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Chanson
. 42 ans de carrière
et un talent remarquable font de lui un artiste unique
sur la scène musicale francophone. Entretien avec Enrico
Macias, chantre de la musique franco-algérienne à l'occasion
de sa visite en Egypte. |
| « Mes
œuvres ont une mission politique
et humanitaire » |
Al-Ahram
Hebdo : Le Festival de la Chanson méditerranéenne
vient de vous rendre hommage, est-ce pour cela que vous
avez déclaré que votre visite en Egypte est exceptionnelle ?
Enrico
Macias : C'est vraiment une visite exceptionnelle
et très importante dans ma carrière. C'est la 3e fois
que je visite l'Egypte, mais la 2e fois ne compte pas
pour moi, car je n'étais venu que pour une seule soirée
privée. La première fois était très importante pour moi,
j'avais été invité par le président Anouar Al-Sadate pour
donner un concert devant 20 000 personnes au pied
des Pyramides.
Et je trouve cette visite aussi importante, car 20 ans
après ma première visite en Egypte, je pense que nous
avons eu raison, le président Sadate et moi, de persévérer
dans le combat pour la paix. Lui, il l'a déjà payé de
sa vie, et moi je suis encore là pour continuer
le message du président Sadate dans son propre pays. Ce
pays que j'adore, car c'est un pays de tolérance, d'amitié
et d'hospitalité, et je suis très content de chanter une
autre fois en Egypte.
— Vous dites ne pas faire de politique,
mais vous cherchez depuis vos débuts à jouer un rôle humanitaire
et à défendre la paix et la fraternité partout dans le
monde. Jusqu'à quel point un artiste peut-il jouer un
rôle pareil ?
— Chacun peut se servir de son poste ou
de sa carrière pour jouer un rôle plus efficace dans le
monde. Moi, je cherche toujours à faire partie de ces
gens utiles. Peut-être le président Sadate était-il un
visionnaire lorsqu'il m'a invité en Egypte, voyant qu'un
artiste peut servir plus que les hommes de politique ?
Il a donc compris que la culture est très importante pour
défendre la fraternité entre les peuples et les droits
de l'homme. Un avis que je respecte et auquel je crois
profondément.
— Est-ce pour cela que vous avez consacré
un grand nombre de vos chansons à promouvoir la paix et
défendre l'enfance ?
— C'est vrai, car je crois que pour mieux préparer
la paix, il faut d'abord sauver les enfants et mieux s'en
occuper. Qu'ils n'aient pas faim, qu'ils aient une enfance
heureuse. Ainsi, lorsqu'ils deviendront adultes, ils ne
seront pas aigris, et ils représenteront bien leurs pays
ainsi que toute l'humanité.
— Vous répétez toujours que vous êtes juif de
religion, Arabe de civilisation et berbère andalou de
par votre origine algérienne. Ce mélange d'identité est-il
enrichissant pour un artiste ou au contraire handicapant ?
— Non, je le considère comme une diversité
et une richesse, qui me rendent assez conscient de la
nature de différents gens. C'est une connaissance qui
m'a beaucoup encouragé à œuvrer, à travers mes chansons
et mes tournées artistiques, à chanter la paix et la fraternité
entre tous les peuples de la planète, et surtout entre
les pays arabes et Israël. En tant que juif, berbère et
avant tout un être humain, je suis fier d'avoir une mission
humanitaire d'un poids très politique, structurée par
l'Onu, pour le rapprochement entre tous les pays arabes
et Israël, dans le but que les Palestiniens aient un pays
et pour que toute la région vive en paix.
— Vous avez eu le titre de « Chanteur
de la paix » en 1980 par Kurt Waldheim, secrétaire
général de l'Onu à l'époque, ensuite vous avez été nommé
en 1997 par Kofi Annan ambassadeur itinérant pour promouvoir
la paix et la défense de l'enfance. De tels titres signifient-ils
des missions politiques hors du cadre artistique ?
— Je me considère comme le porte-parole
de Kofi Annan dans le monde entier. Je peux avoir des
missions politiques mais toujours dans un cadre artistique.
Je chante pour tout le monde, toutes les races, toutes
les nationalités et toutes les religions, et j'essaie
de visiter tous les pays : le Moyen-Orient, l'Afrique,
l'Europe et les Etats-Unis, invitant à la paix entre tous
les êtres humains.
— Vous avez vécu l'exil en quittant l'Algérie
dans les années soixante après son indépendance. Et cette
expérience a influencé votre carrière. Est-ce parce que
l'exil a été douloureux ?
— J'ai quitté l'Algérie dans les années
1960, mais j'en garde d'innombrables souvenirs. Et je
chante toujours ce que je sens et ce que je suis, c'est
pourquoi on peut voir certaines périodes de ma vie et
quelques souvenirs d'enfance dans mes chansons.
— Mais à quel point un artiste pied noir peut-il
se frayer une voie dans la « métropole » ?
— C'était vraiment difficile au début, mais avec
la persévérance, j'ai pu survivre. Et accompagné de ma
guitare, j'ai pu réussir à faire entendre au monde ma
voix, et je me suis imposé petit à petit.
— Finalement, on peut imaginer que des milliers
d'Algériens, comme beaucoup d'Arabes, connaissent par
cœur vos chansons mais malheureusement sans vous voir
parmi eux. Pourtant, vous répétez que vous attendez toujours
de pouvoir un jour visiter votre patrie, l'Algérie ...
— Peut-être suis-je mal compris par certains
en Algérie, mais je suis optimiste et je ne cesserai de
rêver de ce jour. |
Propos
recueillis par Yasser Moheb
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