Hebdomadaire égyptien en langue française en ligne chaque mercredi

Arts

Une
L'événement
Le dossier
L'enquête
Nulle part ailleurs
L'invité
L'Egypte
Affaires
Finances
Le monde en bref
Points de vue
Commentaire
d'Ibrahim Nafie

Carrefour
de Mohamed Salmawy

Portrait
Littérature
Livres
Arts
Femmes
Société
Sport
Environnement
Patrimoine
Loisirs
Echangez, écrivez
La vie mondaine
Cinéma. Réalisatrice des Passionnées du cinéma, Marianne Khoury est aussi productrice, en coopération entre Misr Internationale et Euromed, de 12 documentaires qui racontent les femmes arabes de la Méditerranée à travers des périples et des vies différentes et variées. Bilan de 5 années de travail.

« Il y a une interaction entre fiction et documentaire »

Al-Ahram Hebdo : Le projet de documentaire avec Euromed touche à sa fin. Comment a-t-il débuté et quelles en sont les lignes directrices ?
Marianne Khoury : Le projet avec Euromed avait débuté en 1999 autrement. L'idée de départ était de réaliser 24 portraits, de 26 minutes chacun, de femmes arabes de la Méditerranée, avec 24 réalisateurs. Puis le concept même du projet a évolué pour devenir uniquement des portraits de femmes, mais un travail thématique. Nous avons donc décidé de réaliser 12 films de 52 minutes. Par exemple dans Quand la femme chante, ce n’est plus un portrait de chanteuse, mais plutôt les débuts de la chanson à travers les femmes et le rapport à la société, au pouvoir.
Nous avons eu une chance énorme, celle de n’avoir pas eu de diffuseur au départ. Car le diffuseur d’une certaine manière dicte la ligne à suivre. Peut-être que tous les films allaient finir par se ressembler. Cette liberté dans le projet est aussi passée aux réalisateurs. Et ainsi nous avons fini par toucher à tous les genres. Car l’idée au tout début avec Euromed, c’était de créer un réseau pour la production et la diffusion du documentaire en travaillant avec des réalisateurs confirmés et des jeunes, des hommes et des femmes et en diversifiant les pays. Nous travaillons sur la Tunisie, l’Algérie, le Maroc, la Palestine, le Liban, la Syrie et l’Egypte. Nous avons déjà terminé 8 films et il y en a quatre en finition.
— Mais le documentaire est un genre difficile. Le public n’est pas habitué à visualiser des documentaires ...
— Nous travaillons aussi beaucoup sur la fidélisation d'un public pour le documentaire. C’est l’idée parallèle à la production. On fait des films et l’on essaye que les gens viennent les voir, qu’ils en débattent et que se crée ainsi un événement autour du film. Ainsi nous avons projeté Entre femmes de Hala Galal qui parle d’une famille de femmes égyptienne sur 4 générations et qui s’entremêle avec l’histoire du féminisme égyptien au cinéma Galaxie et non pas à l’Opéra pour donner un peu ce sentiment que c’est un film et non pas un documentaire et que peut-être un jour on pourra aller le voir en salle. Cela pourrait arriver dans 10 ans, alors que c'est déjà le cas en Europe. D’ailleurs, nous avons eu une bonne expérience au Liban avec La Dame du Palais de Samir Habchi, première projection en salle dans les pays arabes. Nous avons eu jusqu’à maintenant 3 700 entrées à part les 3 000 personnes qui ont vu le film lorsque nous l’avons projeté à l’Unesco pour la première fois. Ainsi le bouche à oreille a marché. La première semaine, on a fait mille entrées et la quatrième semaine on a eu en une séance 1 000 entrées. Il y a là quelque chose de révélateur. Je pense que les choses sont en train d’évoluer et les lignes entre fiction et documentaire se dissolvent petit à petit. Maintenant lorsqu’on filme une fiction, l’on désire que les personnages ne jouent pas et qu’ils soient naturels et dans le documentaire, l’on voudrait qu’ils jouent leur propre vie. Il y a une interaction qui se fait. En fin de compte, on fait un film. On n’a plus besoin de le nommer fiction ou documentaire.
— Comment ce projet a-t-il évolué ? Y a-t-il eu des films qui se sont arrêtés en cours de route, d’autres qui ont subi des modifications ? Et Comment apparaît cette diversité dont vous parlez ?
— En effet, le projet a beaucoup évolué. C’était très difficile de concevoir un projet de 12 films en 5 ans sur papier. Tout d’abord, les films ont pris beaucoup plus de temps que prévu. Chaque film a pris en moyenne 2 ans de réalisation. Mais le fait de travailler en parallèle a permis de terminer à temps. Car une des nouveautés de ce projet, c’est de travailler avec des réalisateurs qui ne sont pas en Egypte, des réalisateurs tunisiens ou autres qui vivent à Paris, mais travaillent sur l’Algérie ou la Tunisie. Ceci sans oublier la diversité des thèmes comme celui de la chanson avec le film sur cheikha Rimitti, une des pionnières du rai. Comme cette femme était très difficile à approcher et que le réalisateur n’arrivait pas à rencontrer, il a conçu son film autrement. La recherche de cette chanteuse et ce faisant, les autres chanteuses qu’il a rencontrées. Et il finit par raconter l’histoire du rai au féminin. Dans Quand la femme chante de Mustapha Hasnaoui, qui raconte les pionnières de la chanson, on trouve Mounira Al-Mahdiya et Oum Kalsoum et comment les choses ont évolué entre ces deux femmes. Ceci en parallèle avec le mouvement féministe égyptien et comment les choses se sont entrelacées. Il y a aussi Terre de femmes de Jean Chamooun sur les femmes palestiniennes, notamment Kifah Afifi qui avait été incarcérée à la prison des khéyam et c’est à travers elle que nous découvrons la poète Fadoua Touqan et Fatma Bernaoui. D’autres films ont traité de femmes populaires ou de pionnières dans le journalisme comme Rose Al-Youssef ou dans la politique avec La Dame du palais de Samir Habchi qui raconte le rôle politique de Nazira Jumblat dans une société masculine religieuse et conservatrice.
— Mais tout en étant productrice, vous avez aussi réalisé un film, Les Passionnées du cinéma, qui parle des femmes pionnières du cinéma égyptien. Comment avez-vous pu mener en parallèle ces deux projets ?
— J’ai réalisé mon film tout d’abord puis je me suis occupé des autres. C’était bien parce que cela m’a sensibilisé à beaucoup de choses que je n’avais pas en étant simplement productrice. Je pense que, dans ce métier, les choses se complètent. Réaliser, c’est un souffle, une énergie énorme puis on est complètement usé. Une énergie folle se dégage. Puis, en travaillant avec les autres, on se ressource. J’ai beaucoup appris de la manière dont chacun a conçu son film. Car il y a une subjectivité énorme dans le documentaire, dans le choix des séquences.

Propos recueillis par Soheir Fahmi

Retour au Sommaire

 

Pour les problèmes techniques contactez le webmaster

Adresse postale: Journal Al-Ahram Hebdo
Rue Al-Gaala, Le Caire - Egypte
Tél: (+202) 57 86 100
Fax: (+202) 57 82 631