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Mur de séparation . L'avis de la CIJ considérant illégal cet ouvrage et le recours à l'Onu pour tenter de l'appliquer constituent un appui moral et légal à la cause palestinienne. Mais aux Palestiniens de tenter d'en profiter.
Lutte serrée en perspective

Gaza,
De notre correspondant

Après l'avis historique de la Cour Internationale de Justice (CIJ) qui a jugé « illégal » le « mur » érigé en Cisjordanie et demandé sa démolition et de compenser tous ceux auxquels il a porté préjudice, un vaste débat s'instaure sur la scène palestinienne sur la prochaine étape à franchir. C'est-à-dire sur les mesures que devraient adopter les Palestiniens pour faire de l'avis de la CIJ une résolution contraignante pour Israël.

La décision de cette cour a constitué un précédent légal dans le contexte du conflit palestino-israélien. C'est la première fois qu'un avis légal est prononcé par la plus haute instance juridique internationale jugeant illégaux les actes commis par Israël dans les territoires palestiniens occupés en juin 1967 y compris Jérusalem-Est. La Cour a ainsi donné un avis tranchant sur Jérusalem-Est pour la première fois et dans l'intérêt des Palestiniens. Israël, lui, comme on s'y attendait, a refusé le jugement sous prétexte que la CIJ n'est pas habilitée pour examiner un conflit de nature politique et non juridique. Voire, l'Etat hébreu a commencé dès la semaine dernière, et plus précisément le 9 juillet, une accélération de la construction du mur en Cisjordanie et à Jérusalem-Est faisant fi ainsi de la légalité internationale.

Comment les Palestiniens peuvent-ils tirer profit de l'avis de la CIJ ? Telle est la question qui se pose avec, comme corollaire, l'opinion mondiale va-t-elle réagir et imposer des sanctions sur Israël comme cela s'est passé en 1971 lorsque la CIJ a rendu un avis considérant illégale l'occupation de la Namibie par l'Afrique du sud ?

Selon Moustapha Al-Barghouti, secrétaire du parti de l'initiative nationale palestinienne, la première chose que doivent faire les Palestiniens après l'avis de la CIJ est de « mettre fin à toute sorte de négociation avec Israël, annoncer la fin de l'application de la Feuille de route jusqu'à ce que le mur soit éliminé, ceci en conformité avec le Droit international ». De telles mesures relèvent-elles d'une bonne stratégie à adopter à l'égard de la communauté internationale à l'heure où l'autorité palestinienne est fragilisée par les enlèvements qui ont eu lieu la semaine dernière démontrant un chaos sécuritaire ? De toute façon, pour Al-Barghouti ce qu'il faut faire pour éliminer le mur c'est de pousser la communauté internationale à imposer des sanctions sur Israël et de « ne plus traiter avec les plans actuels de Sharon. Nous avons aujourd'hui un atout considérable qui est le droit international et la légalité ». Pour lui, une résolution de l'Onu constituerait un pas important à cet égard.


Manœuvres de diversion

Le débat de l'Assemblée générale a commencé vendredi dernier et Israël se retrouve une fois de plus sur le banc des accusés à l'Onu. Pour tenter de détourner l'attention, Israël a mis en exergue la question de Terje Roed-Larsen, envoyé spécial de l'Onu dans les territoires palestiniens, qui a affirmé que la situation « tourne progressivement au chaos » et que M. Arafat affiche « un manque de volonté politique » pour réformer le gouvernement. Larsen, dont la mission au Proche-Orient touche à sa fin, souhaite obtenir un haut poste, déclarent d'aucuns. Cela étant, il ne faut guère oublier que les négociations d'Oslo ont eu lieu dans sa demeure. Il est le premier à avoir préparé ces premiers contacts directs au vrai sens du terme entre Palestiniens et Israéliens. De toute façon, en mettant l'accent sur ce dernier incident, Israël veut entraîner les Palestiniens à un différend avec l'Onu, ce qui ferait oublier les agressions israéliennes contre les territoires palestiniens. Pour Barghouti donc, il ne faut pas donner trop d'importance aux propos de Larsen. « Il faut dire qu'il n'existe pas de négociations sur le terrain, mais des agressions israéliennes, des incursions et des assassinats ».


