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Nigeria . Théâtre de violents affrontements entre musulmans et chrétiens, l'Etat du Plateau (centre) a retrouvé la paix grâce à l'instauration de l'état d'urgence. Mais les problèmes politiques sont loin d'être résolus.

La difficile réconciliation inter-religieuse

L'instauration de l'état d'urgence dans l'Etat du Plateau, dans le centre du Nigeria, a permis de ramener la paix au moins pour le moment, mais remet sérieusement en cause le processus démocratique.
En déclarant, le 18 mai dernier, l'état d'urgence pour au moins six mois dans l'Etat du Plateau, où les affrontements inter-religieux avaient fait des centaines de morts depuis le début de l'année, le président nigérian, Olusegun Obasanjo, a provoqué un choc qui a créé de fait une opposition au nouvel administrateur. Le président a en effet décidé la suspension pendant six mois du gouverneur, Joshua Dariye, et de l'Assemblée de l'Etat, et a nommé un administrateur doté de pouvoirs d'urgence, le général à la retraite et ancien chef d'état-major, Chris Alli. Depuis le retour en 1999 de la démocratie au Nigeria, pays le plus peuplé d'Afrique avec 130 millions d'habitants, c'est la première fois qu'un état d'urgence est déclaré, le dernier en date remonte aux régimes militaires en 1962.
« Au début, nous n'avons été consultés sur rien alors que nous représentons les habitants du Plateau qui nous ont élus. Ce n'est que la semaine dernière que l'administrateur nous a convoqués », explique Simon Lalong, président de l'Assemblée du Plateau qui a lancé deux procédures judiciaires contre le gouvernement puisque selon lui l'instauration de l'état d'urgence est « injuste et inconstitutionnelle ». Selon M. Lalong, qui reconnaît que « la paix est de retour », la crise que connaît l'Etat du Plateau depuis 2001 et qui a fait des centaines de morts et des milliers de déplacés, « est politique et ses racines sont politiques ». « Certains groupes qui n'ont pas gagné les élections ou des gens du parti au pouvoir écartés, font pression sur le gouvernement pour nous combattre », souligne-t-il. « Le président Obasanjo n'a jamais justifié légalement sa mesure de suspension. Alors nous attendons encore quatre mois et nous reprendrons notre place », renchérit un proche de M. Dariye et commissaire suspendu de l'Etat du Plateau souhaitant garder l'anonymat.
La création d'un code qui réglemente le droit foncier et le statut de ressortissant d'un Etat est réclamée par le président de l'Assemblée, estimant que « les indigènes doivent protéger leurs droits » et accusant les musulmans de faire pression sur le pouvoir fédéral pour obtenir davantage d'influence dans l'Etat, « alors qu'ils ne sont pas des indigènes ». « Nous commençons à être d'accord avec ceux qui demandent l'organisation d'une conférence nationale souveraine : les indigènes du Plateau sont minoritaires au Nigeria, c'est pour cela que nous subissons l'injustice », confie M. Lalong, pourtant issu du même parti que celui de M. Obasanjo.
La population indigène du Plateau est majoritairement chrétienne et reproche aux musulmans, dont certains sont installés depuis plus d'un siècle, de ne pas reconnaître leurs droits ancestraux sur les terres qu’ils leur ont allouées. Cette dimension foncière donne à la crise dans le Plateau son aspect inter-religieux et interethnique et la rend d'autant plus difficile à résoudre. L'administrateur, quant à lui, se veut rassurant : « Nous utilisons toutes les mesures légales disponibles pour restaurer la paix, pas de mesures d'urgence pour le moment puisque les gens répondent aux efforts de paix. Il y a toujours la démocratie au Nigeria ». M. Alli et son équipe ont mis en place un calendrier précis pour le processus de retour à la paix. « Nous avons pris des mesures pour être sûrs que les gens se parlent. Nous avons inauguré trois comités pour la paix qui regroupent les anciens, les jeunes et les décideurs. Nous sommes allés sur le terrain pour parler aux gens et ramener la paix », explique Ezechiel Dalyop, porte-parole de l'Etat du Plateau. M. Alli est tellement sûr du succès de son entreprise qu'il a déjà prévu, dans ce calendrier officiel du processus de paix, l'organisation d'un grand carnaval « pour célébrer le retour de la paix », entre les 4 et 9 octobre prochain
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