La
Cour Internationale de Justice (CIJ) située à
La Haye a rendu le 9 juillet son verdict au sujet du mur de
séparation que construit Israël en Cisjordanie.
Le jugement comporte cinq recommandations essentielles, centrées
dans leur ensemble sur le caractère illégal
de cette barrière. La Cour a notamment demandé
l'arrêt immédiat de la construction et le démantèlement
des parties précédemment construites. La CIJ
a appelé tous les Etats à rejeter les conséquences
illégales résultant de cette construction et
à s'abstenir de toute contribution visant le maintien
de cet ouvrage.
Le jugement de la Cour de justice est une décision
historique qui va au-delà de la question du mur, car
il présente une définition juridique précise
des terres palestiniennes, considérées comme
des « territoires occupés » en 1967. Il
accorde en conséquence à la cause palestinienne
sa véritable essence, qui est la lutte d'un peuple
pour la libération de ses terres.
Si l'Autorité palestinienne, la Ligue et les capitales
arabes ont célébré la décision
comme étant une justice rendue au peuple palestinien
par la plus haute instance juridique internationale, leur
action ne doit pas s'arrêter là. Car le jugement
n'est pas un objectif en soi. Il doit être le début
d'une action sérieuse et continue qui exige une coordination
des efforts palestiniens, arabes et internationaux en vue
de relancer le processus de paix. Il s'agit d'élaborer
un plan pratique pour préciser les étapes ultérieures.
Il faut se rappeler qu'Israël ne cédera pas facilement
aux recommandations de la CIJ, puisqu'il est habitué
à agir comme un Etat au-dessus de la loi. D'où
l'importance de poursuivre une action sérieuse en même
temps qu'une ferme maîtrise des comportements palestiniens,
afin d'empêcher Israël d'exploiter à son
avantage des actes non calculés.
Il faut tenir compte également des réactions
américaines, traduites dans les propos du porte-parole
de la Maison Blanche. « La CIJ, dit-il, n'est pas le
lieu idéal pour le règlement d'une question
politique ».
Notre action doit constamment rappeler que la cause en question
n'est pas politique, mais juridique. La cause palestinienne
est celle d'un peuple sous occupation qui lutte pour son indépendance
nationale et la récupération de ses terres.
Le jugement de la Cour de justice est venu rappeler et consolider
cette vérité.
Comme prévu, le gouvernement israélien a rejeté
le jugement de la CIJ et entamé des contacts avec l'Administration
américaine pour que celle-ci use de son droit de veto
au cas où les Etats arabes portent le verdict de la
CIJ devant le Conseil de sécurité de l'Onu.
Mais tandis que le gouvernement israélien cherchait
les moyens de faire face aux retombées du jugement,
que les milieux arabes s'employaient à déterminer
les démarches à suivre et que des parties internationales
poussaient Israël à trouver la formule adéquate
pour répondre aux recommandations de la Cour, une explosion
a eu lieu dans une station d'autobus à Tel-Aviv. L’événement
arriva comme une bouée de sauvetage pour le gouvernement
israélien, qui n'a pas tardé à mener
une campagne contre la CIJ. Ariel Sharon n'a pas manqué
bien entendu de lier l’événement au jugement
de la Cour. Ceci nous pousse à nous demander : Quel
est l'intérêt de ce genre d'opérations
pour la question palestinienne ? Quelle contribution peut
apporter une telle opération à la lutte nationale
palestinienne ? Ne faut-il pas distinguer entre l'objectif
sacré, la libération des terres, et le choix
des moyens et des outils de cette lutte ?
Les responsables de l'opération de Tel-Aviv ont porté
préjudice à l'image de la lutte nationale palestinienne
et rendu un service considérable au premier ministre
israélien.
Il faut enfin rappeler que les raisons sécuritaires
avancées par Israël pour justifier la construction
du mur sont entièrement fausses. Le jugement de la
Cour a réfuté ces arguments. Et l'opinion publique
israélienne doit s'apercevoir que ce mur, comme toute
autre barrière artificielle, est loin de garantir la
sécurité. Celle-ci ne peut être que le
fruit d'une paix durable.