Une ligne coloniale

La ligne, dont 196 km ont déjà été achevés, sur une longueur prévue de 730 km, s'enfonce en Cisjordanie occupée. Il y a encore un mur autour de Jérusalem-Est en plus d'une annexion des blocs de colonies représentant 70 % des colonies habitées par 80 % des colons. Il s'agit des blocs au sud-est de Qalqiliya, fait de 10 colonies dont la plus grande est Arnil. Il y a aussi une poche de 25 km de profondeur à l'intérieur de la Cisjordanie permettant à Israël de contrôler les principales routes qui relient le nord de la Cisjordanie à Ramallah. Un autre bloc est formé de 2 colonies dans la région de Latroun avec comme principale colonie Kyriat Seifer. Cette zone séparait les territoires de 1948 de ceux occupés en juin 1967. Israël y a cependant établi une agglomération de 27 000 unités de logement, ce qui fait de cette colonie avec ses 30 000 habitants la deuxième ville en importance entre Tel-Aviv et Jérusalem. Un troisième bloc est formé des colonies entourant Jérusalem dans la conception et vue que se fait Israël du Grand Jérusalem. Il représente 6 colonies avec 60 000 habitants. La plus importante, Maalie Adomim, fait 35 km. De toute façon, l'objet essentiel du mur est de ne laisser à l'Etat palestinien que 42 % de la Cisjordanie et Gaza sans continuité territoriale.


Rejeter les plans de Sharon

Ce qui explique le rejet par la CIJ de ce mur. La Cour s'est basée sur des principes de base du Droit international, dont des règles du préambule de la charte de l'Onu, comme l'inadmissibilité d'occupation de territoires par la menace, le droit des peuples à l'autodétermination, le droit humanitaire international, les annexes de la quatrième convention de La Haye en 1907, le 4e traité de Genève de 1949, la Convention internationale des droits économiques, sociaux et culturels. En partant de tous ces principes, le tribunal a jugé que les colonies installées par Israël dans les territoires arabes occupés constituent une violation flagrante du Droit international. La construction du mur et des installations en rapport avec lui constituent un fait accompli sur le terrain qui fait obstruction à l'exercice par le peuple palestinien du droit à l'autodétermination. C'est donc une violation de l'engagement israélien de respecter ce droit.

Tout cela fait dire à l'écrivain et analyste palestinien Hani Al-Masri que les Palestiniens de tous bords ont favorablement accueilli l'avis de la Cour. « Pour eux, c'est un tournant dans l'histoire du conflit palestino-israélien. Il restitue ce conflit dans sa véritable nature en tant qu'opposition entre un peuple occupé et une force d'occupation. C'est donc une occasion historique dont il faut profiter ». Al-Masri souligne à cet égard que la première chose que les Palestiniens doivent faire c'est de « rejeter le plan de désengagement du premier ministre israélien Ariel Sharon et ne guère traiter dans ce contexte. Il s'agit d'une consécration de l'occupation de la colonisation et du mur ». Pour Al-Masri, le retrait de Gaza n'est qu'un redéploiement des troupes israéliennes. L'analyste partage aussi les vues de ceux qui recommandent de ne pas se soumettre aux pressions américaines. Lors du débat à l'Onu sur le projet de résolution exigeant qu'Israël tienne compte de l'avis de la CIJ et abatte une partie de la ligne de sécurité, le Département d'Etat américain a estimé qu'une telle résolution retarde les efforts de paix. « Tout le monde devrait se demander comment son énergie, ses efforts et sa voix peuvent participer à l'avancement de la feuille de route », le plan de règlement international pour le Proche-Orient, a déclaré le porte-parole du Département d'Etat Richard Boucher.

Or, de toute façon, la résolution de l'Assemblée générale n'est pas contraignante et tout le jeu se situera éventuellement au Conseil de sécurité. Selon Al-Masri, l'Administration américaine fera des pressions sur les Palestiniens pour éviter que la question ne soit soumise au Conseil. Washington convaincrait Israël notamment de modifier le parcours du mur, d'accorder une aide finère et économique aux Palestiniens. « Tout ceci doit être refusé parce que soumettre la question du mur au Conseil est importante, même si les Etats-Unis usent du droit de veto ».

