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La technologie de l'information ... et l'emploi
au sein de la société
Par Mohamed Salmawy
L'expression utilisée par le premier ministre, Ahmad Nazif, — dans ses propos sur les opportunités d'emploi — m'a plu. Nazif a choisi de l'appeler la question de l'emploi plutôt que celle du chômage. Ainsi, il a inversé l'appellation traditionnelle dans le jargon économique. A mon avis, ce n'est pas la préférence d'une terminologie positive, mais c'est la preuve d'une nouvelle vision des choses et des procédés de règlement.

L'expression d'« emploi » qu'Ahmad Nazif utilise pour qualifier la question du chômage signifie que la responsabilité du ministère ne se limite pas à une tentative de diminuer le chômage, qui avait atteint des taux incomparables sous le gouvernement précédent, mais elle va bien au-delà, pour garantir « l'emploi » au sein de la société. La différence est grande entre les deux expressions. Dans le premier cas, le ministère aurait réussi s'il avait pu diminuer, même si ce n'est que quelque peu, le taux de chômage. Dans le deuxième cas, cette diminution n'est pas l'indice de la réussite de la politique, l'objectif étant l'emploi et non la réduction du chômage. Une politique sans doute plus difficile parce que ses objectifs sont plus lointains ... Elle réalise en même temps un objectif très important : fixer des buts positifs au gouvernement au lieu de se contenter des remèdes aux points négatifs.
De là, on voit bien que l'avènement du Dr Nazif avec les responsables des différents portefeuilles signifierait qu'on se trouve au seuil d'une nouvelle manière de remédier à nos maux chroniques. Surtout que le gouvernement actuel ne considère pas sa mission comme la simple restauration d'un édifice fissuré ou démoli, mais considère qu'il a comme tâche de construire et d'édifier. Cette vision optimiste est celle sur laquelle se base la science. La société de l'information qui repose sur la technologie est une société positive qui a toujours été liée aux sociétés modernes qui ont réalisé de grands progrès scientifiques.
C'est peut-être là une partie de la réponse à tous ceux qui se demandaient quelle était la portée de la nomination d'un homme de technologie et de communication à la tête du gouvernement.
Le problème de l'Egypte, sans entrer dans les détails économiques, politiques ou sociaux, c'est l'adaptation à l'époque moderne. Ce qui est irréalisable sans la possession des outils modernes, avec à leur tête la technologie de l'information qui transforme la société en une société informatique. Une société dans laquelle le savoir et sa transmission sont l'outil de force et non de mainmise ou de contrôle. C'est la révolution de l'information, la révolution de l'époque que nous vivons ou celle que vit le monde autour de nous alors que nous, nous nous tenons toujours au seuil.
D'ailleurs, le philosophe français contemporain Jean-François Léotard a une vision célèbre selon laquelle le savoir sous forme de marchandise informatique deviendra le champ de concurrence n°1 dans le monde pour accéder à la puissance. Les puissances dans le monde s'engageront dans une course pour contrôler les informations, comme elles l'ont fait par le passé pour dominer la terre.
Ce que le monde a connu ces dernières années est la révolution de l'information qui a modifié l'équilibre des forces. Une révolution qui a eu ses effets sur la vie politique, économique et sociale et dans laquelle la technologie était l'outil de changement, comme le dit Alvin Toffler dans son fameux livre Le choc du futur considéré comme l'une des plus importantes références du XXe siècle. De là, il est possible que la révolution que le gouvernement de Nazif tente de déclencher dans notre vie soit la voie contemporaine pour parvenir à la réforme que nous revendiquons dans les différents domaines de la vie. Dans la société de l'information par exemple, il n'est pas possible qu'il y ait une rupture entre gouvernant et gouverné. Ce qui signifie que le clergé politique qui gouvernait le monde au Moyen Age, à tel point que le peuple méconnaissait ce qui se passait à l'intérieur, dans ses coulisses, est inadapté à notre époque où le mot d'ordre est transparence. Les guerres se déroulent devant nous sur les écrans des télés. Les chaînes satellites diffusent tout ce que les gouvernements tenaient en secret dans le passé. Le résultat de cette technologie moderne a été que le peuple est devenu partenaire authentique dans la prise de décision aussi bien directement dans les sociétés qui reconnaissent ce droit ou indirectement dans les autres sociétés qui se trouvent toujours au seuil de cette époque. Et ce, à travers l'opinion publique qui se forme dans un climat de flux d'informations et que le gouvernement ne peut contrôler ou orienter. Le gouvernement se trouve à la fin obligé de traiter avec. D'ailleurs, les chaînes satellites arabes en sont l'exemple le plus éloquent. Elles ont contribué à former une opinion publique loin des orientations officielles.
Un autre exemple de l'influence de l'opinion publique sur la décision politique est tout particulièrement le gouvernement Nazif. Alors que la construction démocratique n'était pas encore achevée, il n'en demeure pas moins que la société de l'information qui nous talonne fait que l'opinion publique s'est orientée vers une tendance différente de celle fixée par le gouvernement. Ainsi, la demande de changement a pris de l'ampleur chez les foules récemment, au moment où les déclarations du gouvernement ne cessaient de prétendre que tout allait bien. L'envergure qu'ont pris les appels au changement chez les foules a été le motif n°1 de la formation du gouvernement.
Si la liberté a de tout temps été la première revendication politique dans n'importe quelle société sans laquelle la démocratie ne peut exister, la société de l'information crée de par sa nature le climat de la liberté. Le flux des informations mène à son tour à la liberté d'expression et de création et à la liberté de la presse. Si les piliers de la liberté sont réalisés dans ces domaines, nous serons ainsi très proches de la transparence et de la fin de la corruption.
Dans une société qui repose sur la liberté du savoir et le flux des informations et de la technologie de l'information, les services qu'elle procure au public ne peuvent rester prisonniers de la routine et de la bureaucratie. En d'autres termes, si le niveau espéré de diffusion des moyens modernes de communication est assuré, toutes les tâches qui se heurtaient dans leur accomplissement à la bureaucratie seront réglées même à domicile.
Ce que je dis là n'est pas le fruit de l'imagination, surtout que le nouveau gouvernement de Nazif a effectivement commencé l'application de ce système récemment. Les citoyens du gouvernorat de Guiza peuvent maintenant extraire un duplicata de leur acte de naissance par ordinateur. Un service qui sera généralisé sous le nouveau gouvernement.
Le Programme des Nations-Unies pour le Développement (PNUD) a publié son rapport annuel sur le développement dans le monde et a classé l'Egypte à la 120e place au niveau des services aux citoyens : enseignement, soins médicaux, etc. Il est d'ailleurs honteux que plus de la moitié des pays arabes frères nous aient devancé dans ce rapport au niveau de la qualité des services qu'ils procurent, dont le Bahreïn, le Koweït, le Qatar, les Emirats, la Libye, le Sultanat d'Oman, l'Arabie saoudite, le Liban, la Jordanie, la Tunisie, la Syrie, l'Algérie et le Maroc et même les territoires palestiniens occupés.
Le pays réclame à cor et à cri une amélioration du niveau des services et le rattrapage de l'ère moderne et ceci n'est réalisable que par le biais de la science et de la technologie. Donc en portant un nouveau regard sur notre situation. Une vision qui ne viserait pas tout simplement à diminuer le taux de « chômage », mais à faire fonctionner toute la société dont les mécanismes ont été paralysés depuis des années au point que certains ont été rongés par la rouille.

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