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Hebdo : Le projet de documentaire avec Euromed touche
à sa fin. Comment a-t-il débuté et quelles en sont les lignes
directrices ?
Marianne Khoury : Le projet avec Euromed avait débuté
en 1999 autrement. L'idée de départ était de réaliser 24 portraits,
de 26 minutes chacun, de femmes arabes de la Méditerranée, avec
24 réalisateurs. Puis le concept même du projet a évolué pour
devenir uniquement des portraits de femmes, mais un travail
thématique. Nous avons donc décidé de réaliser 12 films de 52
minutes. Par exemple dans Quand la femme chante, ce n’est
plus un portrait de chanteuse, mais plutôt les débuts de la
chanson à travers les femmes et le rapport à la société, au
pouvoir.
Nous
avons eu une chance énorme, celle de n’avoir pas eu de diffuseur
au départ. Car le diffuseur d’une certaine manière dicte la
ligne à suivre. Peut-être que tous les films allaient finir
par se ressembler. Cette liberté dans le projet est aussi passée
aux réalisateurs. Et ainsi nous avons fini par toucher à tous
les genres. Car l’idée au tout début avec Euromed, c’était de
créer un réseau pour la production et la diffusion du documentaire
en travaillant avec des réalisateurs confirmés et des jeunes,
des hommes et des femmes et en diversifiant les pays. Nous travaillons
sur la Tunisie, l’Algérie, le Maroc, la Palestine, le Liban,
la Syrie et l’Egypte. Nous avons déjà terminé 8 films et il
y en a quatre en finition.
— Mais le documentaire est un genre difficile. Le public
n’est pas habitué à visualiser des documentaires ...
— Nous travaillons aussi beaucoup sur la fidélisation
d'un public pour le documentaire. C’est l’idée parallèle à la
production. On fait des films et l’on essaye que les gens viennent
les voir, qu’ils en débattent et que se crée ainsi un événement
autour du film. Ainsi nous avons projeté Entre femmes de
Hala Galal qui parle d’une famille de femmes égyptienne sur
4 générations et qui s’entremêle avec l’histoire du féminisme
égyptien au cinéma Galaxie et non pas à l’Opéra pour
donner un peu ce sentiment que c’est un film et non pas un documentaire
et que peut-être un jour on pourra aller le voir en salle. Cela
pourrait arriver dans 10 ans, alors que c'est déjà le cas en
Europe. D’ailleurs, nous avons eu une bonne expérience au Liban
avec La Dame du Palais de Samir Habchi, première projection
en salle dans les pays arabes. Nous avons eu jusqu’à maintenant
3 700 entrées à part les 3 000 personnes qui ont vu
le film lorsque nous l’avons projeté à l’Unesco pour la première
fois. Ainsi le bouche à oreille a marché. La première semaine,
on a fait mille entrées et la quatrième semaine on a eu en une
séance 1 000 entrées. Il y a là quelque chose de révélateur.
Je pense que les choses sont en train d’évoluer et les lignes
entre fiction et documentaire se dissolvent petit à petit. Maintenant
lorsqu’on filme une fiction, l’on désire que les personnages
ne jouent pas et qu’ils soient naturels et dans le documentaire,
l’on voudrait qu’ils jouent leur propre vie. Il y a une interaction
qui se fait. En fin de compte, on fait un film. On n’a plus
besoin de le nommer fiction ou documentaire.
— Comment ce projet a-t-il évolué ? Y a-t-il eu
des films qui se sont arrêtés en cours de route, d’autres qui
ont subi des modifications ? Et Comment apparaît cette
diversité dont vous parlez ?
— En effet, le projet a beaucoup évolué. C’était très
difficile de concevoir un projet de 12 films en 5 ans sur papier.
Tout d’abord, les films ont pris beaucoup plus de temps que
prévu. Chaque film a pris en moyenne 2 ans de réalisation. Mais
le fait de travailler en parallèle a permis de terminer à temps.
Car une des nouveautés de ce projet, c’est de travailler avec
des réalisateurs qui ne sont pas en Egypte, des réalisateurs
tunisiens ou autres qui vivent à Paris, mais travaillent sur
l’Algérie ou la Tunisie. Ceci sans oublier la diversité des
thèmes comme celui de la chanson avec le film sur cheikha Rimitti,
une des pionnières du rai. Comme cette femme était très difficile
à approcher et que le réalisateur n’arrivait pas à rencontrer,
il a conçu son film autrement. La recherche de cette chanteuse
et ce faisant, les autres chanteuses qu’il a rencontrées. Et
il finit par raconter l’histoire du rai au féminin. Dans Quand
la femme chante de Mustapha Hasnaoui, qui raconte les pionnières
de la chanson, on trouve Mounira Al-Mahdiya et Oum Kalsoum et
comment les choses ont évolué entre ces deux femmes. Ceci en
parallèle avec le mouvement féministe égyptien et comment les
choses se sont entrelacées. Il y a aussi Terre de femmes
de Jean Chamooun sur les femmes palestiniennes, notamment Kifah
Afifi qui avait été incarcérée à la prison des khéyam et c’est
à travers elle que nous découvrons la poète Fadoua Touqan et
Fatma Bernaoui. D’autres films ont traité de femmes populaires
ou de pionnières dans le journalisme comme Rose Al-Youssef ou
dans la politique avec La Dame du palais de Samir Habchi
qui raconte le rôle politique de Nazira Jumblat dans une société
masculine religieuse et conservatrice.
— Mais tout en étant productrice, vous avez aussi réalisé
un film, Les Passionnées du cinéma, qui parle des femmes
pionnières du cinéma égyptien. Comment avez-vous pu mener en
parallèle ces deux projets ?
— J’ai réalisé mon film tout d’abord puis je me suis
occupé des autres. C’était bien parce que cela m’a sensibilisé
à beaucoup de choses que je n’avais pas en étant simplement
productrice. Je pense que, dans ce métier, les choses se complètent.
Réaliser, c’est un souffle, une énergie énorme puis on est complètement
usé. Une énergie folle se dégage. Puis, en travaillant avec
les autres, on se ressource. J’ai beaucoup appris de la manière
dont chacun a conçu son film. Car il y a une subjectivité énorme
dans le documentaire, dans le choix des séquences. |