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Marchés . A Darb Al-Barabra, dans le quartier d'Ataba au Caire, on ne vend que des lustres. Un métier qu'on hérite de père en fils. Plus de 200 magasins proposent une variété inouïe de modèles et de prix au grand plaisir des clients. Visite guidée.

La caverne aux lumières

Connu depuis les années 1950, sous le nom de la rue des barbares, Darb Al-Barabra est renommé pour le commerce des accessoires d'éclairage.

Ce quartier, plutôt modeste, est constitué de plusieurs échoppes spécialisées dans la vente des lustres et du matériel d'éclairage. On y trouve des plafonniers en fer forgé, en bois, en acier, en verre, en plastique et même en cristal, en ivoire ou en plaqué or. Quant aux prix, ils sont accessibles à toutes les bourses et on ne badine avec la qualité : « A Darb Al-Barabra, on n'a pas besoin d'augmenter nos prix puisque nous vendons entre 20 et 30 lustres par jour, alors qu'au centre-ville, on n'écoule qu'un lustre par semaine ou par mois. Et donc les commerçants sont obligés d'élever les prix pour couvrir les frais et le salaire du personnel. Au Darb, les dépenses sont plutôt réduites », explique l'un des commerçants du marché.

Le décor diffère d'un magasin à l'autre. Celui de Helmi Etman ressemble à un entrepôt. Un peu partout, dans ce fonds de commerce de deux étages, les cartons s'amoncellent, de grands sachets noirs traînent par terre et des fils électriques pendent des étagères de ce magasin qui ressemble plutôt à un débarras. Pourtant, c'est l'un des plus importants à Darb Al-Barabra. « Helmi Etman est le moallem (doyen) des commerçants du Darb. Nous sommes tous ses élèves. Il nous a initiés à ce métier », lance Hag Ahmad Youssef, un vieux du quartier. Helmi Etman est un grossiste connu dans ce quartier et n'a pas de concurrent. « Je ne tiens pas compte de l'apparence, je vends en gros. 99 % de mes clients sont des détaillants du Darb et des commerçants dans les différents gouvernorats d'Egypte. Il est rare que je vende à la pièce. Je n'ai pas besoin de publicité pour liquider ma marchandise », dit-il, tout en ajoutant que dans sa famille, ce métier se perpétue de père en fils pour préserver ce genre de commerce. « Je suis dans ce métier, que j'ai hérité de mes ancêtres, depuis 50 ans. Cette longue expérience nous a apporté une certaine notoriété et a attiré surtout une bonne clientèle », explique Ahmad, un membre de la famille Etman.

Si Helmi Etman n'attache pas d'importance au décor de sa vitrine, Chaabane, par contre, en prend grand soin. Elle est bien illuminée et expose des lustres de tous genres. On y trouve le strass de forme ronde, le style qui convient à l'acier et l'or, le plastique qui est importé de Chine et de Taiwan, et enfin le moderne qui est en fer forgé de couleurs noir, vert, bleu foncé ou bordeaux. « J'essaye de montrer tous les styles, mais je suis un spécialiste d'articles de luxe ». dit-il. Et d'ajouter : « Je ne suis pas seulement un fabriquant ou un commerçant de lustres, je suis aussi un artiste. Je crée des articles peu ordinaires. Il m'arrive souvent d'admirer mes chefs-d'œuvre comme si j'étais en face d'une belle femme ». Natif de Darb Al-Barabra, Ezzeddine Chaabane a une longue expérience dans ce métier. Il sait comment attirer ses clients et les convaincre à acheter ses lustres et il en a de tous les choix. « Il est vrai que les prix de Chaabane sont plus élevés qu'ailleurs, mais 95 % de mon matériel d'éclairage, je l'achète chez lui. Je préfère payer un peu plus et avoir une bonne qualité », explique Ihab Chéhata, homme d'affaires, et client fidèle de Chaabane. Pourtant, certains clients se montrent méfiants vis-à-vis des articles vendus au Darb. Et c'est ce que confirme le Dr Hoda. « Je sais que Chaabane a une bonne réputation, mais je suis venue pour acheter tout simplement deux petites appliques à 420 L.E. la pièce ». En fait, pour renouveler le décor de son appartement, Hoda préfère aller dans l'un des magasins de son quartier à Doqqi : « Je me méfie du Darb. Je crains que les articles ne rouillent ou soient de mauvaise qualité. Et pour l'entretien ou la réparation, il est plus pratique de s'adresser à quelqu'un qui se trouve près de chez moi que de venir jusqu'ici », ajoute-t-elle.

