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Mur de séparation. Un ouvrage dont l'ampleur et le coût témoigne de la volonté d'Israël d'enclaver la population palestinienne.
Le mur de l'apartheid
en Cisjordanie
Cette ligne controversée, qui doit avoir une longueur totale de 730 km une fois achevée, est l'un des projets les plus coûteux jamais réalisé par Israël avec un coût estimé à 3,4 milliards de dollars.

180 km de cet ouvrage ont déjà été construits, notamment dans le nord du territoire palestinien occupé de Cisjordanie et dans la région de Jérusalem. Les autorités israéliennes espèrent terminer avant fin 2005 les travaux lancés en juin 2002.

Ce « mur de l'apartheid », comme l'appellent les Palestiniens, est composé de plusieurs obstacles qui varient selon l'endroit. Elle s'enfonce par endroits profondément en Cisjordanie pour englober les principales colonies. Dans certaines zones, il s'agit d'une clôture grillagée d'une hauteur de trois mètres équipée d'un dispositif électronique pour détecter les infiltrations. Cet ouvrage est entouré à l'est par des blocs de barbelés de forme pyramidale, d'un fossé et d'une piste pour patrouilles. Une autre piste pour patrouilles et des barbelés se trouvent à l'ouest de la barrière centrale.

L'ouvrage dans toutes ses composantes, dont une piste de sable pour détecter les empreintes de pieds, s'étend sur une largeur de 50 mètres en moyenne. Un dispositif d'observation électronique est également en cours d'installation à proximité de la barrière dans la partie du territoire sous contrôle israélien.

Dans d'autres zones, comme à Qalqiliya dans le nord de la Cisjordanie ou à Abou-Dis dans les faubourgs de Jérusalem-Est, la clôture est un véritable mur composé de blocs de béton hauts de huit mètres. Pour Israël, cet ouvrage est censé empêcher, outre les infiltrations, les tirs de snippers.

Plusieurs « portes » ont été laissées dans la barrière pour permettre aux Palestiniens munis de permis nécessaires de se déplacer d'un côté à l'autre.

Il est prévu en outre de doubler la ligne à l'est de l'aéroport international Ben Gourion, près de Tel-Aviv, une première ligne épousant grosso modo la frontière avec la Cisjordanie, à sept kilomètres de l'aéroport, et une seconde à une quinzaine de kilomètres en Cisjordanie même.

En fin de compte, l'ouvrage devrait englober 80 % des quelque 220 000 colons habitant la Cisjordanie, sans compter Jérusalem-Est occupée et annexée. Mais des dizaines de petites colonies situées au cœur de la Cisjordanie se retrouveront à l'extérieur de la ligne.

Selon un rapport du bureau de l'Onu pour la coordination des Affaires humanitaires (OCHA), seulement 11 % du tracé de la barrière érigée par Israël colle à la « ligne verte » séparant la Cisjordanie du territoire israélien.

Par conséquent, plus de 274 000 Palestiniens vivant dans 122 villages et villes vont « vivre dans des zones fermées — entre le Mur et la Ligne verte — ou dans des enclaves totalement entourées par le mur », selon le document.

Environ 850 km2 du territoire de la Cisjordanie — à l'exception de Jérusalem-Est —, soit 14,5 %, se retrouveront du « mauvais côté » du mur, c'est-à-dire dans la partie contrôlée par Israël.

AFP

Pour les spécialistes, l'avis de la CIJ et une résolution de l'Onu constitueront un gain surtout moral dont les fruits seraient cueillis à long terme ?

Une victoire par l'usure ?

Tout se passera-t-il sur un simple niveau moral ? Certes, les Palestiniens ont eu gain de cause devant la CIJ et ont placé Israël en position critique, mais dans les faits, ce succès pourra-t-il être profitable aux Palestiniens ? Ceux-ci ont bénéficié d'un arsenal de résolutions qui sont restées lettres mortes. Quelle nouveauté dans le processus qui s'est déclenché actuellement ? Selon Saïd Okacha, chef de

l'unité des études israéliennes à l'Organisation arabe de lutte contre la discrimination, il est certain qu'il y a « impasse », puisqu'une résolution du Conseil de sécurité se heurtera à un veto américain. « Ce sera donc un projet de résolution qui s'ajoutera à bien d'autres. Seul l'aspect moral comptera. Une condamnation d'Israël face à l'opinion publique mondiale ». De toute façon, les Israéliens prennent cela au sérieux comme l'a relevé le ministre israélien de la Justice qui craint un « isolement international à long terme, une nouvelle atteinte portée à la réputation de Tel-Aviv ». Toute résolution qui n'a apparemment qu'un caractère moral peut se « transformer dans un certain contexte en valeur pratique », soutient le spécialiste. L'exemple de l'Afrique du Sud est souvent cité à cet égard. Dans les années 1970, l'Assemblée générale a adopté une résolution condamnant le régime d'apartheid. C'est à partir de ce texte non contraignant que la société internationale a fourbi son système d'isolement de l'Afrique du Sud et imposé le boycott qui a finalement miné l'apartheid et provoqué son effondrement.

Sans doute que la situation n'est pas tout à fait identique. Les observateurs relèvent à cet égard qu'il existe des négociations entre Palestiniens et Israéliens même si elles sont en panne. Israël et les Etats-Unis s'en servent justement pour demander de ne pas compliquer la situation par des résolutions internationales tant qu'il existe une chance de résoudre les problèmes d'une façon bilatérale ou directe entre les deux parties. Okacha relève ainsi qu'il n'y avait pas de négociations entre les parties en Afrique du Sud, le régime raciste ayant rejeté toute négociation. Tout compte fait, Israël fait de son possible pour remettre à des lendemains qui ne viennent jamais ces négociations. N'est-ce pas refuser de négocier, mais sous une forme plus discrète ?

De toute façon, comme le soutient le juriste Ragaï Attiya, toute résolution a besoin d'une force pour la mettre en exécution. « Cette règle est très claire sur le plan international. Les Arabes doivent agir en profitant de toute résolution parce que s'ils ne font pas valoir leurs droits en Palestine, ils entreront dans un cercle sans fin de réduction de leurs droits dans tous les domaines. Ils seront ainsi la risée des grandes puissances ».

Mais que faire donc ? « Il faut que les pays arabes saisissent le Conseil de sécurité de la question. Les Etats-Unis en opposant le veto montreront à quel point ils ont un parti pris pour Israël ». Tout se passera donc sur un plan politique. Du moins dans un premier temps. Une victoire par l'usure. Mais aussi il faudrait bien que les Palestiniens fassent preuve d'unité. Saïd Okacha souligne qu'avec cette « image honteuse d'enlèvement, de division et de désordre, Israël et les Etats-Unis profiteront de la situation. Et surtout sur le plan pratique lorsqu'il s'agira d'appliquer d'éventuelles résolutions ».

Aliaa Al-Korachi

 

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