Kiosque.
Le nouveau gouvernement d'Ahmad Nazif est sous le feu
des projecteurs. L'ensemble de la presse égyptienne
de cette semaine s'interroge sur sa capacité de
relever les défis, notamment économiques. |
Combattre
la pauvreté par la technologie |
«
L'harmonie entre la vieille garde et les nouvelles recrues,
tel est le défi du premier ministre »,
« Le gouvernement Nazif entre la vieille garde
et la nouvelle génération », «
Nazif pourra-t-il regagner la confiance de la rue égyptienne
? », « Nazif possède le software
de l'optimisme », « Le gouvernement des
missions impossibles », « Les défis
économiques du nouveau gouvernement »,
« Que veulent les Egyptiens du gouvernement Nazif
? ». Autant de titres de la presse gouvernementale
et indépendante qui traduisent les interrogations
et les attentes du peuple égyptien.
Pour le rédacteur en chef du magazine hebdomadaire
Al-Moussawar, Makram Mohamad Ahmad, un proche du président
Moubarak, « la tendance maintenant est de compter
de plus en plus sur les jeunes ». Il estime que
cette tendance prouve que « le dialogue entre
les institutions du Parti National Démocrate
(PND, au pouvoir) avantage le courant parrainé
par Gamal Moubarak, qui se considère comme réformateur
et qui réclame de se libérer du carcan
de l'état actuel des choses ». Pour M.
Ahmad, l'harmonie existe déjà entre les
ministres issus du comité des politiques du PND
et présidé par le fils du président,
ce qui leur permettra d'être efficaces et de ne
pas être entravés par ceux qui «
ont servi pendant longtemps le régime et se croient
privilégiés ».
« M. Nazif devra faire ses preuves, lui le jeune
académicien, pour diriger un cabinet regroupant
des personnes expérimentées et plus âgées
et dont certaines forment des centres d'influence non
négligeables », affirme Gamal Abdel-Gawad
du quotidien indépendant Nahdet Misr.
Sur un ton plus ironique, l'hebdomadaire Al-Osboue titre
en Une : « Félicitations à vous
tous pour le gouvernement du Net café ».
Sans doute, les questions d'ordre social et économique
sont prioritaires. « Comment Nazif va-t-il combattre
la pauvreté avec la technologie ? », s'interroge
Hani Bahigue dans Al-Osboue. « Le premier ministre
doit d'abord être conscient que l'opinion publique
n'est pas optimiste, car les Egyptiens pensent que ce
gouvernement sera celui des riches et des hommes d'affaires
uniquement. Ce dernier réussira-t-il à
limiter la pauvreté ou bien les Egyptiens resteront-ils
toujours un champ d'expérience ? », poursuit
Bahigue.
En effet, tout le monde s'accorde à dire que
les principaux défis auxquels doivent s'attaquer
Nazif et son équipe sont d'ordre économique.
Ce qui incite Solimane Goda à écrire dans
l'hebdomadaire d'opposition Al-Wafd : « J'aimerais
savoir comment est-il possible de convaincre les citoyens
qui font toujours la queue pour acheter leur pain, qui
souffrent du chômage, etc., d'oublier ces problèmes
du quotidien pour attaquer avec le docteur Nazif l'ère
de la technologie ». L'hebdomadaire Al-Ahali explique
qu'avec l'entrée en fonction du nouveau gouvernement,
« l'économie égyptienne est au carrefour
entre la croissance accélérée ou
la rechute et la récession ». « Le
pays est-il prêt à entrer dans l'ère
de la technologie, alors que la moitié de la
population est analphabète et ne mange pas à
sa pain ! », s'exclame Al-Ahali. Le célèbre
économiste Ismaïl Sabri Abdallah affirme
dans le même journal que : « L'Egypte a
besoin d'un gouvernement qui puisse garantir les droits
élémentaires des citoyens : la santé,
le logement, l'emploi. Il est erroné de croire
— comme l'ont annoncés certains responsables
— que la période de réforme économique
est terminée, et que nous pouvons nous fixer
comme objectif une croissance élevée.
En fait, il n'y a pas du tout de réformes économiques
en Egypte, la situation actuelle est pire que dans les
années 1990 : déficit de la balance commerciale,
hausse galopante de l'inflation, cherté de la
vie, investissements en baisse, et chômage en
hausse ».
Loin de l'économie, s'attaquant plus à
la Constitution, Mahmoud Al-Maraghi écrit dans
l'hebdomadaire nassérien Al-Arabi : « La
question qui se pose est le poids réel de ce
nouveau gouvernement, vu les pouvoirs élargis
accordés par la Constitution au chef de l'Etat.
Toute initiative gouvernementale risque de se trouver
ainsi affaiblie ».
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Hoda
Ghali |
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Fragilité |
Le
retrait du contingent philippin d'Iraq, amorcé
vendredi dernier par Manille, porte un nouveau coup
à la coalition dirigée par les Etats-Unis,
déjà affaiblie par le départ des
soldats espagnols et ceux de plusieurs pays sud-américains.
La décision de Manille a été prise
malgré le risque d'une détérioration
de ses relations avec son allié américain.
Pour la présidente Gloria Arroyo, il s'agit d'une
décision souveraine vis-à-vis d'un pays
— l'Iraq — où les Philippines n'ont
pas d'intérêts justifiant le maintien de
troupes.
En termes militaires, cette décision a un impact
infime. Manille n'a que 51 soldats et policiers sur
place, contre 140 000 hommes pour les Etats-Unis et
quelque 22 000 pour les autres pays de la coalition.
Sur le plan politique en revanche, cette défection
d'un des principaux alliés des Etats-Unis en
Asie fait redouter aux responsables américains
que d'autres pays prennent eux aussi le chemin de la
sortie. L'attitude de Manille met aussi en relief la
fragilité du concept de « coalition de
pays volontaires » élaboré par Washington
pour pallier, l'an dernier, l'absence de soutien des
grandes organisations internationales — Onu, Otan
... — au conflit iraqien. En dépit de la
minceur de certains contingents — parfois limités
à quelques dizaines d'hommes — le nombre
des pays présents dans la coalition, 32 actuellement,
est régulièrement mis en avant par l'Administration
du président George W. Bush pour contrer les
attaques sur le manque de soutien international à
sa politique iraqienne, et tout départ vient
affaiblir cet argument.
Les Philippines sont le cinquième pays de la
coalition à effectuer un désengagement
anticipé de ses troupes. Le coup le plus sévère
avait été porté par le retrait
des quelque 1 400 soldats du contingent espagnol en
avril dernier, suivi par les retraits des petits contingents
de la République dominicaine, du Honduras et
du Nicaragua. D'autres pays — la Thaïlande,
la Norvège, la Nouvelle-Zélande, l'Estonie
— sont en train de retirer leurs troupes ou comptent
le faire sous peu. La Thaïlande a rendu public,
vendredi, le retrait de son contingent, fort de quelque
450 soldats. Elle a annoncé que ce retrait avait
commencé début juillet et qu'il serait
terminé le 20 septembre. Ce pays avait affirmé
à plusieurs reprises ne pas vouloir prolonger
sa mission en Iraq, jetant une nouvelle lumière
crue sur la fragilité croissante de la coalition
ad hoc tissée par les Etats-Unis en Iraq.
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