C'est d'ailleurs l'avis de Nasser Kidwa, représentant palestinien à l'Onu, qui voudrait que la résolution soit également examinée par le Conseil de sécurité, même s'il est probable que les Etats-Unis y opposeront leur veto. « La menace du veto ne nous refroidit pas, ni nous, ni tous ceux qui cherchent le respect du droit international », a dit le représentant palestinien, soulignant que « les vetos n'ont jamais permis d'œuvrer pour la recherche de la paix ».

Une lutte serrée s'annonce et peut-être qu'en mettant de l'ordre dans leur maison les Palestiniens pourront réaliser des gains tangibles.

Mohamed Moustapha

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L’idée de construire le mur de séparation est vieille. Elle est passé par plusieurs phases. Elle prenait chaque fois la forme du personnage et du programme de celui qui l’adaptait. Après l’occupation de la Cisjordanie en 1967, le ministre de la finance de l’époque Benhas Safir a proposé l’idée de séparation. Des sources sionistes ont dit que Sharon, depuis 1973, a eu l’idée d’exécuter le projet de diviser la Cisjordanie en la transformant en des morceaux isolés. En 1978, il a fini de préparer une carte détaillée du trajet du mur. De son côté, le parti travailliste a présenté, aux élections de la Knesset de 1988, le projet «Halofim» qui proposait de construire une clôture sur la ligne entre la Cisjordanie le territoire occupée en 1948, mais c’est le Likoud qui a emporté les élections. En 1995 et après une opération kamikaze palestinienne, le Premier ministre Yitzhak Rabine a demandé à son ministre de la sécurité intérieure Moshé Shahel de préparer un projet pour séparer l’état hébreu du peuple palestinien. Shahel a travaillé avec l’armée et l'un des services israéliensShabak à préparer ce projet, mais, il est tombé à l’abandon pour des raisons économiques.

Et quand Natanyahoo est devenu Premier ministre en 1996, Afigdor Khalani le ministre qui avait remplacé Shahel a projeté la construction d’une clôture sur la ligne verte. Mais, le projet a été abandonné pour des raisons politiques. En effet, la droite a eu peur que cette clôture devienne des frontières officielles.

Dans les élections de l’année de 2000, l’idée est redevenu d’actualité quand Barak a déclaré qu’il allait exécuter une séparation entre les Palestiniens et les sionistes sous le titre de « Nous sommes ici et ils sont là-bas ». Plus tard, le journal Ha’Aretz a parlé de l’existence d’un projet de séparation de la Cisjordanie, au début de 2001.

Depuis le déclenchement de l’Intifada en septembre 2000, les demandes de construire un mur de séparation se répétaient de plus en plus. En février 2002, Afi Dikhtar, le chef de Shabak, a présenté son projet qui a pris son chemin vers l’exécution, après beaucoup de discussions et d’analyses. Les premières phases de ces projets a été exécuté par le ministre travailliste Bin Alyazer, faisant parti du gouvernement de coalition sioniste. Le travail a commencé le 23 juin 2002 à l’Est de Jénine, après l’accord du gouvernement et après l’envahissement de la Cisjordanie, dans l’opération de « la clôture protectrice ».

En juillet 2003, l’armée israélienne annonça l’achèvement de la « Première Phase » de la barrière, qui s’étend sur une longueur de 145 km à travers les districts du nord de la Cisjordanie, Jénine, Tulkarem, et Qalqiliya, et qui continuera vers le sud jusqu’à Ramallah. Deux sections de chaque côté de Jerusalem et une autre partie dans la vallée de Jourdan ont également été complétés. Dans le sud de la Cisjordanie, Bethlehem et Hébron sont déjà encerclées.

La structure atteindra environ 700km de longueur lorsqu’elle sera terminée, en fin 2004 d’après les autorités israéliennes. Elle coûtera au gouvernement israélien 3.4 millions de dollars.

 

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