiétude » ces événements et appelé « tous
les Palestiniens à s'unir dans cette phase délicate de
la cause palestinienne », a déclaré son porte-parole,
Hossam Zaki. La Ligue arabe estime que la crise palestinienne
sert avant tout les intérêts israéliens, en mettant en
danger les intérêts du peuple palestinien.
Les Etats-Unis
ont, pour leur part, appelé lundi les Palestiniens et
l'Autorité palestinienne à prendre des mesures énergiques
pour mettre un terme à la violence et créer une structure
unique pour que la sécurité soit assurée.
En revanche,
pour la Russie, la crise dans les territoires palestiniens
aura pour effet bénéfique de permettre une relance du
processus de paix au Proche-Orient. « A quelque
chose malheur est bon, et la crise actuelle dans les territoires
palestiniens permettra aux médiateurs internationaux de
demander aux Israéliens et Palestiniens de se diriger
vers un règlement définitif et la création d'un Etat palestinien »,
a déclaré le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï
Lavrov. |
Rania
Adel |
|
|
Israël .
Sharon manœuvre tous
azimuts pour retrouver une majorité à la Knesset, nécessaire
à faire passer son plan de retrait de la bande de Gaza. |
| Sharon
à la recherche d'une majorité |
Soucieux
de s'assurer une majorité au Parlement pour le soutien
de son plan de retrait de Gaza, le premier ministre
israélien, Ariel Sharon, a rencontré, dimanche matin
à Jérusalem, le chef de l'opposition travailliste, Shimon
Pérès,
dans le cadre de leurs contacts en vue de la formation
d'un gouvernement d'union nationale. Il s'agit de la
seconde rencontre entre MM. Sharon et Pérès qui avaient
officiellement entamé leurs contacts le 12 juillet.
Ces discussions ont porté sur la conduite des négociations
qu'ont entamées dimanche soir à Tel-Aviv les équipes
d'experts des deux formations, le Likoud et le Parti
travailliste, sur les lignes directrices d'un éventuel
gouvernement d'union nationale. Cette première rencontre
qui a duré une heure a été consacrée à des questions
de procédure et au mandat de chacune des délégations,
a indiqué la télévision en estimant que le rythme des
négociations « risque d'être lent ».
L'ancien
ministre travailliste de la Défense, Benyamin Ben Eliezer,
qui a participé aux discussions, a affirmé que la réunion
n'a pas porté sur la répartition des portefeuilles ministériels.
« Chacune des parties a présenté ses positions
et nous avons convenu de poursuivre les discussions,
j'espère que nous aboutirons dans un délai de deux semaines »,
a affirmé M. Ben Eliezer.
A la suite
de la défection de la plupart de ses alliés d'extrême
droite, M. Sharon qui est aussi confronté à une fronde
des « durs » du Likoud opposés à un
retrait de Gaza, ne dispose pas d'une majorité au Parlement
pour faire adopter ce plan. Sur le papier, M. Sharon
ne dispose que du soutien de 59 députés sur les 120
que compte le Parlement.
Cherchant
à collecter le plus grand nombre de voix, Sharon a invité
la semaine dernière deux formations religieuses ultra-orthodoxes,
la Liste unifiée de la Torah (cinq députés sur les 120
du Parlement) et le Shass (11 députés), à rejoindre
son cabinet. Sharon s'est déclaré déterminé à faire
siéger, dans son gouvernement de coalition, les deux
formations religieuses aux côtés du Shinouï, formation
laïque de centre droit, pour laquelle les partis religieux
sont sa bête noire. Les dirigeants du Shinouï, l'un
des principaux piliers de la coalition de M. Sharon,
ont laissé entendre à plusieurs reprises que si les
formations orthodoxes devaient entrer au gouvernement,
le Shinouï le quitterait. Les formations orthodoxes
ne cachent pas, pour leur part, leur animosité envers
les laïcs du Shinouï. « Les haines et les disqualifications
réciproques ne nous mèneront nulle part. je m'efforce
actuellement, et j'estime que j'y réussirai, à les faire
tous asseoir ensemble », a déclaré M. Sharon
à la radio militaire.
Par ailleurs,
le ministre des Affaires étrangères, Sylvan Shalom,
du Likoud, a réaffirmé jeudi son opposition à l'entrée
des Travaillistes au cabinet. « Une telle entrée
risque de porter un coup très dur au Likoud et à la
droite », a déclaré aux journalistes M. Shalom
qui risque, lui, de perdre son poste de chef de la diplomatie
au profit du numéro un travailliste, Shimon Pérès.
Depuis
l'adoption début juin par son cabinet de la décision
de principe d'évacuer la bande de Gaza et ses colonies
ainsi que 4 colonies isolées du nord de la Cisjordanie,
M. Sharon n'a plus de majorité à la Knesset (Parlement)
et il est soumis à des motions de censure à répétition.
Les Travaillistes qui soutiennent son plan de retrait
de Gaza lui ont accordé jusqu'ici un filet de sécurité
lors des votes des motions de censure sur cette question
à la Chambre.
|
Intérêts réciproques
|
Une éventuelle
union Sharon-Pérès servirait les intérêts des deux vieux
routiers de la politique israélienne — le premier
a 76 ans, le second va sur ses 81 ans. D'une part, la
présence sur le pont du chef de l'opposition travailliste
Shimon Pérès est nécessaire au premier ministre israélien
Ariel Sharon, chef du Likoud, pour mettre en œuvre son
plan de retrait de la bande de Gaza, dénoncé par les durs
de son parti et ses alliés de droite. En évacuant Gaza
et ses 21 colonies, il entend effacer au regard de l'histoire
la désastreuse équipée militaire de 1982 au Liban, dont
il fut le maître d'œuvre, en tant que ministre de la Défense
du cabinet Menahem Begin.
D'autre part,
l'union avec Pérès, ancien premier ministre travailliste
et prix Nobel de la Paix pour avoir été l'un des artisans
des accords d'Oslo, infatigable homme d'Etat, est une
bouée de sauvetage pour ce dernier qui ne veut pas rater
l'occasion de revenir aux affaires. Shimon Pérès sait
non seulement que le temps lui est compté, mais que son
parti, qui jadis a régné sans partage durant des décennies
sur le pays, n'est plus aujourd'hui que l'ombre de sa
gloire passée, estime l'analyste israélien Dan Schueftan.
« Pérès comprend qu'il joue là sa dernière partie
et que sa formation va se désintégrer et disparaître,
mais il veut encore compter », dit-il.
Aussi, le
bureau politique du Parti travailliste a t-il donné son
feu vert à l'ouverture de négociations avec le Likoud
d'Ariel Sharon pour la formation d'un éventuel cabinet
d'union nationale. Cette décision a été prise par une
forte majorité à la demande du chef de Pérès. « Il
ne faut surtout pas que le retrait de la bande de Gaza
échoue à cause de nous », a affirmé M. Pérès.
|
Maha Al-Cherbini
|
|