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L'espoir
de résoudre la crise du Darfour s’effrite. Les
négociations entre les rebelles de cette région
de l'ouest du Soudan et du gouvernement soudanais a été
un véritable fiasco. Les deux parties ne se sont rencontrées
qu'une seule fois, jeudi dernier à Addis-Abeba, et la
réunion a donné lieu à de vifs échanges
verbaux. Pire encore, dimanche, les deux groupes rebelles, le
Mouvement pour la Justice et l'Egalité (MJE) et le Mouvement/armée
de Libération du Soudan (MLS) ont quitté la capitale
éthiopienne. Car pour eux, il n'était pas question
d'entamer des pourparlers avec Khartoum tant que ce dernier
ne s'était pas plié à leurs conditions.
Les demandes de la rébellion sont claires : les milices
djandjwids, alliées du gouvernement soudanais, doivent
d'abord quitter le Darfour ; Khartoum doit prendre des mesures
pour faire face à la crise humanitaire et doit déclarer
haut et fort son engagement à respecter le cessez-le-feu
signé le 8 avril dernier ; mener des enquêtes sur
des crimes commis contre la population, poursuivre ses auteurs,
et pour finir libérer les prisonniers de guerre.
Autrement dit, Khartoum devrait mettre fin à la crise
du Darfour avant d'engager des pourparlers directs avec les
rebelles. Selon le coordinateur du MJE, Ahmed Tagod Lissan,
il n'y avait plus aucune raison de rester davantage à
Addis-Abeba. « Nous rentrons à la maison car nous
avons délivré le message du peuple du Darfour.
Nous ne nous retirons pas. Nous avons eu des consultations avec
les médiateurs jusqu'à la dernière minute
», a-t-il déclaré, ajoutant que Khartoum
devrait montrer « sa volonté de mettre en œuvre
les accords qu'il a signés et de tenir les promesses
qu'il a faites à la communauté internationale
à travers le secrétaire général
de l'Onu, Kofi Annan, et le secrétaire d'Etat américain
Colin Powell ».
Autre demande formulée par la rébellion : les
prochaines négociations dont la date n'a pas été
déterminée devraient désormais avoir lieu
dans un pays africain ou européen autre que l'Ethiopie,
pays avec lequel le Soudan a des accords de sécurité.
C'est ce qu'aurait demandé Ibrahim Kelliel, président
du MJE, au président de l'Union africaine, Alpha Oumar
Konaré.
De son côté, le gouvernement soudanais a cherché
à minimiser les conséquences de l'échec
des négociations avec les rebelles. Selon le chef de
la diplomatie soudanais, Mostafa Osmane Ismaïl, Khartoum
ne serait aucunement préoccupé par les résultats
négatifs des pourparlers d'Addis-Abeba. « Nous
ne nous attendions pas à ce que les négociations
se terminent en une session, mais nous nous attendions à
ce qu'elles fournissent, au moins, une occasion aux parties
de soumettre leurs idées pour permettre aux médiateurs
de fixer l'ordre du jour des prochaines rencontres » ,
a-t-il déclaré.
Cette position de Khartoum semble être motivée
par les menaces de Washington d'imposer des sanctions contre
le Soudan s'il ne respecte pas ses engagements pris vis-à-vis
de Darfour. C'est ainsi que Khartoum a mis en garde samedi dernier
le Conseil de sécurité de l'Onu contre des résolutions
qui lui seraient « défavorables », en allusion
aux menaces américaines. « Toute intervention négative
du conseil porterait atteinte et compliquerait les relations
entre le conseil et le gouvernement soudanais et ne contribuerait
pas à régler la question » du Darfour, a
prévenu le ministre soudanais des Affaires étrangères.
Selon lui, cette position est également partagée
par l'Union Africaine (UA), l'Organisation de la Conférence
Islamique (OCI) et la Ligue arabe. Un appel qui ne risque pas
de dissuader la communauté internationale de continuer
à faire pression sur Khartoum pour résoudre au
plus vite la crise du Darfour.
Car le fiasco des pourparlers d'Addis-Abeba a porté un
coup dur aux efforts internationaux pour mettre fin à
une situation humanitaire catastrophique qui a déjà
fait plus d'un million de déplacés, 120 000 réfugiés
et plus de 10 000 morts depuis février 2003. Une situation
qui risque d'empirer avec le début de la saison des pluies
sur la région. Ce qui risque, selon les agences humanitaires,
d'avoir des répercussions négatives sur les efforts
d'aide aux déplacés de la région. Un avertissement
similaire avait déjà été fait la
semaine dernière par l'Organisation mondiale de la santé,
selon laquelle « une catastrophe sanitaire majeure pourrait
survenir au Darfour si les fonds et les fournitures n'étaient
pas mis à disposition pour combattre la maladie et la
malnutrition ».
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