Si les articles de luxe provoquent la méfiance des clients, le bois reste la matière la plus prisée dans la fabrication des lustres, car il est loin de tout soupçon. Le magasin de Mido, 15 ans d'expérience, est rempli de lustres en bois. Sa clientèle est nombreuse. Elle vient acheter les lustres qu'elle ne trouvera pas ailleurs. « Le bois , c'est ma spécialité et je ne compte pas travailler avec une autre matière », note Ahmad Zein, bras droit du fabricant. Bien que le « sarsoue » soit un bois d'Assouan connu pour sa qualité et sa forte résistance, il ne revient pas cher. En effet, le prix d'un lustre varie entre 50 et 300 L.E. « Ici, le prix est fixé selon le coût de sa fabrication », explique Ahmad Zein.

Comme les lustres fabriqués en bois, ceux du style islamique ont aussi leurs clients. Ce genre n'est généralement conçu que pour garnir les plafonds des mosquées ou des temples religieux. Hamdi Al-Cheikh est le seul dans tout le Darb à en fabriquer. Les prix varient, selon la dimension et les décors qui les composent, entre 150 et 10 000 L.E. la pièce. Hussein Al-Halawani, chef d'atelier, explique : « Ce type de lustre demande beaucoup d'efforts et un travail minutieux, il ne peut pas être fabriqué par n'importe quel ouvrier. Je ne peux pas compter beaucoup sur mon échoppe, car son client est rare. Je dois fabriquer les autres styles que l'on vend dans le Darb ». Ces articles de fabrication égyptienne ne sont pas les seuls à remplir les échoppes dans Darb Al-Barabra.

Un concurrent de taille a pénétré le marché il y a quelques mois. En effet, la production chinoise et taiwanaise a inondé le quartier et les clients affluent pour en acheter.

« Les prix et les formes m'ont beaucoup séduits, il est vrai que ce ne sont pas des lustres de cristal mais les personnes qui n'ont pas les moyens peuvent se les payer », lance une cliente. Chez Salah Taxi, l'un des magasins spécialisés dans la vente de lustres chinois, les prix sont incomparables à tout le Darb. Un lustre en verre coloré varie entre 70 L.E. et 300 L.E. Mais cela ne veut pas dire que tous les lustres chinois soient de qualité médiocre ou ne coûtent pas cher. A titre d'exemple, le lustre en ivoire, de fabrication chinoise, dont le prix varie entre 400 L.E. et 700 L.E. et même parfois plus, a aussi sa clientèle qui sait apprécier sa valeur et n'hésite pas y mettre le prix.

Pour certains commerçants du Darb, la présence d'articles étrangers sur leur marché pose un problème majeur car ces derniers menacent la production égyptienne.

Ajoutant aussi qu'il existe aujourd'hui beaucoup d'intrus dans ce métier, qui veulent profiter de ce business pour gagner de l'argent. Ces intrus qui n'ont pas l'expérience suffisante choisissent une qualité médiocre et la vendent à des prix bas pour attirer la clientèle. Mais il n'empêche que Darb Al-Barabra est une vraie caverne d'Ali Baba où chacun trouve son compte.

Manar Attiya
Chaïmaa Abdel-Hamid

 

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